Belgique

En 1977, l’heure d’été devait économiser l’énergie. Aujourd’hui ?

Au printemps 1977, la Belgique décide d’introduire le passage à l’heure d’été, suivant l’exemple de la France qui avait déjà franchi le cap en 1976. Selon Damien Ernst, professeur d’électromécanique à l’ULiège, « on n’est même pas sûr maintenant que ce changement d’heure va effectivement diminuer notre consommation électrique » et si cela le fait, ce sera de manière négligeable, « moins de 0,1% ».


Au printemps 1977, la Belgique, à l’instar de la France qui avait déjà adopté le changement d’heure en 1976, décide de réintroduire l’heure d’été. Cette décision n’est pas une première : durant les deux guerres mondiales, l’occupant allemand avait déjà instauré ce système pour uniformiser les horaires au sein du Reich et optimiser les activités économiques et militaires.

En 1977, c’est principalement une logique économique qui justifie l’initiative. À la suite du choc pétrolier de 1973, les coûts de l’électricité ont fortement augmenté, car elle était alors majoritairement produite à partir de produits pétroliers. Le passage à l’heure d’été, qui reporte d’une heure la tombée de la nuit, visait à réduire le recours à l’éclairage artificiel et, de ce fait, à diminuer la consommation électrique.

Les premières années du système d’heure d’été sont saluées par les autorités publiques, comme en France. Jean Syrota, directeur de l’Agence pour les économies d’énergie de 1974 à 1978, a déclaré sur TF1 : « Si l’on examine les courbes de consommation horaire d’électricité, on constate qu’il y a une différence par rapport à ce qu’on obtenait antérieurement et cela correspond au fait qu’on ne consomme plus l’électricité tout à fait de la même façon. L’heure de lumière naturelle qu’on a le soir remplace une heure d’éclairage artificielle et par conséquent diminue la consommation d’électricité d’autant. »

Cependant, le bénéfice économique de cette politique a toujours été sujet à débat. Damien Ernst, Professeur d’électromécanique à l’ULiège, explique que  » Ça a toujours été extrêmement controversé. On parlait d’entre 0,1 et 0,5%, peut-être, d’économies d’électricité. » En 1996, un rapport du Sénat français confirme cette incertitude : « L’intérêt économique du système de l’heure d’été reste à démontrer. » Bien que l’application de l’heure d’été ait permis d’économiser 1,2 milliard de kilowattheures, représentant la consommation d’une ville comme Bordeaux, cela ne constitue qu’environ 0,5% de la consommation française totale. Le même rapport avance que l’heure d’éclairage artificiel gagnée le soir pourrait se compenser par l’énergie supplémentaire dépensée le matin, en particulier pour le chauffage en avril et octobre.

Actuellement, les économies d’énergie résultant du changement d’heure semblent même moins probantes qu’auparavant, car les technologies d’éclairage ont évolué. Damien Ernst souligne que « Dans les années septante, l’éclairage, c’était principalement des lampes avec un filament à tungstène. C’était une manière de s’éclairer qui était extrêmement non efficace au niveau énergétique. » Avec l’avènement des lampes LED, l’efficacité énergétique a considérablement augmenté.

Concernant les conséquences en termes d’économies aujourd’hui, Damien Ernst estime que « malheureusement, très peu » de réduction de facture énergétique est attendue avec le changement d’heure. « On n’est même pas sûr maintenant que ce changement d’heure va effectivement diminuer notre consommation électrique. S’il le diminue, ce sera de manière négligeable. On parle de moins de 0,1%. » De plus, les experts pointent que le changement d’heure pourrait même engendrer des pertes, notamment avec l’utilisation accrue de la climatisation le soir.