Le pape Léon XIV à Monaco dénonce l’écart entre riches et pauvres.
Le pape Léon XIV a dénoncé samedi « des abîmes entre pauvres et riches » lors de son premier déplacement en Europe à Monaco. À cette occasion, le prince Albert II a reconnu qu’il y a un « impératif de solidarité de la part de ceux qui ont le plus de moyens ».
Des mots qui risquent d’avoir un écho important sur un territoire réputé pour son luxe extravagant. Depuis Monaco, le pape Léon XIV a dénoncé samedi l’amplification « des abîmes entre pauvres et riches » ainsi que « la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance » qui « blessent le monde ».
Arrivé par hélicoptère en provenance de Rome dans le micro-État de seulement 2 km², situé entre la France et l’Italie, surnommé le « Rocher », le pape a été reçu pour son premier voyage en Europe par le prince Albert II et la princesse Charlène, vêtue de blanc.
Sous un soleil radieux, il s’est ensuite dirigé vers le palais princier où il a prononcé depuis le balcon des discours qui résonneront particulièrement dans ce territoire où le catholicisme est ancré dans la Constitution, mais qui est surtout connu pour ses casinos, ses milliardaires et ses logements aux prix exorbitants.
S’exprimant en français, le pape américain a condamné « les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis ».
« Chaque talent, chaque opportunité, chaque bien mis entre nos mains a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué », a-t-il ajouté, s’inscrivant ainsi dans la continuité du pape François sur les questions de justice sociale et de lutte contre les inégalités.
« Le don de la petitesse […] engage votre richesse au service du droit et de la justice, particulièrement en ce moment historique où la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance blessent le monde et compromettent la paix », a-t-il déclaré, en référence aux conflits croissants à travers le globe.
Léon, qui a passé une vingtaine d’années en tant que missionnaire dans les régions défavorisées du Pérou, a notamment évoqué la lettre encyclique Rerum Novarum, publiée en 1891 par Léon XIII, qui établit les fondements de la doctrine sociale de l’Église.
Dans la cour du palais, des milliers de fidèles, brandissant des petits drapeaux jaune et blanc ou rouge et blanc aux couleurs du Vatican ou de Monaco, acclamèrent le pape. Les princesses Stéphanie, Caroline et Charlotte étaient habillées de noir, mantilles sur la tête.
S’adressant directement aux Monégasques, le pape a déclaré : « Vivre ici est pour certains un privilège et pour chacun un appel spécifique à s’interroger sur sa propre place dans le monde ».
Le prince Albert II a reconnu un « impératif de solidarité de la part de ceux qui ont le plus de moyens » et a affirmé que « les petits États peuvent contribuer à l’amélioration du monde, à condition d’être fidèles à leurs valeurs et forts de leur détermination ».
Après une rencontre avec la communauté catholique à la cathédrale de l’Immaculée Conception, Léon XIV se dirigera sur le parvis de l’église Sainte-Dévote, dédiée à la patronne de Monaco. Le moment fort de la journée sera une messe en plein air au stade Louis II, prévue pour 15h30, où 15 000 personnes sont attendues.
Dans les rues brillantes de Monte-Carlo, les affiches à l’effigie du chef de l’Église catholique contrastent avec les voitures de sport étincelantes et les flots de touristes. Désireuses de dépasser les stéréotypes, les autorités ont souligné les longues relations diplomatiques avec le Saint-Siège et la dimension spirituelle de leur pays, l’un des rares en Europe où le catholicisme demeure religion d’État.
Seuls 8 % des 39 000 habitants – dont un quart de nationalité monégasque – se déclarent pratiquants, mais les sièges des églises restent l’un des derniers lieux où milliardaires, femmes de ménage et maçons de quelque 140 nationalités se côtoient.
À une semaine de Pâques, la fête la plus importante du calendrier chrétien, cette visite permet aussi d’évaluer la popularité du souverain pontife américain, plus discret que son prédécesseur François. Sur le parcours de la « papamobile », les acclamations étaient nombreuses mais l’affluence était mitigée.

