Énergie : l’État ne peut-il vraiment pas aider les Belges ?
La facture de gaz et d’électricité d’un ménage moyen qui a signé un contrat variable a déjà grimpé de 45 €. Selon la Commission européenne, la dette publique brute du pays s’élevait à 107,1% du PIB au dernier trimestre de 2025.
Près d’un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient, la facture de gaz et d’électricité d’un ménage moyen ayant un contrat variable a déjà augmenté de 45 €. Le coût des pleins de carburant enregistre également une hausse. Il faut compter un peu plus de 10 € supplémentaires pour un plein d’essence 95 de 45 litres, et un peu plus de 18 € pour un plein de diesel de 45 litres (en tenant compte de la diminution du prix du diesel au 28 mars, ndlr), ainsi que 570 € de plus pour 1000 litres de mazout de chauffage.
> « Les mêmes questions se sont posées en 2020 lors de la crise du coronavirus et en 2022, à la suite de la guerre en Ukraine. À l’époque, il y a eu des politiques de soutien. Mais à présent, on n’a plus d’argent », déclare Bertrand Candelon, économiste et professeur de finances internationales à l’UCLouvain.
Face à ces augmentations, l’État, qui empoche des dizaines de millions d’euros supplémentaires chaque mois, est-il en mesure de proposer un geste ? Les citoyens devront-ils rembourser cette aide ultérieurement ? « Les mêmes questions se sont posées en 2020 lors de la crise du coronavirus et en 2022, à la suite de la guerre en Ukraine. À l’époque, il y a eu des politiques de soutien. Mais à présent, on n’a plus d’argent », répond Bertrand Candelon.
### Des finances insuffisantes
C’est également l’avis du Premier ministre, Bart De Wever. Alors que plusieurs partis ont évoqué l’idée d’instaurer un cliquet inversé ou de plafonner les prix, le Premier ministre a exprimé sa réticence à accorder une aide. « Nous portons l’héritage d’une mauvaise gestion, de taux d’intérêt en hausse et d’une dette publique très lourde. Chacun devrait donc se rendre compte qu’il est peu réaliste de plaider aujourd’hui en faveur de largesses à tout va », a-t-il déclaré lors d’une commission de l’Intérieur à la Chambre.
En effet, selon l’Agence fédérale de la dette, la dette de l’État fédéral s’élevait à 565,42 milliards d’euros à la fin février. D’après la Commission européenne, la dette publique brute du pays représentait 107,1 % du PIB au dernier trimestre de 2025, ce qui fait de la Belgique le quatrième pays européen le plus endetté.
Dans ce contexte, la Banque nationale de Belgique (BNB) juge que les intentions de Bart De Wever de réaliser 3 à 4 milliards d’euros d’économies structurelles annuelles supplémentaires ne permettront pas de stabiliser le taux d’endettement du pays.
### Un manque d’anticipation
« Comme on l’a dit en 2020 et en 2022, il aurait fallu se constituer un coussin de sécurité avant que la crise arrive », estime Bertrand Candelon. Pour lui, seuls trois pays européens sont capables de soutenir leur population : « C’est l’Italie, l’Espagne et le Portugal ».
« L’Espagne affiche une croissance de 3,2 % et un budget équilibré. Pourquoi leur budget est-il équilibré et pas le nôtre ? Parce qu’ils ont connu la crise européenne de 2012-2014 et ont dû prendre des mesures très pénibles en baissant les salaires moyens et les pensions », explique-t-il. « Le Portugal a également assaini ses dépenses publiques en réduisant les impôts pour attirer de nouveaux capitaux. Comme la France, nous, nous avons eu la chance de ne pas subir la crise de 2012-2014, mais nous en subissons les conséquences depuis 2020 parce que nous n’avons pas assaini notre budget. »
### Des aides à compenser
L’une des seules mesures qui pourrait être envisageable « à budget constant », précise Bertrand Candelon, est le cliquet inversé. « La situation budgétaire est telle qu’on peut difficilement se permettre d’aider les ménages », confirme Julien Vandernoot, économiste et chef du service Finances publiques et Fiscalité à l’UMons. « L’État peut aider, mais de manière ciblée ou modérée en instaurant par exemple un cliquet inversé sur les accises, en considérant que si les accises sont réduites, la TVA doit demeurer ou augmenter, puisque le prix de base augmente. C’est un calcul à faire. » « Mais c’est marginal, cela ne nous donnera pas un litre d’essence à 1,10 € ou 1,50 € », ajoute Bertrand Candelon.
Il n’est cependant pas question de remettre en place un chèque énergie « qui reviendrait à aider tout le monde, même ceux qui n’en ont pas besoin », reprend Julien Vandernoot. « On pourrait dire que l’on cible les aides en fonction de telle ou telle catégorie de la population, mais cela reste souvent une approximation. Même ainsi, on aide ceux qui n’en ont pas besoin, tandis que d’autres qui pourraient bénéficier de l’aide ne la demandent pas faute d’information. »
Toute aide éventuelle coûteuse pour l’État devra être compensée. « La question est de savoir comment l’État va-t-il trouver l’argent ? », interroge Julien Vandernoot. « L’État veut-il réduire ses dépenses ou augmenter ses recettes ? Envisage-t-il d’augmenter la taxe sur les comptes-titres pour toucher les plus riches, ou de modifier certains produits de catégorie TVA pour s’adresser au plus grand nombre, et notamment aux plus pauvres qui dépensent une plus grande part de leurs revenus en TVA ? C’est un choix politique. »

