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Guerre au Moyen-Orient : Le tourisme français va-t-il pâtir cet été ?

La guerre en Iran, lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou, a des répercussions sur le secteur touristique français, qui observe une baisse de la fréquentation des touristes aisés venant du Moyen-Orient ou d’Asie. Selon une enquête de l’Ifop, 75 % des Français interrogés jugent que la situation de guerre « est dissuasive pour voyager ou transiter dans la zone ».


Même à plus de 4.000 kilomètres de Téhéran, la guerre en Iran, initiée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou, a des conséquences. Cela ne se traduit pas uniquement par l’augmentation des prix du carburant, qui affecte les budgets des automobilistes et des entreprises françaises. Le secteur touristique français, privé d’une partie significative de ses visiteurs aisés du Moyen-Orient ou d’Asie, ressent également une certaine tension. Dans les prestigieux hôtels parisiens, certaines suites restent inoccupées. Faut-il s’inquiéter pour notre statut de pays le plus visité au monde ? Pas nécessairement. Il est vrai que le nombre de touristes venant de loin pourrait baisser cet été en France, mais les inquiétudes et les restrictions liées au conflit pourraient également persuader de nombreux Européens de rester sur leur territoire pour des vacances plus sûres.

Le tourisme français va « profiter » du conflit

Tout comme durant la pandémie de Covid-19, les conflits qui entourent l’Europe pourraient inciter une partie des voyageurs à opter pour des séjours de proximité. « La peur et le tourisme ne font pas bon ménage. Le touriste a besoin de confiance, de sécurité, de bien-être, de plaisir. Le risque géopolitique est devenu une préoccupation majeure dans le choix des vacances », souligne Dominique Lecea. Le consultant en tourisme chez In Extenso rappelle qu’« en période de guerre, il y a un effet très clair de repli sur soi ». Cela est désigné par le terme « staycation », ou tourisme de proximité. Dans ce contexte, « la France devient une destination refuge. Pour les Français, mais aussi pour les traditionnels clients de l’Hexagone. Je suis convaincu que les Belges, les Allemands ou les Néerlandais feront de la France une priorité », indique l’expert.

Selon une enquête réalisée par l’Ifop, l’Alliance France tourisme révèle que quatre Français sur dix seraient prêts à revoir leurs projets de vacances pour le printemps et l’été. La moitié de ceux-ci affichent déjà une préférence pour un séjour en France. Ce constat est encore plus marqué chez les personnes âgées interrogées. « Depuis début mars, on constate une grande attente de la part des clients, car se projeter dans des vacances d’été en temps de guerre n’est pas évident », explique Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du tour operating (Seto).

La crainte des couloirs aériens

Dans la même enquête publiée par l’Ifop, 75 % des Français jugent que la situation de guerre « est dissuasive pour voyager ou transiter dans la zone ». Peu de personnes prendront le risque d’y séjourner. Cependant, l’impact de la quasi-fermeture des hubs du Moyen-Orient sur les vols moyen et long courriers est également à considérer. Depuis début mars, 32.000 vols ont déjà été annulés.

« Il y a une anxiété concernant les survols. Par où mon avion va-t-il passer si je dois quitter l’Europe ? C’est un risque psychologique inédit. C’est difficile à quantifier, mais c’est réel », affirme Dominique Lecea. À cela s’ajoute une augmentation des prix des billets, notamment en raison de la hausse des prix du pétrole, ce qui explique pourquoi les Français ne se précipitent pas vers les habituels sites de réservation.

Et qui va en faire les frais ?

« Nous ne serons pas les seuls à bénéficier de cette situation », prévient Dominique Lecea. À côté de la France, « l’Espagne, la Grèce, l’Italie ou le Portugal » pourraient attirer des milliers de visiteurs en quête de sécurité, selon l’expert en tourisme. L’Amérique pourrait également se démarquer grâce à des couloirs aériens jugés plus sûrs. En revanche, d’autres pays souffriront de ce conflit dont l’issue demeure incertaine. « L’image de sécurité a été considérablement ternie. On observe déjà une baisse de fréquentation à Dubaï, à Oman, à Bahreïn ou au Qatar », assure Dominique Lecea.

En cas de résolution rapide du conflit, la guerre pourrait faire reculer les arrivées de visiteurs au Moyen-Orient de 11 à 27 % d’ici 2026, selon Oxford Economics. Avant le début des hostilités, une croissance de 13 % était anticipée. « Il y a également des pays voisins qui risquent de subir les conséquences. Je pense à l’Arabie saoudite, à la Turquie, à la Jordanie ou à l’Égypte. La peur ne connaît pas de frontières. Il y a un effet de contagion », précise l’expert d’In Extenso.

Les riches touristes vont-ils venir ?

Si la France devrait bénéficier d’un tourisme de proximité, elle risque en revanche de perdre une partie de sa clientèle internationale, en particulier la plus fortunée. Les visiteurs du Moyen-Orient pourraient annuler leurs réservations, tout comme les touristes asiatiques, dont les voyages sont devenus nettement plus compliqués depuis les attaques des États-Unis et d’Israël.

« C’est vraiment une interrogation. La perte de cette clientèle haut de gamme est plus lourde en termes de chiffre d’affaires par visiteur », avertit Dominique Lecea. Pour Paris ou les destinations prisées de la Côte d’Azur, l’impact pourrait être significatif si le conflit se prolonge.