Guerre en Iran : l’armée américaine déploie des troupes, intervention possible ?
Le président Trump a annoncé une prolongation de l’ultimatum posé aux Iraniens jusqu’au 6 avril. Parallèlement, la Maison Blanche et le ministère de la Défense envisagent d’envoyer 10.000 soldats supplémentaires au Moyen Orient, portant le nombre total de soldats américains à plus de 50.000 dans la région.
Le président Trump a une fois de plus surpris en annonçant un prolongement de l’ultimatum concernant les Iraniens. Ils disposaient de 5 jours pour libérer le détroit d’Ormuz, sous peine de voir les États-Unis cibler leurs infrastructures énergétiques. Ce délai a été étendu jusqu’au 6 avril.
Parallèlement, la Maison Blanche et le ministère de la Défense envisagent d’envoyer 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient.
Didier Le Roy, chercheur à l’Institut Royal Supérieur de Défense et spécialiste du Moyen-Orient, a réagi à cette annonce sur le plateau du journal télévisé de la RTBF. Il estime que l’annonce de l’envoi de troupes révèle beaucoup sur l’état de la confrontation : « Je dirais que, même avant d’envisager que ces opérations terrestres aient lieu, le simple fait qu’ils puissent agiter la menace de cela montre bien que la partie israélo-américaine est parvenue à réduire les capacités militaires iraniennes de manière inimaginable il y a encore un mois, » détaille l’expert.
Pour le chercheur, « cela procède à l’acculement du régime, à sa paranoïa croissante ». Une crainte « qui peut justement pousser les dirigeants encore à la manœuvre à Téhéran à commettre des erreurs. »
**Combien de soldats américains sur place ?**
Les 10 000 soldats supplémentaires s’ajouteraient à environ 5 000 marines et aux quelque 3 000 parachutistes d’élite de la 82e division aéroportée qui s’apprête à rejoindre le Moyen-Orient. Ce déploiement porterait le nombre total de soldats américains à plus de 50 000 dans la région, une concentration comparable à celle de la guerre d’Irak en 2003.
**Une armée de grande ampleur, pour quoi faire ?**
Selon le site d’information Axios, le Pentagone aurait défini plusieurs objectifs possibles. Deux d’entre eux se situent dans le golfe Persique :
– L’île de Kharg, le plus gros terminal pétrolier et gazier iranien, par où transite 90 % des exportations d’hydrocarbures iraniens.
– L’île de Larak, un verrou stratégique du détroit d’Ormuz, où se concentrent radars, bunkers militaires et vedettes lance-missiles.
– Un troisième objectif pourrait être l’île d’Abou Moussa ainsi que deux îlots voisins, des territoires revendiqués par les Émirats Arabes Unis mais contrôlés par l’Iran.
– Un autre scénario envisagé serait la saisie de navires transportant du pétrole iranien.
– Enfin, un scénario plus ambitieux consisterait à s’emparer de l’uranium hautement enrichi encore aux mains de la république islamique ou de le détruire sur place.
Ces objectifs visent à fournir des éléments de pression aux équipes américaines de négociation pour renforcer leurs positions et atteindre leurs objectifs finaux. S’ils sont réalisés, ils permettraient à Donald Trump de déclarer la fin de la guerre et de s’en attribuer la victoire sans avoir à envahir et occuper l’Iran.
**Un déploiement plutôt impopulaire aux États-Unis**
Au Capitole, la stratégie de l’administration Trump est perçue de manière diverse, tant par les démocrates que par les républicains. Ces derniers ont soutenu à 85 % les frappes initiales, tandis que 89 % des démocrates s’y opposaient fermement.
Concernant l’hypothèse d’une attaque terrestre, de plus en plus de voix républicaines expriment des inquiétudes face à un plan jugé flou et à un coût potentiellement exponentiel. Les démocrates, quant à eux, condamnent les frappes et le déploiement, jugés sans l’approbation du Congrès, ce qui constitue, selon eux, une violation de l’autorité constitutionnelle.
Un sondage Reuters-Ipsos réalisé entre le 17 et le 19 mars dernier a révélé que 65 % des Américains s’attendent à un déploiement terrestre, mais seulement 7 % le soutiennent. 55 % s’opposent à ce type de déploiement. En revanche, une intervention limitée de forces spéciales a recueilli 34 % d’approbation. 59 % des personnes interrogées se déclarent opposées à la guerre en général.
Le républicain ultraconservateur Matt Gaetz, lors de la convention conservatrice, a exprimé ses craintes directement à Donald Trump : « J’espère sincèrement que les prévisions de Polymarket, qui estiment à 71 % la probabilité d’un déploiement de troupes au sol en Iran, sont erronées. Je souhaite que le président Trump dispose de tous les outils diplomatiques possibles, et je suis convaincu qu’il en sait beaucoup plus que moi. »
Il a ajouté : « Mais une invasion terrestre de l’Iran appauvrira notre pays et le rendra moins sûr. Elle entraînera une hausse des prix de l’essence et des denrées alimentaires. Et je ne suis pas certain que nous finirions par tuer plus de terroristes que nous n’en créerions. »
L’impopularité d’une intervention au sol en Iran traverse tout le spectre politique américain, de la base MAGA (Make America Great Again) du président Trump à l’opposition démocrate au Capitole.

