Procès « DZ Mafia » : La famille Tir signale six morts depuis 2011.
Eddy Tir, le frère de Farid abattu en août 2019, a été entendu ce vendredi depuis sa prison où il purge une peine pour le meurtre d’un adolescent, dans le cadre d’un procès pour le double assassinat de Farid et d’un comparse, jugé par la cour d’assises d’Aix-en-Provence. La cour occupe actuellement ses fonctions jusqu’au 11 avril prochain, date de la fin des débats sur ce meurtre.
Le box des accusés et le banc des avocats de la défense vides, Eddy Tir – le frère de Farid, tué en août 2019 avec un complice dans une chambre d’un hôtel Formule 1 en périphérie de Marseille – apparaît sur l’écran de la cour d’assises d’Aix-en-Provence, chargée de juger six hommes pour ce double meurtre, dont deux membres présumés de la DZ Mafia. L’atmosphère est tendue : ce matin-là, la moitié des accusés a refusé de comparaître.
Vêtu d’un survêtement bleu et avec de longs cheveux, Eddy Tir est interrogé ce vendredi depuis sa prison, où il purge notamment une peine pour le meurtre d’un adolescent, en rapport avec un trafic de drogue, qui constitue une ombre persistante dans cette affaire.
« Vous pouvez être sûr que je parle sans crainte parce que je crains dégun », déclare avec bravade le trentenaire… qui ne fournira finalement que peu de détails. Chaque jour depuis le début de ce procès, sa sœur Myriam l’écoute attentivement depuis le banc des parties civiles.
Avec six victimes sur trois générations en moins de dix ans, la famille Tir, profondément enracinée dans le narcotrafic marseillais, a payé un lourd tribut. Un tribut de sang qu’elle a également infligé dans une « guerre » contre le clan rival des Remadnia, une famille originaire du même village kabyle au nord-est de l’Algérie.
L’histoire des Tir n’avait pourtant pas si mal commencé avec le patriarche Mahoubi Tir, commerçant respecté à la Busserine, où une rue a été nommée en son honneur en 2004. Sept ans plus tard, le nom de Tir figure dans les dossiers et sur les fiches de la police marseillaise.
Le 27 avril 2011, Saïd Tir, surnommé « le Vieux », est exécuté au volant de sa voiture dans les quartiers nord. Considéré comme le « parrain de Font-Vert », il devait comparaître quelques jours plus tard pour un trafic de cannabis et de cocaïne.
Sa mort ouvre un cycle meurtrier qui emportera plusieurs membres de sa famille, y compris son petit-fils Farid. La même année, Akim Grabsi, le beau-frère de Saïd, est également exécuté, suivi un an plus tard, le 11 avril 2012, par Farid Tir, un oncle du même prénom que celui abattu en 2019, tué de plusieurs balles de fusil d’assaut dans sa voiture dans le quartier de la Belle-de-Mai.
Deux ans plus tard, en juin 2014, c’est au tour de Karim Tir, petit-fils de Saïd, ancien manager du rappeur Jul, d’être abattu à Asnières-sur-Seine par un commando à moto. Un cinquième membre de la famille est tué par un concurrent en juin 2016 dans les quartiers nord de Marseille.
Cette tragédie semble trouver un certain terme, ou du moins une accalmie, avec l’exécution de Farid Tir dans une chambre d’hôtel en 2019, un meurtre qui occupe la cour d’assises d’Aix-en-Provence jusqu’au 11 avril prochain.
« Avez-vous une explication ? », demande la présidente du tribunal à Eddy concernant la mort de son frère. « Pas du tout. À l’époque, j’avais simplement dit à mon frère que je n’avais pas confiance en un mec avec qui il traînait », précise-t-il, rappelant une déclaration faite lors de son audition.
« Un nom ? », interroge la présidente. « Prénom : Fils ; Nom : De P*** », répond le détenu, ajoutant : « On va gagner du temps : vous me dites le nom et je vous dis oui ou non ». « Amine Oualane ? », propose la présidente. « Non pas du tout, vous allez très loin », rétorque Eddy Tir.
La cour continue : « Avez-vous été surpris de ces faits ? » « À Marseille, on n’est surpris de rien madame », répond le témoin qui, malgré avoir survécu à une tentative d’assassinat en 2011, assure aux juges n’avoir « jamais été menacé, jamais été agressé de toute (s) sa vie ». Une saga qui pourrait potentiellement engendrer un triste épilogue à sa libération, bien que cela ne soit pas à l’ordre du jour : le frère de Farid purge une peine de 20 ans pour le meurtre de Kamel El Mehli, 17 ans, abattu à la mitraillette dans la cité de la Castellane en 2011.

