TGV Bizerte-Ben Guerdane : un chantier entre ambition et pragmatisme
Le projet de Train à Grande Vitesse (TGV) reliant Bizerte à Ben Guerdane, inscrit dans le Plan de développement 2026‑2030, a un tracé de 500 kilomètres et un coût estimé d’environ 20 milliards de dinars. Selon le Dr Brahim Soua, le TGV tunisien est conçu exclusivement pour le transport de passagers et une séparation des réseaux de passagers et de fret est incontournable.

Image : illustration IA
Le projet de Train à Grande Vitesse (TGV) reliant Bizerte à Ben Guerdane, prévu dans le Plan de développement 2026-2030, suscite à la fois des espoirs et des interrogations. Avec un tracé de 500 kilomètres, ce chantier promet de métamorphoser la mobilité nationale, mais il soulève également des défis techniques et financiers considérables.
Pour analyser cette initiative ambitieuse, le Dr Brahim Soua, expert international en infrastructures ferroviaires et membre clé du projet marocain Al Boraq, a proposé une analyse approfondie sur RTCI. Selon lui, le projet tunisien doit associer une vision d’État à un réalisme économique afin de ne pas transformer un rêve stratégiquement important en un fardeau budgétaire.
Un tracé de 500 km : la nécessité d’un séquençage
Le corridor Bizerte-Ben Guerdane, qui traverse le pays du nord au sud, est techniquement ambitieux. Le Dr Soua estime qu’il est prématuré de tenter de réaliser l’ensemble de la ligne en une seule phase. Il recommande une approche séquencée, débutant par la connexion de deux pôles économiques majeurs (Tunis à Sousse ou Sfax) afin de générer des revenus dès les premières années, avant d’envisager l’extension vers le nord et le sud profond.
Le coût estimé du projet est colossal, autour de 20 milliards de dinars, soit environ 66 millions de dinars par kilomètre. L’expert souligne que l’accessibilité tarifaire pour les usagers n’est pas incompatible avec la grande vitesse. Sur le modèle marocain, un trajet de 230 km pourrait être proposé à environ 30 dinars, sous réserve d’une politique tarifaire bien pensée.
Pour atteindre sa rentabilité et éviter un déficit public, la ligne devra attirer au moins 3 millions de passagers par an, un seuil que le Dr Soua considère réaliste si les étapes de construction sont correctement planifiées.
Passagers et fret : deux réseaux séparés
L’une des précisions essentielles concerne l’usage de la ligne. Le TGV tunisien est conçu uniquement pour le transport de passagers, avec des essieux légers de 16 tonnes. Les trains de fret lourd, notamment pour le phosphate, exigent 22 tonnes par essieu, rendant impossible le transport de marchandises sur la même ligne. Une séparation des réseaux est donc obligatoire.
Originaire de Gafsa, le Dr Soua souligne l’importance de réhabiliter le réseau classique pour le phosphate, indépendamment du TGV. Cette mise à niveau ne nécessite pas d’études supplémentaires et représente, selon lui, une action urgente pour soutenir l’économie nationale, tout en permettant de planifier la grande vitesse de manière réaliste et progressive.
Ainsi, le projet TGV Bizerte-Ben Guerdane incarne une transformation majeure du transport ferroviaire en Tunisie, mais sa réussite dépendra d’une approche progressive, d’un financement structuré et d’une séparation claire entre passagers et fret. Selon les experts, le défi est double : réaliser un projet emblématique tout en garantissant la continuité et la sécurité économique du pays.

