Népal : Balendra Shah, rappeur, pourrait-il devenir Premier ministre ?
Balendra Shah a été élu à la Chambre des représentants le 5 mars dernier, battant l’ex-Premier ministre KP Sharma Oli. Selon la commission d’enquête, les deux jours d’émeutes en septembre ont causé la mort d’au moins 76 personnes et plus de 2.400 blessés.

« Népalais unis, l’Histoire est en marche ». Jeudi, Balendra Shah a partagé sur les réseaux sociaux un clip de rap illustré par des séquences de sa campagne électorale. Cette vidéo a été visionnée plus de 3 millions de fois vendredi, mettant en avant son ascension : l’artiste, élu maire de Katmandou en 2022, est devenu le Premier ministre du Népal, six mois après l’insurrection meurtrière de la génération Z qui a transformé le pays.
Le 5 mars dernier, celui qui est surnommé « Balen » par le public a été élu à la Chambre des représentants en battant l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli, 74 ans, évincé du pouvoir en septembre dernier. Son Parti national indépendant (RSP, centriste) a remporté une majorité absolue de 182 des 275 sièges.
Porte-parole de la Gen Z
« Moi, Balendra Shah, au nom du peuple et du pays, promet de respecter la Constitution […] et de remplir loyalement mon devoir de Premier ministre », a-t-il déclaré, vêtu de noir et lunettes noires sur le nez, en prêtant serment devant le président Ram Chandra Poudel. « Mon cœur est rempli de courage, mon sang bout, mes frères sont à mes côtés, cette fois nous nous lèverons », chantait-il dans son clip. Il a ajouté : « Cette fois, la joie et le bonheur éclateront dans tous les foyers […] je ne m’essoufflerai pas, je courrai comme un léopard. »
Ingénieur civil de formation, « Balen » s’est fait connaître dans la scène hip-hop underground népalaise en dénonçant la corruption des élites et les inégalités. Sa popularité a explosé en 2022 lorsqu’il a été élu, à la surprise générale, maire de Katmandou. Pendant sa campagne, il s’est positionné en porte-parole des aspirations de la « Gen Z », promettant de mettre fin à la corruption des élites et au chômage, qui pousse de nombreux Népalais à s’expatrier pour trouver des emplois.
Transition de pouvoir
Son accession au pouvoir est le signe d’une nouvelle génération de leaders au Népal. L’un des chefs de la révolte de septembre, Sudan Garang, a été nommé vendredi ministre de l’Intérieur. Son nouveau collègue aux Finances, Swarnim Wagle, était économiste à l’ONU, tandis que celui des Affaires étrangères, Shishir Khanal, avait été ministre de l’Éducation dans un gouvernement précédent.
Son intronisation marque aussi la fin de la transition dirigée par l’ancienne cheffe de la Cour suprême Sushila Karki, 73 ans. « Je me réjouis de l’avenir radieux qui s’ouvre pour le pays », a déclaré la magistrate, qui s’apprête à prendre sa retraite, lors de son dernier discours jeudi.
Le Premier ministre indien Narendra Modi a rapidement exprimé sa satisfaction de pouvoir, avec Balendra Shah, porter la coopération bilatérale « à de nouveaux sommets ». Le porte-parole de la diplomatie chinoise Lin Jian a promis « tout le soutien » de Pékin au nouveau dirigeant népalais.
« J’espère qu’ils ne nous laisseront pas tomber »
Balendra Shah se trouve déjà face à d’importants défis à relever. Il devra, entre autres, décider des actions à mener suite aux conclusions de la commission d’enquête sur les événements de septembre. Le 8 septembre, des milliers de jeunes avaient manifesté dans les rues de Katmandou et d’autres villes du pays pour dénoncer le blocage des réseaux sociaux et la corruption des élites. Au moins 19 manifestants avaient été abattus dans la capitale, et des dizaines d’autres blessés. Le lendemain, le 9 septembre, la foule en colère avait détruit, incendié ou pillé de nombreux bâtiments publics, y compris le parlement. Le calme était revenu le soir grâce au déploiement de l’armée.
Ces deux jours de manifestations ont causé la mort d’au moins 76 personnes et plus de 2.400 blessés, selon le rapport de la commission d’enquête publié jeudi. Celle-ci a recommandé des poursuites pénales contre Sharma Oli, alors ministre de l’Intérieur, et le chef de la police. L’ex-Premier ministre communiste a cependant démenti avoir ordonné à la police d’ouvrir le feu sur les manifestants du 8 septembre.
La commission d’enquête n’a pas « pu établir s’il y avait eu un ordre formel d’ouvrir le feu », mais elle a considéré « qu’aucun effort n’a été fait pour arrêter ou maîtriser les tirs. » Son rapport indique que l’autopsie de 48 victimes a révélé des blessures mortelles par balles. « Balen et son équipe ont l’occasion de rebâtir ce pays, de travailler pour le peuple », a déclaré Nimisha Shrestha, une étudiante de 23 ans qui attendait devant la présidence. « J’espère qu’ils ne nous laisseront pas tomber. »

