Les Européens ne disent pas non à Trump, mais oui à ses idées.
En Italie, la présidente du Conseil Giorgia Meloni a été la seule dirigeante européenne présente à l’investiture du président américain. Selon un sondage, seulement 15% des électeurs considèrent encore Donald Trump comme un partenaire fiable.
En politique, comme dans le secteur de la grande distribution, certains logos sont de véritables repoussoirs. Celui de Donald Trump en est devenu un à éviter. Il s’agit d’une étiquette que l’on préfère cacher.
En Italie, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, avait pourtant beaucoup misé sur cette association. Unique dirigeante européenne présente à l’investiture du président américain, elle se voyait comme un relais essentiel du trumpisme, n’hésitant pas à se présenter comme la franchise locale de la Maison-Blanche.
Jusqu’à présent, cette stratégie semblait lui réussir. Cependant, le récent référendum sur la réforme de la justice a marqué un tournant. Pour la première fois, les Italiens lui ont opposé un refus. Ils ne soutiennent pas sa croisade populiste et agressive contre des juges jugés politisés, écho des critiques de Trump à l’encontre de son propre système judiciaire.
Dans un pays confronté à la montée des prix de l’énergie et aux incertitudes internationales, le lien avec Trump s’est transformé en un handicap.
Un constat similaire en Slovénie
Janez Jansa, souvent considéré comme la branche locale du trumpisme, a récemment été battu par un Premier ministre libéral sortant, malgré une campagne éprouvante. La victoire de son adversaire a été très serrée, mais Jansa, le candidat trumpiste, perd tout de même face à un rival affaibli.
Cette tendance se répète dans divers pays européens. Par exemple, l’AfD en Allemagne prend lentement ses distances avec Trump. Avec seulement 15 % des électeurs considérant encore le président américain comme un partenaire fiable, il est préférable de changer d’étiquette plutôt que de s’enliser.
La marque Trump est désormais mal vue
Aujourd’hui, c’est presque uniquement Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, qui entretient encore des relations étroites avec Trump. Le vice-président américain doit se rendre à Budapest dans quelques jours, juste avant les élections. Cependant, il n’est pas certain que cela aidera Orbán à rattraper son retard dans les sondages.
D’un autre côté, au Danemark, la Première ministre Mette Frederiksen a su adapter son discours à l’évolution de cette dynamique anti-Trump. Confrontée à des difficultés dans les sondages, elle a opposé une résistance au projet d’annexion du Groenland proposé par Washington, faisant de son refus un symbole de bravoure nationale qui lui a permis d’atténuer les pertes électorales. Bien que son parti social-démocrate soit en déclin, elle termine en tête du scrutin. Ainsi, être opposé à Trump ne garantit pas nécessairement de gagner, mais être en lien avec lui devient de plus en plus risqué.
Le trumpisme continue d’influencer l’Europe
Malgré les défauts d’image du trumpisme, ses idées continuent de séduire. Les électeurs s’éloignent du vendeur mais adoptent ses concepts.
Concernant l’immigration, les idées inspirées par Trump s’installent durablement en Europe. Le pacte sur l’asile et la migration, qui doit entrer en vigueur cet été, renforce les contrôles frontières, augmente les dispositifs de surveillance et facilite les expulsions. Au Parlement européen cette semaine, une alliance entre la droite et l’extrême droite a permis de valider un règlement visant à simplifier les reconduites aux frontières et à ouvrir la voie à des centres de rétention en dehors de l’Union.
Pour des ONG comme Médecins du monde, la similitude avec les pratiques de l’ICE, l’agence fédérale américaine chargée de l’immigration et des douanes, est frappante. Bien que les méthodes européennes prétendent s’ancrer dans des valeurs éthiques, les mesures adoptées pourraient sans peine trouver leur place dans un manuel de politique trumpiste.
Un mauvais ambassadeur mais un fournisseur redoutable
Avoir une trop grande proximité avec Trump expose à un risque : celui de faire fuir les électeurs, à l’image d’un produit périmé. Toutefois, ses concepts, quant à eux, se diffusent rapidement dans les programmes politiques, que ce soit à travers des promesses de fermeté sur les migrations ou des campagnes ciblant les contre-pouvoirs.
En somme, Donald Trump peut être un mauvais porte-parole pour ses amis européens, mais il reste un fournisseur redoutable d’idées. L’Europe rejette l’homme, mais elle accepte de plus en plus ses concepts.

