Belgique

« Jean-Luc Crucke se réjouit d’un gisement d’hydrogène blanc »

Jean-Luc Crucke, ministre fédéral de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale, a présenté ce vendredi l’hypothèse d’une ressource stratégique dans le sous-sol belge. La Française de l’énergie (FDE) a confirmé mardi, à Moselle, la « présence importante » d’hydrogène naturel à plus de 3600 mètres de profondeur, ce qui pourrait représenter environ 34 millions de tonnes.


Le sous-sol belge pourrait receler une nouvelle ressource stratégique. C’est ce qu’a avancé ce vendredi Jean-Luc Crucke, ministre fédéral de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale, lors de son passage dans la matinale de la RTBF.

Pour soutenir ses propos, la France a récemment annoncé une « première mondiale » : un forage à plus de 3600 mètres de profondeur, qualifié de « plus profond au monde », a confirmé la « présence importante » d’hydrogène naturel dans le sous-sol de Moselle, a déclaré mardi la Française de l’énergie (FDE), responsable de ces recherches.

À Pontpierre, un village d’environ 800 habitants, situé à une quarantaine de kilomètres à l’est de Metz, une plateforme de forage de 41 mètres de haut a été installée cet hiver pour atteindre 3655 mètres. En analysant 58 échantillons, la FDE affirme avoir identifié plusieurs zones d’hydrogène naturel et collecté des données géologiques pour mieux comprendre sa formation et sa migration.

Pour avancer, la Belgique et son gouvernement fédéral doivent élaborer un programme en deux étapes : d’abord « établir la cartographie de cet hydrogène sur le territoire belge », puis « explorer pour voir où il se trouve et quelle est l’utilité économique que l’on peut en tirer », explique le ministre.

## Un gisement présenté comme transfrontalier

Le ministre se base sur les découvertes récentes en Lorraine, où un forage a confirmé la présence significative d’hydrogène naturel, également connu sous les termes hydrogène blanc ou natif. Ce gisement lorrain pourrait représenter environ 34 millions de tonnes et s’étendre vers la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne, selon des informations relayées par la presse spécialisée.

Jean-Luc Crucke souligne toutefois qu’il faut faire preuve de prudence : « À potentiellement de l’or blanc, il faut toujours être prudent », dit-il, ajoutant que les Français ont découvert « 34 millions de tonnes d’hydrogène blanc ». Il estime que si cette ressource est confirmée, elle pourrait représenter « un tiers de la production annuelle d’hydrogène, ce qui en ferait quelque chose de monumental ».

## « Un game changer » pour l’industrie

Le ministre mise principalement sur l’intérêt industriel de cette découverte. Il indique que l’hydrogène naturel pourrait diminuer les coûts de production, car il n’a pas besoin d’être fabriqué à partir d’électricité ou de méthane : « Ici, en fait, c’est naturel, c’est dans le gisement, ça signifie qu’il y a moindres coûts pour l’industrie ».

Il ajoute : « Si effectivement tout cela se confirme, c’est un game changer ». Le ministre voit en cette ressource une opportunité pour soutenir une industrie européenne, jugée trop vulnérable face à la concurrence américaine et chinoise, tout en étant susceptible d’apporter des solutions pour certains usages dans le transport.

## Un budget de 3,5 millions

Le gouvernement prévoit de financer cette première phase de recherche à hauteur de 3,5 millions d’euros, en utilisant les fonds ETS, avec une exploration qui s’étalera sur deux à trois ans. Le ministre assure que cet argent est déjà disponible et peut être redéployé : « Les 3,5 millions, évidemment, on les a ».

Depuis le 1er janvier 2005, l’Union européenne a instauré un système d’échange de quotas d’émission (European Emissions Trading System ou EU ETS) pour les installations industrielles. La révision de l’ETS vise principalement à contribuer à l’objectif de réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, tout en rendant l’Union européenne climatiquement neutre d’ici à 2050, avec des émissions négatives par la suite.

Le ministre espère également obtenir une aide européenne supplémentaire pour accélérer la recherche : « Ce que j’espère, c’est qu’on puisse bénéficier, comme les Français d’ailleurs, de fonds européens supplémentaires ».

## L’hydrogène, le climat et l’autonomie

Interrogé sur la cohérence entre ce projet et la transition climatique, Jean-Luc Crucke défend l’idée d’une autonomie énergétique. « Si aujourd’hui, les citoyens n’ont pas compris que la seule manière d’être autonome et plus indépendant sur le plan énergétique, c’est de disposer d’énergie renouvelable et durable », dit-il, évoquant le nucléaire, l’éolien et l’hydrogène blanc.

Le ministre lie également ce débat à la crise énergétique et géopolitique, affirmant que la transition doit être envisagée comme un levier de souveraineté européenne. Enfin, il souligne que la Belgique et ses voisins doivent collaborer sur ce dossier : « Le fait que les Français, les Luxembourgeois, les Allemands et les Belges puissent travailler ensemble sur ce dossier au niveau européen, je pense que ça pèse ».