Guerre au Moyen-Orient : un mois éprouvant pour les civils, entre alertes et explosions
La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël a provoqué la mort de 1500 personnes en Iran selon les médias d’État, tandis que l’ONG HRANA estime ce chiffre à 3300. Au Liban, au moins 1094 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes depuis le 2 mars, selon les autorités libanaises.
Vivre sous les alertes, entourés de déplacés ou menacés par des explosions, c’est la réalité des civils contactés dans la région. La guerre lancée par les États-Unis et Israël a profondément perturbé leurs vies et celles de leurs voisins.
**Israël : la vie dans les abris**
Lorsque Laurent Cigé décroche, il est dans l’abri aménagé de sa maison près de Tel-Aviv. « En une demi-heure, c’est la troisième alerte aux missiles que nous avons eue. Chaque fois, on se réfugie dans notre pièce sécurisée. Nous sommes là, avec ma femme et mon fils de 4 ans, et nous attendons que cela passe. On entend les explosions à l’extérieur. En moyenne, nous avons une bonne dizaine d’alertes par jour. »
Les Israéliens sont familiers avec ces alertes et connaissent les procédures de sécurité à suivre. Leur fréquence, jour et nuit, et la durée de cette guerre qui s’étend sur plusieurs semaines sont épuisantes.
La vie quotidienne s’est réorganisée autour d’une forme de confinement, explique Laurent : « On est enfermé toute la journée à la maison. On sort de temps en temps faire des courses. Les supermarchés sont ouverts, mais c’est pratiquement la seule chose qui reste vraiment accessible. »
« Notre fils de 4 ans n’est plus allé à l’école depuis le 28 février, et il n’est pas près de retourner au jardin d’enfants, je pense pas avant le 15 avril. Donc, ça fera 45 jours à la maison. C’est très handicapant pour les enfants, et très traumatisant. »
**Dégâts minimes**
« Les dégâts humains sont minimes. Tant que la population reste disciplinée comme elle l’est actuellement, il y a extrêmement peu de morts », assure ce citoyen belgo-israélien.
Cependant, la chute d’un missile sur la ville d’Arad a récemment causé une centaine de blessés. « Ces gens-là ont payé le prix parce qu’ils étaient à l’extérieur, explique-t-il. Ceux qui étaient dans les abris n’ont pas été blessés, ou très peu. Quand on va au parc et qu’il y a une alerte, on se dirige vers un abri souterrain. C’est protégé, même contre les gros missiles. En moyenne, 92 % des missiles sont interceptés. Les 8 % qui tombent causent des dégâts. Et pour la première fois, l’Iran utilise des missiles à fragmentation qui causent beaucoup de destructions. »
« Les gens sont fatigués, reconnaît Laurent Cigé, mais ils exigent du gouvernement de ne pas arrêter les efforts engagés. Il faut des résultats, sinon ceux qui n’auront pas abouti paieront le prix. On ne peut pas rester 40 ou 45 jours bloqués à la maison, sans travailler, sans aide, et revenir à la situation initiale. »
Mais quel est le résultat attendu ? Quel est l’objectif de cette guerre pour les Israéliens ? Selon Laurent Cigé, cela se résume à écarter la menace nucléaire iranienne : « Si les Américains parviennent à extraire les 480 kilos d’uranium enrichi d’Iran, et obtiennent un accord sur les programmes nucléaires et balistiques, cela en vaudrait la peine. Mais je ne crois pas au changement de régime par la guerre. Cela doit venir de l’intérieur. »
**Liban : la solidarité avec les déplacés par la guerre**
Isabelle Parmentier-Aoun vit dans un village éloigné, à une centaine de kilomètres de la frontière israélienne. Bien qu’il n’y ait pas de bombardements ici, la guerre se fait sentir quotidiennement : « On entend les avions, les bombardements, les drones sans cesse. Aujourd’hui, c’est calme. Mais quand il fait calme, on s’inquiète : qu’est-ce qui va arriver ? »
Dans cette zone entre le sud d’Israël et Beyrouth, de nombreux déplacés affluent. Les frappes israéliennes ont causé près de 1100 morts, dont 700 membres du Hezbollah, entraînant plus d’un million de déplacés.
Avec d’autres habitants, Isabelle a créé une association d’aide aux victimes, une initiative qui se multiplie, face à l’absence de soutien structuré de l’État libanais : « C’est la débrouille. Mais beaucoup de gens sont très volontaires, de nombreuses associations à Beyrouth se mobilisent pour récolter des fonds, préparer des repas, les distribuer. »
Beaucoup de déplacés trouvent refuge dans des écoles de la région, où les bénévoles vont apporter leur aide : « Il n’y a pas de cuisine, alors nous avons équipé une des écoles à Damour avec du matériel de cuisine. Une autre école avait besoin de réservoirs d’eau, car 400 personnes y vivent. »
« Dans ces écoles, les familles occupent de petites classes, ou des grandes pièces divisées par des bâches. Chaque famille a un certain espace. Ils vivent avec un matelas sur le sol et sont déjà très reconnaissants pour cela. »
**Un pays à genoux**
Cependant, les écoles sont saturées. « Le pays est à genoux », constate Isabelle Parmentier-Aoun. « Il n’y a pas de logements, pas de place. Que fait-on avec tous ces pauvres gens ? Beaucoup vivent de la terre dans leurs villages. »
Isabelle a également accueilli des déplacés chez elle, mais cela comporte des risques : « Si ces réfugiés reçoivent la visite de militants du Hezbollah, il y a danger. Un notable du Hezbollah visitant des réfugiés peut amener les Israéliens à bombarder, peu importe à qui appartient la maison. »
« C’est un peu une copie de ce qu’ils ont fait à Gaza », avance Isabelle Parmentier-Aoun. « Il y a des villages qui sont réduits en ruines. Ils ont utilisé du phosphore blanc sur de nombreuses terres agricoles, qui mettront cinq ans à se remettre. »
Cette guerre engendre aussi des tensions entre les communautés au Liban. « Certaines personnes sont vraiment fâchées contre le Hezbollah qui n’a pas déposé les armes », comme Israël l’exigeait. « Il n’y a pas d’unité nationale », explique Isabelle Parmentier-Aoun. « La crainte d’une guerre civile est présente. Si les gens se rebellent contre le Hezbollah, on ne sait pas ce qui pourrait arriver. Il y a une angoisse. »
**Cisjordanie occupée : les missiles iraniens, les colons et l’armée**
Les Palestiniens en Cisjordanie occupée vivent en première ligne. Les missiles iraniens ciblant Israël survolent leur territoire, tombant parfois en cas de dysfonctionnement.
« Quand il y a des contre-attaques contre les missiles iraniens, beaucoup de débris tombent en Cisjordanie. C’est ce qui est arrivé à Beit Awwa, où des débris ont tué quatre femmes, dont une enceinte. Beaucoup de choses se passent, mais ce n’est pas rapporté. Les médias agissent comme si la Cisjordanie était en paix », déplore Abdelfattah Abu-Srour, directeur du centre culturel Alrowwad dans le camp de réfugiés de Aïda à Bethléem.
**Le déchaînement des colons**
« Il y avait déjà beaucoup de restrictions de mouvements en raison des barrières et des points de contrôle. Les attaques de colons se multiplient, avec agressions, démolitions, tueries, vol de bétail et incendies de maisons, servant d’intimidation pour pousser les gens à quitter leurs villages. Les attaques se sont intensifiées, avec la complicité de l’armée. Aucune arrestation n’a eu lieu. »
Le mois de Ramadan qui vient de s’achever a été particulièrement tendu, surtout à Jérusalem : « Pour la première fois, la mosquée al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre ont été fermées, empêchant les croyants de pratiquer leur religion. Cela s’est produit pendant le carême et le mois le plus sacré pour les musulmans. »
**Gaza : d’une guerre à l’autre, la peur de l’oubli**
Depuis Gaza, le journaliste Rami Abu-Jamous évalue l’impact de la guerre dans le Golfe sur l’enclave. Un cessez-le-feu est officiellement en vigueur depuis le 10 octobre entre le Hamas et Israël, mais les incidents sont quotidiens.
« Les gens croient à un cessez-le-feu, mais ce n’est pas le cas. Les Israéliens le violent régulièrement. Depuis, plus de 600 personnes ont été tuées et 1000 blessées. Avec l’agression israélienne contre l’Iran et le Liban, les yeux se détournent de Gaza. Pourtant, les massacres continuent. Alors que le rythme des bombardements a diminué, des personnes sont encore tuées tous les jours par l’occupation. »
**L’aide au compte-goutte**
L’accord annoncé par Donald Trump promettait une aide humanitaire suffisante pour Gaza, soumise à un long blocus. « Au début de la guerre avec l’Iran, l’aide a été suspendue, puis a repris au compte-goutte, avec 200 à 240 camions par jour. La moitié des importations vont au secteur privé qui revendent à des prix inaccessibles pour la population. La majorité dépend donc de l’aide humanitaire. »
Les Gazaouis craignent également que l’armée israélienne ne profite de l’attention du monde pour renforcer son emprise sur le territoire palestinien, réduisant l’espace accessible aux deux millions d’habitants : « Les Israéliens reculent la ligne jaune, disant qu’ils ne vont plus se retirer de là. Cela devient la nouvelle frontière de Gaza. »
Pour Rami, la situation à Gaza après un mois de guerre est catastrophique : « La situation se dégrade. Tout est chaotique sur le plan humanitaire, en termes de santé, de nourriture, et l’insécurité persiste avec des bombardements quotidiens. »
**Un bilan humain très lourd**
En un mois, la guerre lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran a causé plusieurs milliers de morts dans la région.
– **En Iran**, les médias d’État rapportent 1500 morts, tandis que l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) évalue à 3300 le nombre de victimes.
– **Au Liban**, au moins 1094 personnes ont été tuées lors des frappes israéliennes depuis le 2 mars, selon les autorités.
– **En Israël**, seize civils ont été tués, dont neuf par un tir de missile iranien près de Jérusalem, et trois soldats israéliens ont péri au Liban depuis le début des hostilités.
– **En Cisjordanie**, quatre femmes palestiniennes ont été tuées durant une attaque de missiles iraniens.
– **Dans les pays du Golfe**, 26 personnes sont mortes.
– **En Irak**, 88 membres d’un groupe armé chiite ont été tués.

