Brésil – France : « Nous n’avons pas de bons joueurs »
La sélection brésilienne affrontera la France en match amical ce jeudi dans la banlieue de Boston, avec un bilan de quatre victoires en huit matchs depuis la prise de fonction de l’entraîneur Carlo Ancelotti. Selon Sofascore, le nombre de joueurs brésiliens ayant rejoint l’Europe est passé de 23 en 2000-2001 à 11 en 2025-2026.
Le temps passe, et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu imaginer que la sélection brésilienne se serait si rapidement affaiblie ? Il y a vingt ans, les Auriverdes se préparaient pour la Coupe du monde en Allemagne avec des joueurs comme Roberto Carlos, Cafu, Kaká, Ronaldinho, Ronaldo et Adriano. Ce jeudi, ils affrontent la France, avec Mbappé, Dembélé, Doué et Cherki, dans un match amical en banlieue de Boston (États-Unis), tout en devant composer autour de Vinicius et Raphinha, sous la direction de Carlo Ancelotti, à la tête d’une équipe qui a perdu de sa splendeur.
Depuis son arrivée il y a un peu moins d’un an, l’entraîneur italien n’a pas vraiment convaincu, affichant un bilan médiocre avec quatre victoires en huit matchs. « Ils ont fait venir un entraîneur de renom, mais je ne pense pas que le problème vienne de lui, a analysé la légende Rivelino sur ESPN, champion du monde en 1970 avec la meilleure équipe de tous les temps. Le souci, c’est que nous traversons une période difficile en ce qui concerne les joueurs exceptionnels, les stars. Nous n’avons pas de bons joueurs. »
Avec l’absence de Neymar (retiré) et Rodrygo (blessé), Ancelotti a par exemple sélectionné deux joueurs de Brentford et Bournemouth, symbole de ce déclin. « Depuis notre dernier titre en 2022, l’espoir s’est estompé au fil des années, explique Felipe Saad, ancien joueur de Guingamp et maintenant consultant sur Ligue 1 +. Chez nous, ceux qui suivent le foot ne sont pas dupes, ils voient les noms appelés par Didier Deschamps, qui jouent dans le haut du tableau, la Ligue des champions. Nous, on parle de joueurs qui évoluent à Bournemouth. »
### Moins de Brésiliens en Europe…
« La baisse de qualité des joueurs brésiliens est un sujet de débats constants, affirme le journaliste brésilien Luis Augusto Monaco. La diminution du nombre de stars est indéniable. Les Brésiliens étaient connus pour leur technique, leurs dribbles et leur créativité, mais cela ne semble plus être la priorité. » Ou, en tout cas, cela ne l’est plus au Brésil. D’après Sofascore, en 2000-2001, 23 joueurs brésiliens avaient rejoint l’Europe durant le mercato d’été. En 2025-2026, ce nombre est tombé à 11, dont 4 liés à des connexions obscures entre John Textor (Botafogo) et Evangelos Marinakis (Nottingham Forest).
« Les clubs européens continuent de regarder au Brésil, mais avec un profil différent de celui des joueurs recherchés dans le passé, poursuit le journaliste. Auparavant, les Européens venaient chercher des stars, des joueurs appelés à devenir des figures centrales. Aujourd’hui, ils investissent davantage dans de très jeunes athlètes ou dans des joueurs au profil plus proche de celui d’un Européen. Quand Chelsea paie une fortune pour un garçon de 16 ans comme Estevão, le club prend un pari sans garantie de succès. »
### … Et moins de Brésiliens au Brésil aussi
Outre un problème de formation, le Brésil souffre paradoxalement de sa nouvelle puissance financière, qui lui permet de rapatrier des anciens (Gerson, Paquetá) ou d’attirer des stars étrangères (Memphis Depay, Yannick Bolasie, Saul Ñíguez) ainsi que des jeunes sud-américains à bas prix. Au total, 153 joueurs étrangers évoluent cette saison en Serie A.
« Quand on regarde les équipes qui occupent le haut du tableau, comme Palmeiras, Flamengo ou Cruzeiro, on constate qu’elles comptent cinq, six, voire sept étrangers parmi les titulaires, développe Felipe Saad. L’Athletico Paranense a même débuté un match avec neuf étrangers. Et cela nuit aux jeunes brésiliens, à la formation et aux profils typiquement brésiliens. »
Alors, la « terre du football », comme l’a rappelé Didier Deschamps la semaine dernière, ne serait-elle plus qu’une ombre de ce qu’elle était ? « L’adoption de systèmes de jeu qui privilégient la tactique au détriment de la technique est considérée comme l’un des facteurs de ce déclin, indique Luis Augusto Monaco, avant d’ajouter :
« La légende Zico affirme que ce schéma de jeu a fait disparaître le n° 10 brésilien typique. Nos joueurs sont prisonniers de ce modèle de jeu. Et la défaite de l’illustre équipe de 1982 a beaucoup nui à notre football. À partir de là, notre manière de jouer est devenue plus pragmatique avec une phrase qui domine le débat : “Mieux vaut jouer mal et gagner que jouer bien et perdre.” »
Dans un pays qui n’a pas gagné depuis plus de vingt ans et qui n’est plus systématiquement cité parmi les grands favoris d’une Coupe du monde (un drame national), le constat est rapidement fait. En France, un débat similaire est soulevé depuis plusieurs années, mais dans le sens opposé. Malgré de bons résultats avec les Bleus, Didier Deschamps est souvent critiqué pour la manière dont il fait jouer son équipe, alors qu’il dispose d’un réservoir de joueurs incroyables. Il peut juste manquer d’inverser les rôles. Cela commence dès ce soir, puisque le Brésil a demandé à jouer avec son nouveau maillot bleu. C’est sûrement une manière de s’inspirer des meilleurs.

