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Report de Lens-PSG : « Au nom de la morale, c’était non »

La rencontre entre le Racing et le PSG ne se jouera pas le samedi 11 avril, a tranché la LFP selon l’Equipe, accédant à la requête du PSG. Le match sera donc déplacé au mercredi 13 mai, entre les 33e et 34e journées, ce qui est en contradiction avec le règlement de la Ligue.

Il est difficile d’être surpris, mais voir cette décision validée de cette manière a de quoi provoquer la colère. Cela concerne Lens, l’idée même d’une course au titre, et l’image du football français en général. La rencontre entre le Racing et le PSG, qui devait être le point culminant d’une superbe saison de Ligue 1, ne se tiendra donc pas le samedi 11 avril, a décidé la LFP ce jeudi, répondant à la demande du PSG qui ne souhaitait pas jouer ce match entre ses quarts de finale aller et retour de la Ligue des champions contre Liverpool.

Question de saveur

Il y a tant à dire à l’occasion de cet arbitrage qu’il est difficile de savoir par où commencer. Peut-être par la LFP qui se tire une balle dans le pied ? Car au-delà du cas des Lensois, qui sera évoqué plus tard, l’instance dirigeante du football français montre un manque de respect flagrant envers sa propre compétition. « Si la LFP ne défend pas la Ligue 1, qui va la défendre ? Si elle ne défend pas la continuité et le respect de ce qu’est la L1, qui va le faire ? » s’interrogeait le directeur général de Lens, Benjamin Parrot, dans L’Equipe, mercredi.

La question mérite d’être posée. Un tel choc dans la première quinzaine d’avril, lorsqu’une équipe peut revenir à un point de l’autre (virtuellement), mettre la pression pour le titre et ainsi lancer un sprint final passionnant, aurait eu une tout autre saveur qu’un match programmé en milieu de semaine, entre les deux dernières journées, avec un championnat peut-être déjà décidé.

Souvenirs d'une belle soirée à Bollaert avec la victoire lensoise contre le PSG lors de la saison 2022-2023 achevée à la 2e place par les Sang et Or.
Souvenirs d’une belle soirée à Bollaert avec la victoire lensoise contre le PSG lors de la saison 2022-2023 achevée à la 2e place par les Sang et Or.  - FRANCOIS LO PRESTI/AFP

Il semble donc qu’il n’y ait d’autre choix que de jouer ce match le mercredi 13 mai, entre les 33e et 34e journées. Ceci est, au passage, en contradiction avec le réglement de la Ligue, dont l’article 528 stipule : « En règle générale, sous réserve d’assurer le respect de l’équité et de l’intégrité de la compétition, elle fixera les matchs retour remis […] à la première date disponible et avant les deux dernières journées de championnat. »

Si le PSG se qualifie pour les demi-finales de la Ligue des champions (28-29 avril et 5-6 mai), c’est la seule date envisageable. À moins que la Ligue ne choisisse de le programmer un mardi soir, le 19 mai (soit trois jours avant la finale de la Coupe de France, si Lens se qualifie), pour compliquer les choses pour les Nordistes jusqu’au bout.

Cela peut sembler anodin (et d’ailleurs impossible, car on ne peut pas reprogrammer un match après la dernière journée), mais cela met en lumière le peu de considération que la Ligue accorde au RCL. Il suffit de regarder la programmation de la 31e journée annoncée mardi. Les Sang et Or devront se déplacer à Brest en ouverture, vendredi 24 avril, alors qu’ils joueront leur demi-finale de Coupe dans la semaine. Il n’y avait aucune nécessité de planifier cela ainsi, et les trois autres demi-finalistes (Toulouse, Nice, Strasbourg) joueront le samedi soir ou le dimanche.

Quoi qu’il en soit, la Ligue et ses dirigeants ont raté une occasion ce jeudi de montrer qu’ils s’efforcent de protéger les intérêts des clubs engagés en Coupe d’Europe, sans négliger ce qui les fait vivre au quotidien. Au lieu de cela, ils viennent de gâcher tout ce qui rend le championnat intéressant et de donner de nouvelles armes à ceux qui estiment qu’ils sont soumis au PSG et à son président Nasser Al-Khelaïfi.

Avec un cynisme pointé, le dirigeant lensois Joseph Oughourlian avait exprimé l’espoir de « échanges animés » lors du Conseil d’administration qui devait se prononcer sur la demande parisienne, comme une preuve que « quand il s’agit d’équité, les idées peuvent se confronter » tout en gardant peu d’illusions. L’opposant déclaré à Al-Khelaïfi et Labrune savait que la bataille était déjà perdue.

Morale et jeux d’influence

Les Lensois peuvent légitimement se sentir lésés par cette décision, alors qu’ils devront jouer leur saison avec une suite de trois matchs en une semaine (Nantes, PSG et Lyon), après une pause de 15 jours. « Un rythme qui ne correspond pas à celui défini en début de championnat », souligne le club du Pas-de-Calais. Ironiquement, ce dernier est contraint à cet enchaînement de matchs… pour éviter à Paris la même situation. Certes, à une échelle différente, mais qui correspond à la taille des deux clubs.

« D’un point de vue moral, la Ligue aurait dû dire non, juge Philippe Sarremejane, professeur universitaire spécialiste de l’éthique dans le sport. Car l’équité sportive est mise à mal, et cela au profit du club qui domine déjà largement le football français. » Selon lui, donner raison à Paris répond à des considérations politiques plus qu’à des critères sportifs. « Il y a nécessairement des jeux d’influence au sein de cette instance [la LFP], comme dans tous les domaines où les enjeux de pouvoir et d’argent sont présents. Il y a tellement d’arrière-plans que tout cela me semble largement biaisé. »

Cette situation suscite des réactions jusqu’en Angleterre, où l’on rappelle que de tels arrangements n’existent pas.

Au pire, l’argument du « tout pour Paris » dans sa quête de la première Ligue des champions la saison précédente pouvait être entendu. Mais maintenant que les Parisiens ont finalement remporté cette compétition tant désirée, cet arrangement tacite n’est plus justifié. De plus, c’est précisément durant ces fins de saisons chargées, où tout se joue à l’énergie et sur la dynamique du moment, que se forgent des épopées mémorables dans l’histoire du football. Comment dit-on déjà ? « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire »…

Finalement, cette décision est regrettable pour tout le monde, sauf pour le PSG, évidemment. Le match décisif du sprint final va perdre une grande partie de sa substance. Encore une belle image pour le football français.