Municipales à Lyon : La droite fragilise Grégory Doucet.
Dimanche soir, les militants de Coeur Lyonnais ont célébré la victoire de leur camp, car la métropole de Lyon a basculé à droite avec la liste menée par Véronique Sarselli obtenant dix circonscriptions sur quatorze. Bruno Bernard, ex-président et candidat de l’union de la gauche et des écologistes, a reconnu sa défaite au profit de Véronique Sarselli, tout en concédant une « petite déception » liée aux résultats métropolitains.
« Au revoir Bernard ! » Dimanche soir, les militants de Cœur Lyonnais avaient des raisons de fêter leur victoire. Bien que leur candidat à la mairie de Lyon, Jean-Michel Aulas, ait été battu par Grégory Doucet, leur camp a enregistré un succès important : la métropole passe à droite. La liste dirigée par Véronique Sarselli (LR), maire de Sainte-Foy-lès-Lyon, a remporté dix circonscriptions sur quatorze, obtenant la majorité absolue et infligeant une défaite à l’ancien président Bruno Bernard, figure de l’union de la gauche et des écologistes. Ces résultats pourraient remettre en question l’application du programme du maire de Lyon.

Depuis 2015, la métropole de Lyon regroupe des compétences essentielles telles que les transports en commun, la gestion de l’eau et des déchets, ainsi que l’action sociale. Avec 58 communes, 1,4 million d’habitants et un budget annuel de 4 milliards d’euros, elle représente un poids considérable, comme l’ont souligné les sympathisants de Jean-Michel Aulas lors de leurs célébrations : « La mairie en déco, le pouvoir à la métro. » « Le pouvoir est principalement à la métropole », insiste le politologue Paul Bacot.
Dans ce contexte, la réélection de Grégory Doucet revêt une importance particulière, car l’écologiste devra désormais naviguer avec une métropole dominée par la droite. « Ce n’est pas une victoire en demi-teinte », soutient l’entourage de Grégory Doucet, rappelant qu’il était considéré comme perdant dans les sondages, avec un écart allant jusqu’à 20 points, et qu’il a finalement réussi à inverser la tendance. « Son programme a été reconnu et choisi par les Lyonnais », souligne-t-on. En interne, on admet cependant « une petite déception » concernant les résultats métropolitains.
Une victoire à la Pyrrhus ?
Pour le politologue Romain Meltz, l’analyse est plus critique : « C’est une victoire à la Pyrrhus. » En d’autres termes, un succès qui pourrait s’avérer coûteux. « Grégory Doucet a gagné aux yeux du pays, certes, mais à un prix considérable. À Lyon, les politiques mises en œuvre reposaient sur un accord politique et financier avec la métropole. Sans ce soutien, le maire n’aurait jamais eu les moyens d’agir lors de son premier mandat », rappelle-t-il.
Cette nouvelle configuration annonce une cohabitation difficile. « C’est une collectivité exceptionnelle qui ne sera plus à gauche pendant les six prochaines années », admet l’entourage du maire, soulignant la qualité du travail réalisé depuis 2020 avec Bruno Bernard. Cette année, sa liste a remporté 49 sièges, tandis que celle de la droite en a obtenu 92, sur un total de 150.
Des projets fragilisés
Derrière les projets municipaux défendus par Grégory Doucet se cachent souvent des financements métropolitains. La bibliothèque promise pendant la campagne, estimée à 140 millions d’euros, pourrait en pâtir. « Une partie du financement devait très probablement provenir de la métropole, la culture étant une compétence partagée », avance Romain Meltz. Même incertitude pour d’autres dossiers, tels que l’aménagement de la rive droite du Rhône ou certaines politiques de mobilité. « Il va y avoir des blocages sur plusieurs projets à Lyon », anticipe Paul Bacot.
De son côté, la nouvelle majorité métropolitaine exprime clairement ses priorités. Dès le lendemain du scrutin, Véronique Sarselli annonçait déjà la « réouverture de la rue Grenette [aux voitures] » et la nécessité de « concerter les commerçants » concernant la zone à trafic limité, devenue piétonnisée. « Aujourd’hui, trop de contraintes pèsent sur les habitants – circulation, stationnement, dysfonctionnements des transports. Il faut y mettre fin », déclare-t-elle à 20 Minutes. Dans le camp écologiste, on craint l’abandon du projet de tramway TEOL ou le blocage de l’encadrement des loyers. « Il y aura nécessairement la mise en place des projets avancés par Grand Cœur Lyonnais, afin de signifier une rupture avec l’équipe précédente », estime Paul Bacot.
Pour Romain Meltz, si la métropole s’engage dans la construction d’un grand tunnel, son coût « assécherait les finances » et rendrait « impossible le financement de projets plus modestes comme la piscine de la Darse ou la végétalisation ». « Sous Bruno Bernard, la collectivité menait ses propres projets d’envergure, rappelle Romain Meltz. La droite a, elle, toujours défendu une autre vision, celle d’une métropole au service des communes et qui financent leurs projets locaux. Véronique Sarselli adoptera-t-elle des projets métropolitains ambitieux ou s’en tiendra-t-elle à ce qu’elle a toujours demandé ? »
Lyon, ville « centrale » de la métropole
Pour Grégory Doucet, l’enjeu est à présent « double ». « Mettre en œuvre son programme municipal tout en défendant son projet face à une métropole dirigée par ses adversaires », résume-t-on dans son équipe. « On passe d’une logique d’arrangements entre alliés politiques à une relation beaucoup plus juridique, explique Romain Meltz. Tout se jouera dans l’interprétation des textes, voire à travers des recours administratifs, où chaque financement risque de provoquer des tensions. »
Cependant, comme le soulignent les spécialistes de la politique locale, Lyon est « une ville centre » pour la collectivité. Cela n’a pas échappé aux équipes municipales. « Lyon est centrale pour la métropole, on ne peut pas faire sans. Et ses habitants ont voté un projet, il faudra en tenir compte, peut-être discuter dossier par dossier pour qu’il puisse être respecté », insistent-ils du côté du maire. Ce dernier pourra également s’appuyer sur les élus métropolitains de la gauche et des écologistes. Bien que l’opposition de gauche demeure fragmentée et ne soit pas exclusivement concentrée à Lyon, souligne Paul Bacot.
Les résultats, commune par commune, des municipales
Véronique Sarselli, de son côté, s’engage à « travailler avec l’ensemble des communes et des maires, avec méthode et pragmatisme », tout en affirmant qu’« en revanche, [sa] détermination est totale pour faire avancer la métropole ». « Mon état d’esprit n’est pas d’imposer, mais d’associer et de dialoguer », ajoute-t-elle. Des propos que la gauche lyonnaise espère se concrétiser en actes.
En attendant, les élus métropolitains se réuniront jeudi pour élire leur présidente. Battu à la mairie, Jean-Michel Aulas devrait, quant à lui, jouer un rôle central à la métropole. « C’est à cette échelle que se décidera l’avenir de Lyon et des 57 communes qui composent notre territoire », a-t-il déclaré. La maire de Sainte-Foy-lès-Lyon lui a proposé d’être son « premier vice-président ».

