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Côte d’Ivoire : le « casse-tête » des stocks de cacao s’accumulent

Dans le sud-est ivoirien, sur la place d’Aboisso, des fèves de cacao sèchent sur des bâches au soleil avant de retourner dans leur hangar, où elles s’abîment depuis plusieurs mois dans l’humidité. Le gouvernement ivoirien a drastiquement baissé le prix d’achat du cacao aux planteurs, à 1.200 francs CFA (1,82 euro), entraînant de nombreux mécontentements parmi les producteurs.


Sur la place d’Aboisso, située dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, des fèves de cacao sèchent sur des bâches au soleil avant de retourner dans leur hangar, où elles s’abîment depuis plusieurs mois à cause de l’humidité, un symbole d’une crise persistante dans le secteur. En Côte d’Ivoire, premier exportateur mondial de cacao, le prix d’achat aux planteurs est fixé par l’État et, début octobre, juste avant la présidentielle qui a vu la réélection d’Alassane Ouattara, il avait atteint 2.800 francs CFA le kilo (4,27 euros), un record dans le pays. Cependant, après avoir atteint des sommets fin 2024, les cours mondiaux du cacao avaient déjà commencé à chuter durant l’été 2025, notamment en raison d’un retour à une production abondante après des années de pénurie, rendant le prix ivoirien trop élevé.

Les exportations ont donc ralenti, les stocks se sont accumulés dans les entrepôts des coopératives agricoles, qui agissent comme intermédiaires entre producteurs et exportateurs, et de nombreux planteurs n’ont pas été payés. Pour ces derniers, la redoutée douche froide est arrivée début mars. Afin de stopper la crise dans un secteur qui représente 14% du PIB et qui soutient 5 millions de personnes, le gouvernement ivoirien a considérablement diminué le prix d’achat du cacao aux planteurs, à 1.200 francs (1,82 euro).

Quelques semaines après cette décision, dans les hangars d’Aboisso, les fèves continuent de se détériorer sous l’humidité tropicale. « On est obligés, de temps en temps, de les exposer au soleil pour limiter les dégâts. Sinon la moisissure rentre dans le produit et on ne saura pas où le vendre », explique à l’AFP Dongo Yao Kra, 49 ans, président de la coopérative Socoopagos qui collabore avec environ 2.300 producteurs de la région du Sud-Comoé. Ce processus de séchage a un coût : « plus on perd du temps, plus on perd en qualité », ajoute-t-il, soulignant une perte financière supplémentaire pour la coopérative.

Une partie de ce stock concerne la récolte qui a été faite avant la baisse du prix du cacao, et la coopérative s’était engagée à payer les producteurs à 2.800 francs le kilo. « C’est un véritable casse-tête chinois », résume M. Yao Kra, qui évalue le coût total qu’il devra débourser à 230 millions de francs CFA (350.000 euros), une somme introuvable dans sa trésorerie.

La semaine dernière, une réunion de crise convoquée par la coopérative a rassemblé une cinquantaine de planteurs à Songan, un village à trois heures de piste au nord d’Aboisso. Au milieu des échanges mécontents, en français ou en malinké, les planteurs s’indignent du moment choisi pour cette baisse du prix du cacao. « C’est comme si on avait arrêté un match de foot en plein milieu pour changer les règles », dénonce avec véhémence Antoine Ouattara Sié Kouabou, 54 ans, père de cinq enfants, qui attend toujours son paiement pour sa production de 830 kilos. Certains producteurs craignent même de ne plus retourner dans leurs champs, où la main-d’œuvre qu’ils emploient attend elle aussi d’être rémunérée.

En janvier, pourtant, le Conseil Café Cacao (CCC), l’organe régulateur de la filière, s’était engagé à racheter les volumes non écoulés. Cependant, à ce jour, seules 45 des 380 tonnes présentes dans la coopérative ont été collectées. Certains regrettent également que l’État n’ait pas respecté sa « promesse » de garantir le prix du cacao en période difficile, grâce à un fonds de réserve du CCC. « C’est une arnaque, ils nous ont trompés », déplore Dolford Diby, 55 ans, qui survit actuellement grâce à ses autres activités, la culture de l’hévéa et l’élevage de porcs. « Ce pays repose sur l’agriculture, il faut qu’on nous respecte », ajoute-t-il.

Les planteurs tentent donc de se battre. S’agissant de la production antérieure à mars : « Accepteriez-vous d’être payés à 1.200 francs ? », interroge un membre de la coopérative lors de l’assemblée. Les sourcils se froncent et les voix s’élèvent. « Non ! », répond l’un d’eux en se levant. « On n’est pas d’accord ! », renchérit un autre, levant un reçu où il est clairement indiqué qu’il devait être payé 2.800 francs le kilo. La même situation prévaut dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, à Duékoué, témoigne le planteur et syndicaliste Yao Yao. « C’est l’État qui doit prendre les choses en main, ou bien les exportateurs », estime-t-il.

Mercredi, le vice-président de l’interprofession du cacao (OIA), Obed Blondé Doua, a informé la presse qu’il restait « entre 57.000 et 60.000 tonnes » de cacao à retirer sur les 100.000 initialement recensées. Deux semaines plus tôt, le ministre Bruno Koné avait indiqué sur RFI que 64.000 tonnes avaient déjà été achetées. Le CCC n’a pas répondu aux demandes de l’AFP. « Faisons en sorte que les producteurs puissent gagner les 2.800 francs sur le stock résiduel », a lancé M. Blondé Doua, « pour que le climat social puisse être paisible ».