Belgique

Opération Calice : le rapport parlementaire déçoit les victimes d’abus sexuels

En 2010, une perquisition a eu lieu à l’archevêché de Bruxelles-Malines dans le cadre de l’Opération Calice, qui portait sur des abus sexuels au sein de l’Eglise catholique. La commission d’enquête parlementaire, mise sur pied il y a deux ans, a remis son rapport hier, précisant que « la perquisition initiale est mal préparée et précipitée ».


C’était une perquisition des plus marquantes. En 2010, les autorités ont investi l’archevêché de Bruxelles-Malines, emportant de nombreuses caisses de documents. Ce fut le coup d’envoi de l’Opération Calice, qui visait à enquêter sur des abus sexuels au sein de l’Église catholique. L’enquête s’étendra sur une durée de 15 ans !

Il y a deux ans, une commission d’enquête parlementaire a été mise en place pour analyser d’éventuels dysfonctionnements. Elle a remis son rapport hier.

Pour Pierre Jadoul (MR), président de la commission, le constat principal est que « l’on a eu une occasion manquée d’être à l’écoute des victimes, et cela depuis l’origine de ce dossier jusqu’à sa durée absolument inadmissible. » Concernant la perquisition initiale, il souligne que « la perquisition initiale est mal préparée et précipitée. Cela a eu pour conséquence qu’il a fallu régulariser la procédure et que cela a ouvert la porte à une série de recours judiciaires exceptionnels. »

En ce qui concerne l’ingérence de l’Église dans l’enquête, il déclare : « On ne peut pas reprocher à une partie dans un procès de diligenter toutes les procédures qu’il souhaite diligenter. Mais il faut que le pouvoir judiciaire limite les possibilités d’ouvrir la porte à ces recours. »

Khalil Aouasti (PS), rapporteur de la commission, souligne qu’il y a eu « à tout le moins des contacts anormaux entre l’Église catholique, ses représentants et le ministre de la justice de l’époque. Mais on n’a pas pu définir de manière certaine des influences. » Par « contacts anormaux », il évoque des courriers au ministre, la création d’une commission privée « là où, normalement, c’est au parquet de décider des poursuites. » Il note également « des contacts privés entre l’avocat de l’Église, le parquet, les magistrats et le ministre de la justice de l’époque. Tous ces éléments sont troublants. Mais ils ne nous permettent pas aujourd’hui d’affirmer avec certitude qu’il y a eu influence. »

De son côté, l’Église catholique a démenti toute ingérence.

Gabriel Fripiat, qui a témoigné devant la commission il y a deux ans, a été victime d’abus par un prêtre à l’âge de 12 ans. À 67 ans, il estime que les parlementaires ont bien travaillé, mais il doute de la concrétisation des résultats. « L’Église est très forte pour dire ‘on vous a compris’, mais quelle concrétisation ensuite ? » Pour ce qu’il appelle une trahison, il appelle à une indemnisation, qu’il juge insuffisante. « Entre comprendre et poser des actes concrets, il y a un monde. Ça fait 16 ans que j’attends cela. On a bafoué notre honneur. » Il déplore que l’Église cherche à présenter les victimes comme des chasseurs de primes.

La commission d’enquête parlementaire s’interroge sur l’influence potentielle de l’Église, tout comme Gabriel Fripiat. « On ne me fera jamais croire qu’il n’y a pas eu de malversations dans cette enquête. » Il dénonce également la longueur de l’enquête, 15 ans, en affirmant que « l’Église a ralenti, ralenti et ralenti les choses. »

Pierre Englebert, également victime, a lui aussi témoigné. Il a mis quatre ans pour que son dossier soit reconnu, et souligne la lenteur du processus : « j’ai fait une démarche auprès du Nonce apostolique en janvier, et à ce jour, je n’ai encore reçu aucune réponse. » Il aspire à voir une trace des abus dans le dossier du prêtre qui l’a agressé, évoquant un immobilisme et un sentiment de scepticisme quant à sa crédibilité.

Alain Cheval, une autre victime, s’interroge aussi sur la durée de l’enquête. « Il y a des victimes qui se sont suicidées tellement la procédure était longue. D’autres abandonnent faute de réponse. L’Église fait tout pour ralentir les choses. Ils ont une armée d’avocats que nous, nous ne pouvons pas nous payer. Mais il n’y a rien d’illégal à cela. »

La réaction d’Alain Cheval après la lecture du rapport de la commission est mitigée. « C’est une énorme déception, une de plus. Pour toutes les victimes et pour le droit. Même si, quelque part, l’Église est droite dans ses bottes et qu’il n’y a pas d’illégalité en soi. » Concernant l’ingérence, il dit : « Trouver une illégalité ou une ingérence, c’est mission impossible. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu, ça ne veut pas dire qu’il y en a eu. » Il dénonce des manquements dans le fonctionnement de la justice. À noter que certains documents saisis lors des perquisitions ont dû être restitués à l’Église : « il y a eu une erreur quelque part. C’est étrange de faire une erreur aussi flagrante à ce niveau-là. Qu’est-ce qu’il y avait là-dedans ? »

Alain Cheval souhaite une reconnaissance de la culpabilité de l’Église et une vraie indemnisation des victimes, estimant que la somme proposée est dérisoire : « ça paie quoi ? 50 ans de vie foutue ? J’attends une vraie indemnité qui correspond à ce qu’on a vécu. » Pour Pierre Englebert, ce rapport pourrait relancer le débat et inciter d’autres victimes d’abus sexuels à se manifester.