France

Le vrac en hausse : « Les clients ne veulent pas de promos »

Antoine achète désormais presque tout en vrac dans l’épicerie Day by Day située rue Saint-Hélier, à Rennes, pour des raisons de conscience écologique. Selon une étude du cabinet NielsenIQ, 26 % des ménages déclarent avoir acheté en vrac l’an dernier, soit un point de plus qu’en 2024.


D’un geste assuré, il plonge sa pelle dans le bac et en quelques secondes, il remplit son bocal en verre de bicarbonate de soude puis fait de même avec de la farine. Dans l’épicerie Day by Day, située rue Saint-Hélier au centre-ville de Rennes, Antoine est un client régulier. Il a revu ses habitudes de consommation avec sa femme il y a quelques années et achète désormais presque tout en vrac. Ce n’est pas tant pour le prix qu’il ne surveille pas vraiment, mais par souci écologique. « C’est tellement absurde les quantités d’emballages qu’il y a sur les produits », déclare le jeune homme.

Dans ce temple du vrac, où les distributeurs sont soigneusement alignés, de nombreux clients sont des habitués de longue date. D’autres, comme Gwenaëlle, sont plus novices et s’y mettent progressivement depuis un an. « J’ai commencé avec les olives et le riz et j’étends petit à petit à d’autres produits, explique-t-elle. Comme je suis seule, cela me permet de choisir la quantité dont j’ai besoin. »

### « Le vrac n’est plus un marché de niche »

Apparue dans les années 1980 dans les magasins bio, la vente en vrac a connu un fort essor au cours des années 2010 avec une multiplication des enseignes. Plus sensibles à la réduction des déchets et au gaspillage alimentaire, les consommateurs ont alors voulu changer leur manière d’acheter et de mieux consommer. La crise du Covid a cependant brutalement stoppé la croissance du marché du vrac, avant que l’inflation ne vienne le fragiliser davantage, tout comme pour les produits bio.

Après plusieurs années de recul, le vrac, mis à l’honneur en mars avec le Mois du vrac et du réemploi, semble faire un retour progressif dans les habitudes des Français. Selon une étude du cabinet NielsenIQ réalisée pour le Réseau vrac et réemploi, 26 % des ménages déclarent avoir acheté en vrac l’an dernier, soit une augmentation d’un point par rapport à 2024. « Le contexte n’a vraiment pas aidé la filière mais cette fois, on sent que cette croissance est partie pour durer, estime Célia Rennesson, directrice générale du réseau. Le vrac n’est plus un marché de niche, il est désormais rentré dans les habitudes. »

### La difficile comparaison des prix

Cependant, de nombreux consommateurs restent à convaincre, et plusieurs freins doivent encore être levés. Le prix demeure la principale barrière à l’adoption du vrac, 32 % des Français estimant que les prix au kilo sont plus élevés, selon l’étude de NielsenIQ. « Cela montre que le marché est mature car les clients veulent des prix attractifs et des promotions comme dans n’importe quel rayon », souligne Célia Rennesson. Mais le vrac est-il vraiment plus cher ? Pas toujours. Dans une grande surface située au nord de Rennes, le kilo de riz rond blanc ou de lentilles corail bio est ainsi vendu environ 2 euros moins cher en vrac que pour le même produit préemballé.

Dans un magasin bio du centre-ville de Rennes, il est impossible de faire cette comparaison, car « les produits vendus en vrac ne sont pas les mêmes que ceux sous emballage », prévient un vendeur. Comparer les prix chez Day by Day et ceux de la grande distribution est également difficile. « Sur certains produits, je suis très bien positionné et sur d’autres moins, admet Coralie, la gérante. Mais il faut aussi comparer ce qui est comparable, car mes produits sont très souvent de meilleure qualité, même si je propose également des produits conventionnels et pas uniquement bio. »

### Les magasins devront augmenter leur surface de vente

Au-delà de l’argument prix, Coralie souligne que, dans sa boutique, « les clients maîtrisent leur consommation en n’achetant que la quantité souhaitée », ce qui réduit le gaspillage et donc les coûts. Le second frein à l’achat de vrac est la diversité de l’offre, 27 % des consommateurs n’ayant pas trouvé en magasin tous les produits nécessaires. Avec un millier de références dans seulement 60 m², Coralie a du mal à avoir une offre plus abondante. Entre les grands classiques comme les pâtes, les fruits secs, le café ou les pistaches pour l’apéritif, elle propose aussi une large gamme de cafés, de céréales, de bonbons, de produits d’hygiène et d’entretien ou du papier toilette à l’unité.

Dans les grandes surfaces, l’offre peut cependant laisser à désirer dans certains magasins. Mais cela devrait bientôt changer. Un décret paru fin 2025 impose désormais aux magasins de plus de 400 m² de consacrer au moins 20 % de leur surface à la vente de produits sans emballage primaire, vrac compris, d’ici 2030. Cette obligation devrait inciter les acteurs à innover. Dans trois magasins des enseignes Intermarché, E.Leclerc et Monoprix, dans le Jura, la Manche et à Paris, un test a d’ailleurs démarré cet été avec une machine proposant la vente en vrac de produits crémeux ou visqueux comme de la mayonnaise, du fromage à tartiner, de la compote, de l’huile ou du miel dans des contenants en verre consignés.

### Des innovations pour une offre plus élargie

La start-up Juwin s’apprête également à tester dans un magasin du Nord sa solution de distribution de produits d’épicerie dans des contenants réemployables, avec une technologie permettant aux clients d’acheter la quantité souhaitée tout en connaissant directement le prix. « Tout cela va dans le bon sens pour rendre le vrac à la fois plus pratique pour l’acheteur avec une offre élargie et plus sécurisée pour le vendeur », indique Célia Rennesson.

Pour ceux qui souhaitent se lancer dans le vrac, il est recommandé de ne pas se mettre de pression. « C’est comme un régime, si on le fait de manière extrême, c’est le meilleur moyen d’arrêter, conseille la spécialiste du vrac. Il faut donc commencer par aller voir en rayon, tester quelques produits. Une fois intégrée, cela devient une habitude et cela reste ancré. » Un peu comme le slogan qui dit que « l’essayer, c’est l’adopter. »