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Prix du pétrole : Donald Trump manipule-t-il la Bourse ?

Lundi, le président américain Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social avoir trouvé un terrain de négociation avec l’Iran, où un changement de régime serait en cours, mais une version démentie quelques heures après a déjà fait réagir les marchés. Le volume échangé sur le marché pétrolier a été supérieur à la normale, avec au moins 6 millions de barils de Brent et de West Texas Intermediate échangés pendant deux minutes, alors que la moyenne pour la même plage horaire lors des cinq séances précédentes était d’environ 700.000 barils.


Dès qu’il utilise son téléphone, il fait trembler les marchés. Donald Trump l’a bien compris et semble adapter ses communications publiques aux fluctuations financières. Alors que les prix du pétrole sont en hausse depuis qu’il a commencé une guerre contre l’Iran, le président américain cherche régulièrement à apaiser la situation.

Lundi, il a revendiqué sur son réseau Truth Social avoir trouvé un terrain de négociation avec l’Iran, où un changement de régime serait en cours. Cette version a été démentie quelques heures plus tard, mais les marchés avaient déjà réagi. Des milliers de contrats, un volume supérieur à la normale, ont été échangés pendant deux minutes sur le marché pétrolier, un quart d’heure avant cette annonce surprise.

Des soupçons d’enrichissements

Cela alimente les soupçons de délit d’initié qui pèsent sur le locataire de la Maison-Blanche depuis son arrivée au pouvoir. Le délit d’initié concerne une personne qui profite d’informations confidentielles pour s’enrichir sur les marchés. Véronique Riches-Flores, économiste indépendante, souligne que le délit d’initié « peut aller très loin, on peut se faire beaucoup d’argent ». Il suffit d’acheter et de vendre au bon moment.

C’est ce que rapportent le Financial Times et Bloomberg. « Au moins 6 millions de barils de Brent et de West Texas Intermediate » ont été échangés pendant deux minutes, alors que la moyenne pour la même période lors des cinq séances précédentes était d’environ 700 000 barils. Quinze minutes plus tard, en réponse à l’annonce de Donald Trump, le prix du baril chutait de plus de 14 %. Christophe Bourdajaud, spécialiste des marchés financiers, évoque des « mouvements d’une rare violence » sur son blog Isobourse.

CNN a également indiqué mardi matin qu’un utilisateur anonyme de la plateforme de prédiction Polymarket a réalisé un million de dollars de gains depuis 2024 en pariant avec succès sur les opérations militaires américaines ou israéliennes contre l’Iran, quelques minutes avant qu’elles ne se produisent.

A-t-il bénéficié d’une « fuite » au sein même de l’administration Trump, et est-il lié au président d’une manière ou d’une autre ? Mike Levin, député démocrate ayant découvert son profil, a rappelé que le fils du président américain siégeait au conseil consultatif de Polymarket et qu’il avait investi plusieurs dizaines de millions d’euros dans la plateforme.

Des soupçons similaires avaient émergé lors de la période agressive des droits de douane. En avril dernier, Donald Trump avait suspendu de manière inattendue les droits de douane qu’il avait décidé d’imposer, ce qui avait fait monter les marchés financiers. Juste avant, il avait écrit : « C’EST LE MOMENT D’ACHETER ». Ses adversaires politiques l’avaient alors accusé de délit d’initié.

Des manœuvres difficiles à prouver

Affirmer une volonté d’enrichissement personnel ou pour ses proches reste compliqué. Alexandre Baradez, analyste des marchés financiers à IG France, soutient : « On ne peut que le supposer, pas l’affirmer ». Aux États-Unis, une longue tradition de délit d’initié existe dans les arcanes du pouvoir, en particulier au Congrès. Alexandre Baradez précise que « beaucoup en sortent plus riches qu’en arrivant, et pas grâce à leur salaire, parce qu’ils se positionnent sur les marchés tout en connaissant les dossiers stratégiques avant le grand public. »

Cependant, le délit « est très difficile à prouver », ajoute Véronique Riches-Flores. « Il faut trouver la source du mouvement sur les marchés, prouver que tel mouvement de vente est une anomalie et chercher l’origine de cette anomalie qui peut être facilement dissimulée. » Mais avant cela, il faudrait une volonté politique et juridique, à commencer par une plainte.

Donald Trump a également d’autres intérêts que financiers à faire baisser la pression sur le prix du pétrole, touchant à son propre avenir politique. Les élections de mi-mandat approchent en novembre, une échéance cruciale pour la suite de son mandat.

Lundi, le porte-parole Kush Desai a assuré que « la Maison Blanche ne tolère pas qu’un membre de l’administration puisse tirer profit illégalement d’informations privilégiées » et a ajouté que « toute allégation selon laquelle des responsables se livreraient à de telles activités sans preuve est sans fondement et relève d’un journalisme irresponsable ».

Des marchés dépendants des États-Unis

Les marchés réagissent ainsi aux moindres mouvements de Donald Trump sur la scène internationale, malgré son tempérament imprévisible. Véronique Riches-Flores résume que « les États-Unis sont toujours les maîtres du monde et des marchés financiers, et les marchés sont particulièrement sensibles à tout ce que les Américains mettent en place. »

Donald Trump est conscient de cela et a appris à « manipuler la communication pour influencer les marchés », comme le souligne Alexandre Baradez. Il « ne fait rien au hasard » à ce sujet. Toutefois, les marchés commencent également à comprendre et à cerner le personnage. Ils ont intégré qu’une folie de Donald Trump est souvent suivie d’un message apaisant et que ses pronostics peuvent parfois être trop optimistes. Après la chute de lundi, les prix du pétrole ont recommencé à augmenter mardi, en l’absence d’avancées concrètes sur les négociations avec le régime des Mollahs.