France

Comment réduire la contamination au cadmium dans nos assiettes ?

Le cadmium est reconnu comme cancérogène, mutagène et toxique, pouvant provoquer des atteintes rénales ou osseuses, ainsi que divers cancers. L’Anses a recommandé en 2019 d’abaisser les flux de cadmium dans les parcelles agricoles à deux grammes par hectare et par an, alors que le seuil appliqué en France est toujours de 90 milligrammes par kilo.

Le cadmium est un métal lourd, semblable au mercure ou au plomb. Cette substance est reconnue comme cancérogène, mutagène et toxique, capable de causer des dommages rénaux ou osseux, des troubles neurodéveloppementaux, ainsi que des cancers du pancréas, de l’intestin et de la vessie. En somme, le cadmium représente un véritable poison. C’est un polluant aussi discret qu’invisible, difficile à éviter tant il est présent dans notre vie quotidienne.

On le retrouve dans les sols, l’air, l’eau et les aliments que nous consommons. Bien que le cadmium soit naturellement présent dans notre environnement, sa concentration est accentuée par les activités humaines, notamment l’agriculture et l’industrie. Depuis plusieurs années, des scientifiques et des professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme sur ses dangers. En France, la contamination est massive : 47 % des adultes et près d’un enfant sur cinq dépassent le seuil critique de concentration. Ce chiffre est trois à quatre fois plus élevé qu’auprès de nos voisins européens.

L’alimentation comme source principale d’exposition

C’est une « bombe sanitaire » difficile à cerner. « Si les niveaux d’exposition actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population, donc il y a urgence à agir », avertit Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Dans une étude précédente, l’Anses avait déjà souligné que l’alimentation était de loin la principale source d’exposition au cadmium, bien que les fumeurs soient également exposés via l’inhalation de la fumée du tabac.

L'Anses recommande notamment de manger plus de légumineuses à la place du riz ou des pâtes car elles sont « beaucoup moins polluées au cadmium que les céréales. »
L’Anses recommande notamment de manger plus de légumineuses à la place du riz ou des pâtes car elles sont « beaucoup moins polluées au cadmium que les céréales. » - SEAN GALLUP / Getty Images via AFP

Des traces de ce polluant sont détectées dans les céréales de petit-déjeuner, le pain, les viennoiseries, les biscuits sucrés et salés, le riz, les pâtes, les pommes de terre ainsi que d’autres légumes et même dans le chocolat. En résumé, presque toute notre alimentation est concernée, à l’exception près. Cette situation est due à la présence massive de cadmium dans les sols agricoles, causée par l’utilisation de matières fertilisantes, telles que des engrais minéraux phosphatés ou des effluents d’élevage.

L’agriculture dépendante aux engrais phosphatés

Dans une nouvelle étude publiée ce mercredi, l’Anses se concentre sur les causes du problème, cherchant des solutions pour réduire la contamination des sols et, par conséquent, des ingrédients dans nos assiettes. Cela inclut « l’application dès que possible des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes, » avertit l’Anses. Dans ses recommandations de 2019, l’agence recommandait déjà de réduire les flux de cadmium dans les parcelles agricoles à deux grammes par hectare et par an, ce qui correspond à 20 milligrammes par kilo.

Cependant, sept ans plus tard, le seuil appliqué en France reste à 90 milligrammes par kilo et à 60 milligrammes pour la norme européenne. Cela montre la dépendance de notre agriculture aux engrais minéraux phosphatés, principalement importés du Maroc. « Cela concerne aussi l’agriculture biologique, qui est autorisée à en utiliser, » souligne Géraldine Carne. Parmi les alternatives, l’agence sanitaire suggère aux agriculteurs « de recourir à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou à des produits dérivés contenant moins de cadmium. » Ils peuvent également utiliser « des techniques de décadmiation lorsque cela n’est pas possible. »

Appelant à « une évolution des pratiques agricoles », l’Anses recommande également une révision de l’étiquetage des engrais, plaidant pour qu’une mention soit ajoutée sur leur teneur en cadmium. Ce sont là « les actions collectives » à entreprendre par les acteurs du monde agricole pour dépolluer leurs sols fortement contaminés.

Des légumineuses à la place des pâtes

Néanmoins, le consommateur a aussi un rôle à jouer pour diminuer son exposition à ce poison. Comment faire ? En réduisant, par exemple, sa consommation de biscuits, qu’ils soient salés ou sucrés, « qui sont parmi les produits les plus contaminés et qui présentent un intérêt nutritionnel faible, » précise Matthieu Schuler, directeur général délégué du pôle sciences pour l’expertise de l’Anses. Pour remplacer les pâtes et le riz, il est également conseillé d’introduire davantage de légumineuses dans ses repas, car elles sont « beaucoup moins polluées que les céréales, » ajoute-t-il.

Enfin, si vous ne pouvez résister à un carré de chocolat ou à un plateau de fruits de mer, qui contiennent également des taux élevés de cadmium, ne paniquez pas : vous ne consommez pas de grandes quantités chaque jour. Pour les fumeurs, la situation est différente, car ils s’exposent déjà à un empoisonnement. La seule solution reste d’arrêter, ou du moins de réduire leur consommation.