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Accord commercial UE – Australie : quel impact économique à craindre ?

L’accord commercial signé entre l’Union européenne et l’Australie ce mardi 24 mars à Canberra prévoit la suppression des droits de douane australiens pour la quasi-totalité des biens européens, ce qui devrait entraîner une économie annuelle d’un milliard d’euros en taxes douanières pour les entreprises de l’UE. Les exportations de bœuf australien vers l’Europe seront multipliées par plus de dix au cours de la prochaine décennie, avec un quota fixé à 30.600 tonnes, dont seuls un tiers seront appliqués pendant les cinq premières années.

Le Premier ministre australien, Anthony Albanese et la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen © Commission européenne

Après le bœuf argentin, le bœuf australien va également se retrouver plus facilement dans les assiettes des Européens à l’avenir. La viande bovine fait partie de l’accord commercial signé par l’Union européenne et l’Australie ce mardi 24 mars, à Canberra, capitale du pays.

Bien que le bœuf australien risque de faire l’objet de controverses, ce nouveau traité de libre-échange est en réalité beaucoup plus large et a pour but de dynamiser les échanges commerciaux entre les deux partenaires.

Effectivement, les droits de douane en Australie seront supprimés pour presque tous les biens européens, engendrant une économie annuelle d’un milliard d’euros en taxes douanières pour les entreprises de l’UE.

La Commission européenne prévoit une augmentation de plus de 30 % des exportations européennes au cours des dix prochaines années, bénéficiant particulièrement aux produits laitiers, aux véhicules motorisés et aux produits chimiques. Les investissements européens en Australie pourraient également croître de 87 %. De plus, l’Union européenne va renforcer son accès aux matières premières critiques présentes dans le sol australien, comme le lithium, l’aluminium et le manganèse.

Selon l’économiste Gonzague Vannoorenberghe, cet accord est « ambitieux ». C’est un ‘accord profond’ qui va bien au-delà des accords traditionnels d’il y a 20 ans, car il aborde de nombreux autres aspects en plus des tarifs douaniers. Toutefois, son impact macroéconomique reste faible. Comparé aux exportations de l’Union européenne vers les États-Unis ou la Chine, on est à des niveaux très bas. »

La signature de l’accord commercial entre l’UE et l’Australie par la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen et le Premier ministre Anthony Albanese. © Commission européenne

Les échanges entre l’UE et l’Australie

L’Union européenne et l’Australie se présentent comme des partenaires et des alliés historiques. Face à un monde de plus en plus instable, ils ont décidé de renforcer leur coopération.

Ce jeudi à Canberra, ils ont conclu un partenariat concernant la sécurité et la défense, avec un accent sur la coopération en matière de sécurité maritime, de cybersécurité et d’ingérence étrangère.

Avec leur nouvel accord commercial, ils visent également à développer des relations commerciales qui étaient jusqu’ici modestes. L’Australie n’occupe que la 20e position en tant que partenaire commercial de l’UE. Il y a deux ans, leurs échanges de biens et de services ne s’élevaient qu’à 90 milliards d’euros.

« Les exportations vers l’Australie représentent environ 1,5 % des exportations totales de l’Union européenne. C’est vraiment très faible, tandis que 20 % de nos exportations se dirigent vers les États-Unis« , confirme un professeur de l’UCLouvain. En 2024, les exportations européennes de biens et de services vers les États-Unis ont dépassé les 866 milliards d’euros.

L’Australie est comparable aux pays d’Amérique latine du Mercosur. « Nous exportons environ 2 % de nos exportations totales vers le Mercosur, 1,5 % vers l’Australie. Du point de vue des retombées économiques, cela reste faible. Certains secteurs pourraient en bénéficier, mais ce n’est pas énorme. C’est vraiment d’un point de vue stratégique et géopolitique que cet accord a son importance« , explique-t-il.

Les gagnants de l’accord UE-Australie

Un autre facteur évoqué par Gonzague Vannoorenberghe pour justifier l’impact limité de l’accord est le niveau des tarifs déjà très bas pour les entreprises européennes exportant vers l’Australie. « Nous parlons de tarifs moyens d’environ 2 à 3 %. Cela signifie que le bénéfice pour l’Europe ne provient pas nécessairement de la réduction des tarifs, mais plutôt d’autres aspects comme la diminution des coûts administratifs pour exporter, la clarté des normes et des standards ou encore l’égalité d’accès aux marchés publics. »

Il cite en exemple l’exportation d’un modèle de voiture européen vers l’Australie. « Jusqu’à présent, lorsque vous réalisiez des tests en Europe pour vérifier le respect de certaines normes, ils devaient être réalisés à nouveau en Australie. Avec cet accord, les tests effectués en Europe seront reconnus en Australie, permettant ainsi d’économiser sur les procédures et tests administratifs. C’est sur ce type de règles que l’on pourra vraiment faire la différence.« 

Grâce à la simplification ou à la suppression de certaines procédures administratives, certaines industries européennes devraient se démarquer.

« Actuellement, les exportations européennes vers l’Australie proviennent principalement des secteurs pharmaceutiques, chimiques, automobiles, aériens et des machines, énumère le professeur d’économie. Généralement, ce sont ces secteurs qui en tirent le plus profit des accords commerciaux… Bien que, je le rappelle, les montants exportés d’Europe vers l’Australie restent plutôt faibles. »

Un autre avantage pour l’UE pourrait être lié aux ressources minérales présentes en Australie. « Ce que les Européens importent principalement, ce sont des matières premières. Nous avons des importations importantes de charbon, de cuivre, de nickel et d’autres produits minéraux. Cet accord pourrait faciliter et sécuriser les approvisionnements à long terme. Mais là encore, je ne pense pas que l’impact sera gigantesque. »

Une mine d’or et de cuivre à Orange, en Australie. © Jacky GHOSSEIN – BELGA

Le bœuf qui fâche

La suppression des droits de douane pourrait favoriser l’exportation de certains produits agricoles européens. La Commission évoque les fromages, les préparations à base de viande, le vin et le vin mousseux, certains fruits et légumes, ainsi que les préparations, chocolats et confiseries.

Cependant, l’accord commercial avec l’Australie, comme l’avait fait auparavant celui avec les pays du Mercosur, pourrait de nouveau provoquer des tensions dans les campagnes européennes. Les exportations de bœuf australien seront multipliées par plus de dix au cours de la prochaine décennie. Cependant, un quota limite de 30 600 tonnes a été fixé, avec une partie exemptée de droits de douane et une autre bénéficiant d’un droit de douane réduit à 7,5 %. Ce quota ne sera applicable qu’à un tiers pendant les cinq premières années, avant d’être pleinement mis en œuvre.

Troupeau de bœufs Black Angus au sud-ouest de Melbourne, en Australie. © Paul CROCK – AFP

Serait-ce suffisant pour éviter une nouvelle colère agricole ? « C’est une solution très similaire à celle mise en place avec le Mercosur, c’est-à-dire une libéralisation des importations de viande bovine, mais avec une limite, observe Gonzague Vannoorenberghe. Le quota avec le Mercosur était d’environ 100 000 tonnes. Ici, avec l’Australie, il est de 30 600 tonnes. C’est beaucoup moins. Cela me semble raisonnable. En effet, lorsque l’on considère la quantité de bœufs vendus chaque année dans l’Union européenne, cela reste des montants assez limités. »

Des quotas ont également été fixés pour d’autres produits sensibles comme la viande ovine, le riz, le sucre et certains produits laitiers. Tous ces produits seront protégés par un système d’alerte, permettant à l’Union européenne de prendre des mesures temporaires si les importations australiennes perturbaient soudainement le marché européen.

L’Europe cherche des partenaires

Avec la signature de l’accord commercial avec l’Australie, l’Union européenne poursuit sa stratégie de diversification de ses partenariats. Ce mouvement n’est pas nouveau, car l’UE a longtemps signé des accords de libre-échange. Toutefois, elle a accéléré ce processus ces derniers mois avec l’accord du Mercosur et la conclusion d’accords avec Singapour, l’Inde et maintenant l’Australie.

« L’Europe cherche à conclure ce type d’accord plus rapidement pour des raisons géopolitiques, face aux menaces américaine et chinoise« , analyse un professeur d’économie de l’UCLouvain, qui appuie cette stratégie. Pour la compétitivité de l’Europe, ces accords peuvent s’avérer positifs. C’est un des piliers de la politique économique que l’Europe doit poursuivre. »

Les dirigeants de l’UE, Ursula von der Leyen et Antonio Costa entourant le Premier ministre indien Narendra Modi, à New Delhi, le 27 janvier 2026. © Sajjad HUSSAIN – AFP

Bien que l’on puisse observer un aspect « schizophrénique » de la politique économique actuelle de l’Europe qui oscille entre ouverture et protection, « D’un côté, elle essaie de se protéger, en favorisant les entreprises européennes dans les marchés publics, tout en adoptant une politique industrielle plus forte, comme le font les États-Unis et la Chine. De l’autre côté, il y a une diversification de partenariats commerciaux avec des puissances de taille moyenne partageant nos valeurs. La combinaison des deux n’est pas impossible. Il est possible d’être plus assertif vis-à-vis de certains partenaires tout en restant constructif avec d’autres. »

Reste un dernier paradoxe : la politique commerciale européenne est-elle compatible avec ses objectifs climatiques ? Étant donné que l’Australie est à l’opposée géographique de l’Europe, une augmentation du commerce risque de faire grimper les émissions dues aux transports.

« Ce n’est pas nécessairement très positif, reconnaît Gonzague Vannoorenberghe. Parfois, le processus de production peut être moins polluant ailleurs. Si nous voulons avoir des fruits d’été en hiver ici, il vaut mieux les produire en Australie et les importer plutôt que de les cultiver dans des serres en Europe qui consomment beaucoup d’électricité. La question est de savoir si nous voulons réellement ces fruits d’été en hiver.« 

Les consommateurs européens auront une part de la réponse, mais la décision politique appartient aux dirigeants européens. Avant d’entrer en vigueur, l’accord commercial avec l’Australie devra être approuvé par les États-membres de l’UE et le Parlement européen.