Belgique

Hausse des prix de l’énergie : les experts recommandent au Parlement

La production de GNL (gaz naturel liquéfié) du Qatar est actuellement à l’arrêt alors qu’en temps normal, 80% de cette production est destinée à l’Asie. « On a calculé l’impact de ces hausses de prix sur un ménage belge. Il est de quelques dizaines d’euros (par mois, ndlr) pour le gaz, un peu moins pour l’électricité », explique Laurent Jacquet.

Pas d’inquiétudes à ce stade pour l’approvisionnement

Au sein de la CREG, la Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz, l’évolution des prix est surveillée de près. « On voit le prix du gaz qui augmente en Europe, tiré vers le haut par le prix asiatique« , explique Laurent Jacquet, responsable au sein de la CREG. La production de GNL (gaz naturel liquéfié) du Qatar est actuellement arrêtée, alors qu’habituellement, 80 % de cette production est destinée à l’Asie. En raison de l’absence d’approvisionnement en provenance du Qatar, les pays asiatiques recherchent d’autres sources, ce qui entraîne une hausse des prix. « On constate que le prix européen est aspiré par le prix asiatique, bien qu’il n’y ait pas de problème d’approvisionnement en Europe« , résume Laurent Jacquet.

Bien sûr, personne ne peut prédire l’évolution de la guerre au Moyen-Orient, sa durée, ou si l’approvisionnement de l’Europe en gaz pourrait un jour être menacé. « Le marché, si l’on observe les prix actuels, n’anticipe pas un problème majeur d’approvisionnement dans les mois à venir« , indique Laurent Jacquet. Il faudra cependant reconstituer les stocks avant l’hiver prochain, mais avec l’arrivée des jours plus chauds, la consommation de gaz devrait diminuer en Europe.

Des prix tirés vers le haut, mais pas autant qu’après le début de la guerre en Ukraine

Les prix de l’électricité et du gaz sont actuellement plus élevés qu’avant le début du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. « Nous avons évalué l’impact de ces hausses sur un ménage belge. Cela se traduit par quelques dizaines d’euros supplémentaires (par mois, ndlr) pour le gaz, et un peu moins pour l’électricité », indique Laurent Jacquet. « Pas trop d’inquiétudes« , déclare-t-il pour la CREG à ce stade. « Mais il faudra observer la durée et l’ampleur de ce conflit pour connaître son impact sur les prix« , prévient Laurent Jacquet.

Le niveau actuel des prix du gaz et de l’électricité est en revanche bien en deçà de ce que l’on avait constaté en 2022-2023 après le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine. « Les prix de marché actuellement autour de 60 euros le mégawattheure pour le gaz étaient déjà observés en 2024, voire en 2025« , explique Laurent Jacquet. « Cela n’a rien à voir avec la guerre en Ukraine de 2022, où les prix avaient atteint 300 euros le mégawattheure, voire plus« , poursuit-il. Concernant l’électricité, il précise : « Nous sommes actuellement à environ 100 euros, alors qu’à l’époque, nous étions à 600 euros« , souligne Laurent Jacquet.

Dans ce contexte, la CREG recommande aux ménages de réduire leur consommation autant que possible. Il n’est pas urgent de changer de contrat de fourniture ; il vaut mieux analyser sa situation en profondeur. En théorie, un contrat fixe est souvent plus coûteux, car le fournisseur se prémunit contre les augmentations de prix du marché. Cependant, « si nous bloquons les prix de marché actuels pendant un an, nous constatons que le contrat à prix fixe est souvent plus avantageux pour l’électricité et le gaz« , explique Laurent Jacquet, sur la base des analyses de la CREG. « Cela implique une hypothèse selon laquelle ces prix resteraient stables pendant un an« , ajoute-t-il.

Pour Testachats, le gouvernement doit prévoir des mesures au cas où

Pour Testachats, l’organisme de défense des consommateurs, « il est crucial d’éviter de se retrouver dans une situation similaire à celle de 2022, où des mesures ont dû être prises dans l’urgence pour protéger les ménages« , souligne Julie Frère, la porte-parole. Selon elle, le gouvernement doit donc « anticiper » et disposer « d’un plan d’action prêt à être activé si nécessaire ». Actuellement, les niveaux de prix du gaz et de l’électricité ne sont pas encore ceux atteints en 2022-2023.

Quelles mesures Testachats préconise-t-il ? « Il est nécessaire d’avoir des mesures ciblées pour protéger les ménages les plus vulnérables. L’extension du tarif social a bien fonctionné lors de la précédente crise énergétique. On a également constaté que les chèques chauffage pour les bénéficiaires du tarif social ont bien fonctionné. Le mécanisme de cliquet inversé sur les carburants est une autre mesure que nous soutenons, tout comme l’idée d’un plafond sur le prix du gaz« , explique Julie Frère. Du côté du gouvernement fédéral, les différents partis ont proposé des pistes, mais aucun consensus n’a encore été trouvé. Ce mardi matin, lors d’une autre commission parlementaire, celle de l’Intérieur, le Premier ministre ne s’est pas montré particulièrement enthousiaste à l’idée de prendre des mesures.

Prendre le temps de réfléchir ?

Pour la FEBEG, la Fédération belge des Entreprises Électriques et Gazières, « on a le temps de réfléchir« , estime Marc Van den Bosch, le responsable de la FEBEG. Il souligne que la situation actuelle est bien différente de celle connue au début du conflit en Ukraine. Avec l’arrivée de l’été, la consommation va également diminuer. « Cela signifie que nous avons du temps pour suivre l’évolution de la situation et pour prendre les mesures nécessaires« , précise Marc Van den Bosch, en insistant sur la nécessité de coordonner ces mesures entre le niveau fédéral et les entités fédérées.

Concernant les mesures à mettre en place, en réponse aux considérations sur les surprofits dans les secteurs gaz et électricité, « les surprofits ne sont certainement pas là« , rétorque Marc Van den Bosch. « Au cours de la crise énergétique, nous avons vu à certaines périodes des fournisseurs vendre à des marges négatives, où les prix sur le marché de gros étaient plus élevés que les prix de détail« , ajoute le responsable de la FEBEG.

Pour ce qui est d’autres mesures, comme celles modifiant l’accès au tarif social, « c’est au gouvernement de décider« , précise Marc Van den Bosch.

Le secteur pétrolier s’oppose au prix maximum autorisé

Deux fédérations ont exprimé aux députés les préoccupations du secteur pétrolier. D’une part, Energia, qui représente principalement les grands acteurs de ce secteur en Belgique, disposant de capacités de raffinage. D’autre part, la Brafco, la Fédération des négociants en combustibles et carburants, qui regroupe des grandes entreprises ainsi que des structures plus petites.

Les deux fédérations ont souligné les limites du système de fixation des prix des carburants en Belgique.

Pour rappel, plusieurs produits, y compris l’essence, le diesel et le mazout de chauffage, sont soumis à un prix maximum autorisé, calculé par le SPF Économie. Ce prix maximum est déterminé par l’évolution des prix des produits pétroliers sur une période donnée. Des seuils doivent être franchis pour déclencher un ajustement du prix, à la hausse ou à la baisse. De plus, pour certains produits, il existe un facteur de correction, le « facteur K », qui, à l’issue d’un calcul complexe, lisse le prix des carburants. Un système que les acteurs du secteur pétrolier trouvent intenable lorsque les prix des produits pétroliers sur les marchés de gros n’arrêtent pas d’augmenter. « Les prix calculés, les prix maximums, ne reflètent pas la réalité. Ils sont nettement inférieurs aux prix réels, ce qui contraint nos membres à acheter leurs produits à un prix supérieur au prix de vente maximum auquel ils sont tenus de se conformer« , déclare Johan Mattart, directeur général de la Brafco. « La marge de distribution est en train de fondre à cause du facteur K« , a-t-il ajouté devant les députés.

La Fédération Energia partage cet avis et demande l’annulation du « facteur K », tout en plaidant pour des prix conformes à ceux du marché.

Quant à la Brafco, elle s’attaque au prix maximum autorisé. « Nous souhaitons que le SPF Économie continue de calculer les prix, mais que ceux-ci ne soient plus obligatoires« , affirme Johan Mattart. Le SPF Économie établirait un prix indicatif et non plus un prix maximum. Concrètement, cela signifierait qu’un revendeur ou un pompiste ayant acheté des carburants à un prix supérieur à celui suggéré par le SPF Économie aurait la liberté de fixer le prix qu’il veut. « Ainsi, il ne serait plus obligé de vendre à perte« , résume Johan Mattart. Si un tel système était en vigueur aujourd’hui en Belgique, les prix à la pompe seraient similaires à ceux observés aux Pays-Bas ou en Allemagne, par exemple.