Augmentation des prix de l’énergie : quel impact sur votre portefeuille ?
La hausse des prix des pétroliers est la première conséquence visible de la guerre au Moyen-Orient. Selon Vincent Gaillard, « il est impossible de pouvoir absorber une telle somme » en raison d’une hausse d’à peu près 30% du prix du carburant, soit environ 6500 euros de surcoût par rapport au 1er janvier.
La hausse des prix du pétrole est une des premières conséquences notables du conflit au Moyen-Orient.
Depuis le commencement des attaques des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, ainsi que des représailles iraniennes ciblant plusieurs installations dans le Golfe, le prix du pétrole brut a connu une forte augmentation. Toutefois, ce 23 mars, des déclarations de Donald Trump ont légèrement fait baisser le prix du baril.
**Les transporteurs impactés**
Avec une flambée des prix des carburants, les automobilistes ont été parmi les premiers affectés.
Les professionnels du secteur, tels que les transporteurs routiers, se retrouvent dans la même situation. « L’impact est très fort. Si on compare nos prix avec ceux du 1er janvier, le coût du carburant a augmenté d’environ 30%, ce qui représente un surcoût d’environ 6500 euros par rapport au 1er janvier. Il est impossible d’absorber une telle somme », déclarait Vincent Gaillard, directeur de la société Sud Fresh, interviewé par la RTBF. Pour ce transporteur, ce montant correspond à une augmentation quotidienne.
Pour Sud Fresh et de nombreux autres transporteurs, il est nécessaire de répercuter ces surcoûts sur leurs clients. Lorsque les transporteurs négocient un contrat de livraison, la plupart incluent une « clause carburant ». « Chaque semaine, nous ajustons nos prix de vente en fonction de l’évolution des prix du carburant. Dès qu’ils augmentent d’un certain pourcentage, nous adapttons nos prix de vente. C’est le seul moyen de maintenir une certaine rentabilité », ajoutait Vincent Gaillard.
**Répercussion sur les prix des produits ?**
Pour le moment, cette augmentation des coûts de transport n’a pas encore eu d’impact significatif sur les prix à la consommation. « Il n’y a pas d’augmentation des prix dans les supermarchés. Si le conflit perdure, certaines hausses pourraient survenir, dues à la hausse des coûts de transport, des matières premières et de l’énergie », précisait Lora Nivesse, porte-parole de Comeos, la Fédération du secteur de la distribution.
Cependant, dans l’industrie agroalimentaire, les transporteurs et les magasins commencent à ressentir la pression des prix pétroliers. « Nous avons d’ores et déjà des augmentations sur nos frais de transport », déclarait Arthus de Bousies, PDG de Bionat, un fabricant de moutarde et de condiments. En revanche, il lui est actuellement impossible de répercuter ces surcoûts sur les produits vendus aux distributeurs. « Nos contrats sont à long terme avec la plupart de nos clients. Donc, nous ne pouvons pas augmenter nos prix avant trois mois », ajoutait-il.
La dynamique entre producteurs et distributeurs est inégale. « Pour les produits ultra-frais comme les fruits et légumes, la question de l’offre et de la demande évolue de semaine en semaine, et parfois même de jour en jour », expliquait Pierre-Alexandre Billiet, expert du secteur de la distribution chez Gondola. « Pour les produits légèrement transformés, il y a des contrats trimestriels, tandis que les gros contrats sont annuels », ajoutait-il.
Le timing avec lequel le secteur de la distribution ajustera ses prix en raison de la hausse des coûts énergétiques dépendra des accords entre fournisseurs et de la disponibilité des produits. On estime que les stocks alimentaires se renouvellent environ toutes les quatre semaines. « Après ce délai, l’intégralité du magasin se retrouve avec de nouveaux produits, produits à des coûts énergétiques plus élevés. Selon les contrats, cette hausse des coûts de l’énergie pourra être totalement ou partiellement répercutée sur les clients », détaillait Pierre-Alexandre Billiet.
Celui-ci soulignait également que les entreprises avaient appris des effets de la crise énergétique de 2022-2023 due à la guerre en Ukraine et intègrent désormais dans leurs contrats des clauses leur permettant d’adapter plus rapidement leurs prix en fonction de l’évolution des coûts.
Les marges des distributeurs et d’une grande partie des fournisseurs sont déjà faibles. « L’agro-alimentaire belge affiche une marge de 2,7%, le taux le plus bas depuis 15 ans », précisait-il. Cela empêche de nombreux acteurs de la chaîne d’absorber les hausses de coûts de l’énergie. « Ces entreprises doivent réagir. En agissant rapidement, il y a un risque d’inflation qui, d’abord imperceptible, commencera à se faire sentir dans les semaines à venir », notait Pierre-Alexandre Billiet.
**Les prix de toute une série de produits devraient être, à terme, touchés**
Il est difficile de prévoir quand cessera la guerre au Moyen-Orient et comment la situation évoluera. Toutefois, pour certains observateurs, même en cas d’arrêt des hostilités, les prix des carburants ne redescendront pas nécessairement rapidement. « Cette augmentation pourrait perdurer, même si le conflit s’arrête », estime Eric Dor, professeur d’économie à l’IESEC School of Management. Son argument ? « Les bombardements ont détruit des capacités d’extraction de pétrole, de gaz, et de production de gaz naturel liquéfié, etc. » Selon lui, la production et donc les ventes de pétrole et de gaz resteront « réduites pendant un certain temps ».
Cela pourrait entraîner des tensions sur les marchés pétroliers et avoir des répercussions sur de nombreux secteurs. Non seulement les coûts de transport augmentent, mais aussi beaucoup de produits dépendent du pétrole ou du gaz. « Les engrais pour les cultures proviennent du gaz, et les emballages sont souvent fabriqués à partir de matières plastiques, qui sont des dérivés du pétrole », ajoutait-il. En règle générale, l’augmentation des coûts énergétiques pour les entreprises sera répercutée.
**Quel impact sur le portefeuille ?**
Actuellement, et en dehors de la hausse des prix des carburants, l’impact sur les consommateurs dans le secteur de la distribution reste modéré. « On parle d’impact de 0,3 à 0,4% sur le panier du consommateur en ce moment », expliquait Pierre-Alexandre Billiet.
Cependant, la situation ne devrait pas rester inchangée. « Nous pensons que l’inflation alimentaire va bondir. En 2025, l’inflation alimentaire était d’environ 0,7%, excessivement bas. Nous anticipons plutôt une inflation alimentaire entre 3 et 5% sur l’ensemble de l’année 2026, toutes autres choses étant égales », signalait Pierre-Alexandre Billiet.
Certaines catégories de produits ultra-transformés, dont la production est énergivore, pourraient connaître des augmentations significatives. « Pour les produits alimentaires transformés ou ultra-transformés, nous pourrions nous retrouver, dans les mois à venir, avec des hausses de 10 à 30% », estimait-il.
Ces prévisions concernent uniquement la chaîne agroalimentaire et les produits vendus en grandes surfaces. La montée des coûts énergétiques devrait également avoir d’autres répercussions, particulièrement dans le secteur industriel.
Les conséquences sur les taux d’intérêt générées par le risque inflationniste découlant du conflit au Moyen-Orient ont déjà été abordées.
En 2022, quelques mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine, la Banque Nationale de Belgique (BNB) avait évalué les répercussions économiques de ce conflit sur l’économie belge.
Le contexte actuel ne permet pas encore à la BNB de réaliser un exercice similaire pour analyser l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie belge, car la situation, jugée très instable, complique toute prévision. Les fluctuations quotidiennes des prix de l’énergie, les conjectures concernant la durée du conflit, les impacts sur les chaînes d’approvisionnement logistique, les répercussions commerciales, l’inflation ainsi que la confiance des entreprises et des ménages sont autant de variables encore incertaines.

