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Une étude révèle que l’encre des tatouages a un effet toxique sur le système immunitaire.

Une étude menée par l’Institut de recherche en biomédecine de l’Université de la Suisse italienne révèle que l’encre de tatouage a un effet toxique sur le système immunitaire. Les chercheurs ont constaté que les animaux tatoués produisaient moins d’anticorps que ceux qui ne l’étaient pas après avoir été vaccinés contre le COVID.


L’encre de tatouage se révèle nocive pour le système immunitaire, selon une recherche menée par l’Institut de recherche en biomédecine de l’Université de la Suisse italienne.

Cette étude, fruit de sept années de collaboration avec 12 équipes internationales, a exploré le cheminement de l’encre dans le corps en utilisant des modèles animaux, notamment des souris, et des échantillons de patients tatoués. Elle s’est concentrée sur les trois couleurs les plus communes : noir, rouge et vert.

L’encre ne reste pas uniquement à la surface de la peau après un tatouage, mais pénètre également dans l’organisme. « Nous avons observé que l’encre s’accumule dans les ganglions lymphatiques », déclare Santiago González, responsable de l’étude. « Ces organes jouent un rôle clé dans le système immunitaire, surveillant les infections et les cellules cancéreuses, par exemple. »

Dans ces ganglions, des cellules immunitaires appelées macrophages capturent les pigments, entraînant une réponse inflammatoire en deux étapes : une phase aiguë de deux jours et une phase chronique pouvant durer plusieurs années. Cette inflammation prolongée peut affaiblir le système immunitaire, augmentant la susceptibilité aux infections et aux cancers.

### Impact sur les vaccins

Les chercheurs ont également examiné une question soulevée par des médecins lors de la pandémie de COVID-19 : les tatouages influencent-ils l’efficacité des vaccins ? « Nous avons utilisé un modèle animal », explique Santiago González. « Certains animaux ont été tatoués puis vaccinés contre le COVID. Nous avons constaté que les tatoués produisaient moins d’anticorps que les autres. »

Cette observation a été corroborée par d’autres études avec des cellules humaines. « En général, il semble donc que l’encre de tatouage affecte la réponse du corps à certains vaccins », indique-t-il.

En revanche, cet effet négatif n’est pas observé avec le vaccin contre la grippe, qui montre même un effet légèrement positif. « Cette variation est due au fait que, pour le vaccin contre le COVID, les cellules immunitaires doivent être en bonne santé pour ‘exprimer’ les molécules nécessaires à l’action du vaccin », précise González. « Lorsque ces cellules sont saturées d’encre, cette ‘expression’ devient impossible. Cela constitue la principale différence avec le vaccin contre la grippe. »

Bien que le léger effet positif sur la grippe soit noté, il rappelle que « le vrai problème est que l’encre du tatouage génère une inflammation pouvant devenir chronique, ce qui pourrait engendrer des conséquences ». Ainsi, il est conseillé de se faire vacciner dans un bras sans tatouage.

### Des encres plus sûres que d’autres ?

Les tatouages, longtemps perçus comme un simple choix esthétique, n’étaient soumis à aucune réglementation concernant la composition des encres, souligne Santiago González. « D’autant plus qu’il existe une grande variété de couleurs, chacune ayant des éléments très différents », alerte-t-il, « il est essentiel de mesurer leur toxicité. »

L’Union européenne a été l’une des premières à restreindre la concentration de certains composés toxiques dans les encres de tatouage et le maquillage permanent. Cette réglementation, en vigueur depuis 2023, est l’une des plus strictes au monde.

Cependant, « dans la plupart des pays, les tatouages restent considérés comme des cosmétiques et ne sont pas réglementés », déplore le chercheur. « C’est problématique, car certaines encres contiennent des substances potentiellement cancérigènes, telles que certains métaux lourds. »

Théoriquement, ces substances ne devraient plus se retrouver dans les encres vendues en UE. « Cependant, les encres que nous avons analysées respectaient déjà cette réglementation, et nous avons malgré tout observé des effets toxiques. L’encre peut donc poser problème même quand elle est conforme. »

Malgré ces résultats, Santiago González reconnait les limites de l’étude. « Il existe un manque important de connaissances sur ces sujets car de nombreux aspects n’ont jamais été examinés. » Son équipe a donc initié des études cliniques. « Nous avons observé que l’encre entraînait une inflammation persistante, que le corps ne devrait pas supporter en permanence. Cela peut déboucher sur un état appelé ‘épuisement’, où le système immunitaire n’est plus capable de répondre aux infections ou au cancer. Les prochaines études scruteront si les personnes tatouées ont une tendance accrue aux infections, à certains cancers ou aux maladies auto-immunes. »

Santiago González plaide pour une réflexion sur des réglementations plus strictes concernant les produits utilisés dans les tatouages et les cosmétiques en général, en précisant : « Nous ne voulons pas alarmer la population. Nous souhaitons simplement faire passer le message qu’il serait peut-être nécessaire d’investir davantage pour comprendre l’impact immunologique des tatouages. »