Procès sous haute surveillance de deux cadres de la DZ Mafia.
Le procès de six accusés d’un double assassinat commis en 2019 a débuté ce lundi à Aix-en-Provence et durera trois semaines. Les accusés, dont Gabriel Ory, Amine Oualane, et Zaineddine Ahamada, sont sous haute surveillance, avec un dispositif de sécurité comprenant des rotations d’hélicoptère et une centaine de policiers et gendarmes.

À Aix-en-Provence, cour criminelle des Bouches-du-Rhône
« C’est en rapport avec la DZ Mafia », déclare succinctement un policier à un passant promène son chien, surpris par l’ampleur du dispositif de sécurité ce lundi matin.
Les rotations d’hélicoptères et les va-et-vient d’une centaine de policiers et gendarmes, principalement cagoulés et armés de fusils-mitrailleurs, transforment le tribunal en un véritable fortin.
Trahison à l’hôtel Formule 1
Le tribunal est occupé depuis ce lundi et durant trois semaines par le procès de six accusés d’un double meurtre commis en 2019 dans une chambre d’un hôtel F1 à Plan de Campagne, dont deux sont présentés comme des membres de la DZ Mafia.
Ce procès, sous haute surveillance, voit comparaître Walid Bara, toujours en cavale, Zaineddine Ahamada, Adrien Faure, Amine Oualane, Karim Harrat et Gabriel Ory – les trois derniers figurant parmi les principaux narcotrafiquants marseillais de renom.
Gabriel Ory, surnommé « Gaby », est considéré comme le principal accusé. Incarcéré, comme Amine Oualane, dans une « prison Darmanin », il a été découvert des téléphones portables prépositionnés dans des cellules de la prison de Luynes qui étaient destinés à son usage avant son transfert.
Ory est soupçonné d’avoir trahi Farid Tir, la troisième génération de sa famille à périr sous les balles de trafiquants rivaux, en fournissant les codes d’accès de l’hôtel. Il a été aperçu en compagnie de la victime et de son lieutenant la veille de leur assassinat.
Dans le box, les cinq accusés présents ont semblé, durant un instant, apprécier cette réunion, malgré la surveillance de dix gendarmes encagoulés. Des sourires échangés et des blagues trahissaient une longue période d’enfermement. Étonnamment, ils se sont initialement rangés dans un ordre qui correspond aux éléments du dossier consulté par 20 Minutes.
Profession : « Auto-entrepreneur aux Émirats arabes unis »
À droite du box, Gabriel Ory se tenait encadré par Zaineddine Ahamada et Adrien Faure, suspectés d’être les exécutants. Ils ont été arrêtés ensemble dans un véhicule transportant un fusil d’assaut seulement quelques jours après le double meurtre sur la base d’un renseignement anonyme désignant Gaby comme celui qui aurait « donné » Farid Tir. Au milieu se trouvait Amine Oualane, dit « Mamine », intermédiaire présumé, avec à sa gauche Karim Harrat, dit « le Rent », présenté comme le véritable commanditaire opérant depuis Dubaï.
Karim Harrat s’est présenté au tribunal comme « auto-entrepreneur aux Émirats arabes unis », suscitant un rire étouffé parmi ses co-accusés, tous sans « profession connue ». Toutefois, cette atmosphère presque détendue n’a pas perduré.
« Excusez-moi madame la présidente, quelqu’un nous prend en photo. Là, premier banc – la deuxième là du banc de la presse », a signalé Amine Oualane, dont le visage légèrement émacié trahissait son impatience. Cet incident a marqué le début d’une audience où « Mamine », né en 1994 et emprisonné depuis près de dix ans pour braquage, s’est montré déterminé à prouver son innocence, comme l’a indiqué son avocate Inès Medioune. Selon elle, « on n’est jamais coupable de ses amitiés » et le cadre sécuritaire autour de ce procès « vise à effrayer l’opinion publique ».
Une audience chaotique
Ce moment d’hésitation a alimenté la demande de huis clos total de maître Christine D’Arrigo, avocate de Gabriel Ory, qui a déploré une « couverture médiatique explosive » susceptible de mettre « une pression sur les témoins qui ne s’exprimeront pas de la même manière selon qu’ils feront le 20 Heures ou pas ». Cette demande a été rejetée par la cour, mais a néanmoins contribué à intensifier la tension alors que l’audience s’étendait vers le début de soirée.
La tension a atteint son paroxysme peu avant 19h30. Lors d’une suspension de séance demandée par Karim Harrat pour satisfaire un besoin naturel, Amine Oualane, debout dans le box aux côtés de Gabriel Ory, a eu un bref échange avec les gendarmes, puis a lancé une invective à la présidente, lui sommant d’arrêter de donner des ordres. « Ce sont les mamans qui donnent les ordres. Donc ne nous donnez pas d’ordre. Moi, ma mère est morte pendant que son fils était en détention ».
Notre dossier sur le narcotrafic
C’est dans cette confusion que la présidente a décidé de suspendre l’audience. Cette instance n’a jamais vraiment repris : Gabriel Ory et Zaineddine Ahamada ont refusé de quitter leur cellule, interrompant ainsi le premier jour de ce procès, qui doit durer trois semaines.

