« La Ligue 1 lutte contre les matchs piratés »
Selon une enquête Ipsos menée par la LFP en février dernier, 59 % des fans de football ont regardé la Ligue 1 via des moyens non officiels sur la saison 2025-2026. Pendant les JO 2024 à Paris, France Télévisions a recensé 2.950 sites pirates et 232.000 liens pirates en live, pour un total de quatre milliards de vues sur différentes plateformes.
Pardonnez-nous mon Père, car nous avons péché. Il nous est tous arrivé, un jour, de chercher un lien sur des sites Internet plus ou moins obscurs pour regarder en streaming le match de notre équipe préférée. Nous ne sommes pas les seuls. D’après une enquête Ipsos réalisée par la LFP en février dernier, 59 % des fans de football ont regardé la Ligue 1 par des moyens non officiels durant la saison 2025-2026. C’est beaucoup. Trop.
À l’instar de la Ligue de football professionnel, tous les acteurs du sport, les diffuseurs, et les autorités publiques se mobilisent, dans le cadre de la proposition de loi des sénateurs Laurent Lafon (UDI) et Michel Savin (LR) concernant l’organisation, la gestion et le financement du sport professionnel, pour tenter de mettre fin au piratage. Le forum organisé ce lundi matin par l’association pour la protection des programmes sportifs (APPS) au Tenniseum de Roland-Garros visait cet objectif : protéger le modèle du sport français.
**Quatre milliards de vues via le piratage lors des JO 2024**
Streaming, VPN, IPTV, Peer-to-peer… Selon Douglas Lowenstein, directeur juridique à LFP Medias, le manque à gagner serait plusieurs centaines de millions d’euros, la L1 étant la compétition la plus piratée en France, devant la Ligue des champions et la Premier League. « La baisse des droits TV découlant du piratage impacte d’abord les clubs de football professionnel qui doivent vendre des joueurs, a-t-il assuré. Cela nuira à l’attractivité de la compétition sur le long terme et représente un risque existentiel pour le football dans son ensemble. »
Lors des JO 2024 à Paris, France Télévisions a recensé 2.950 sites pirates, 232.000 liens pirates en live, totalisant quatre milliards de vues sur différentes plateformes. Un manque à gagner colossal au niveau de l’audience et des revenus publicitaires. « Sur les plateformes illégales, les lives sportifs, en streaming et IPTV, nous n’avons pas les outils efficaces en France, déplore David Grégorio, responsable de la cellule anti-piratage du groupe. Nous espérons que les choses vont évoluer. »
Alors, comment lutter contre ce phénomène ? La Ligue a réussi à mettre en place des premiers blocages préventifs de services IPTV en 2022, de même pour les services VPN, moteurs de recherche ou systèmes de noms de domaine (DNS) alternatifs en 2025, mais cela reste insuffisant face à une véritable industrie, parfois liée au grand banditisme. Les autorités, avec l’Arcom en première ligne, s’efforcent de lutter malgré des moyens limités.
**Des problèmes de temps pour bloquer**
L’année dernière, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a indiqué avoir bloqué 15.200 noms de domaine depuis 2021 et a noté une baisse de 34 % de la consommation de contenus illégaux sur la même période grâce à un renforcement de la lutte anti-piratage. Ces chiffres croissants se heurtent néanmoins à la réalité du terrain, car les démarches pour bloquer prennent généralement du temps.
« Après chaque diffusion, les ayants droit peuvent transmettre les adresses des nouveaux sites, des nouveaux services pirates ayant utilisé les droits de leur compétition, détaille Pauline Combredet-Blassel, directrice générale adjointe de l’Arcom. Des procès-verbaux doivent être établis pour constater le caractère illicite du service avant d’en demander le blocage. Nous pouvons mener à bien cette procédure en quatre heures si l’urgence l’exige. Mais, en général, cela prend environ une semaine. »
Loin, très loin, de ce que peut réaliser la Liga, en Espagne, reconnue comme un modèle de lutte contre le piratage, grâce à des moyens solides (12 millions d’euros investis et une équipe de 25 personnes dédiées à cette lutte). « Il y a quatre ans, je ne savais pas ce qu’était le piratage, aujourd’hui cela représente plus de la moitié de ma journée de travail », a expliqué Javier Tebas, le président de la Ligue de football professionnel espagnole, invité du forum.
**L’Espagne, un modèle à suivre**
« En Espagne, nous avons eu de magnifiques décisions judiciaires en décembre 2024, qui nous ont permis d’attaquer directement le piratage, et d’établir un blocage dynamique lors des événements en direct. C’est cela qui est le plus efficace. En France, c’est différent, le blocage prend plus de temps, il doit passer par l’Arcom d’abord. » Selon l’instance espagnole, le piratage représenterait un manque à gagner de 600 à 700 millions d’euros.
« Il y a trois ans, nous avons dû convaincre, non pas les politiques, mais d’abord les juges et le système judiciaire qu’il fallait prendre des mesures sur la propriété intellectuelle, en s’engageant dans un travail juridique approfondi, a ajouté le dirigeant. Nous avons dû les persuader de la nécessité d’agir concernant la propriété intellectuelle et audiovisuelle. Il fallait aussi convaincre les grands acteurs audiovisuels en Espagne. Leur coopération est essentielle. »
Grâce à un vaste travail de traçabilité, de collecte de preuves, de localisation des adresses IP, un blocage peut intervenir en trois minutes. Lors de chaque journée de championnat, environ 30.000 adresses IP sont bloquées, dont environ un tiers d’IPTV. Aucune place pour la complaisance.
« La technologie utilisée par les pirates est de très haute qualité, souligne Javier Tebas. Ils passent rapidement d’une IP à une autre. Nous utilisons l’IA pour anticiper les choses. La rapidité de réaction contre ces flux est essentielle dans l’organisation et la lutte contre le piratage. » Selon lui, depuis l’instauration du système de blocage dynamique, le nombre de contenus illicites a diminué de 60 %.
La France n’a pas encore établi d’objectifs chiffrés, mais espère qu’avec l’inscription d’une loi dans les mois à venir, elle pourra revenir en « première division de la lutte contre le piratage », conclut Xavier Spender, président de l’APPS. Avec cette loi, un délit de piratage serait notamment créé et les procédures de blocage simplifiées, dans l’espoir de revaloriser le football français à sa juste valeur auprès des diffuseurs.

