Nabeul : lancement de la saison de la fleur de bigaradier ce printemps
La région de Nabeul concentre 83% des superficies de la culture de la fleur de bigaradier et assure près de 95% de la production nationale, estimée entre 11.000 et 14.000 tonnes par an. La campagne de cueillette a démarré il y a environ deux semaines, impliquant à la fois des exploitations familiales et quatre unités de transformation situées à Korba, Beni Khiar, Dar Chaabane et Nabeul.
Avec l’arrivée du printemps, la région de Nabeul se revêt de senteurs délicates : la saison de la cueillette et de la distillation de la fleur de bigaradier débute, enveloppant ruelles et vergers d’un parfum captivant. Dans ce cadre du Cap Bon, l’air semble chargé de promesses, annonçant le retour d’un rendez-vous annuel profondément ancré dans l’identité locale.
Au fur et à mesure que les boutons floraux s’épanouissent en corolles d’un blanc laiteux, libérant une fragrance fraîche et vivifiante, les habitants se mobilisent. Dans les vergers illuminés, au cœur des jardins familiaux ou le long des ruelles bordées d’orangers amers, la cueillette s’organise dans une atmosphère conviviale. Les gestes, précis et presque cérémoniels, se transmettent de génération en génération. Ils mélangent savoir-faire ancestral et joie partagée, chaque fleur cueillie étant le témoin d’une mémoire collective vivante.
Dans les quartiers, les échelles sont dressées sous les arbres, tandis que des étoffes sont étalées au sol pour recueillir les fleurs délicatement cueillies une à une, afin de préserver leur qualité. Les pétales, semblables à de petits flocons blancs, s’accumulent en tas dégageant une odeur subtile.
Cette saison ne se limite pas à son aspect agricole, elle perpétue des traditions bien ancrées dans la mémoire locale. Les familles se réunissent pour produire de l’eau de fleur d’oranger, utilisée pour ses vertus médicinales, dans la préparation de cosmétiques ou de pâtisseries, ainsi que pour parfumer le café turc.
Un héritage artisanal toujours vivant
Certaines pratiques artisanales demeurent, dont l’usage du « qattar » traditionnel, un alambic en cuivre et terre cuite, considéré comme garant d’une meilleure qualité, à l’opposé des procédés modernes utilisant des équipements en aluminium. L’eau distillée est ensuite conservée dans des flacons spécifiques en forme de ballon, appelés « fechka ».
Outre ces scènes d’authenticité, la saison de la fleur de bigaradier demeure un pilier économique pour la région de Nabeul. « Bien que relativement courte, de la mi-mars à la mi-avril, elle revêt une importance socio-économique notable », souligne Imed Bey, président de l’union régionale de l’agriculture et de la pêche, dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse. Aujourd’hui, les superficies dédiées à cette culture s’étendent sur 483 hectares.
Il a ajouté que la transformation industrielle absorbe la plus grande part de la production, suivie par la distillation traditionnelle, considérée comme un patrimoine culturel majeur en Tunisie, où l’eau de fleur d’oranger est largement utilisée, que ce soit pour parfumer le café et le thé, aromatiser des pâtisseries traditionnelles comme les makroudhs ou les baklawas, apaiser certains troubles digestifs et du sommeil, ou encore être intégrée dans des soins cosmétiques naturels pour la peau et les cheveux.
La campagne de cueillette a démarré il y a environ deux semaines, englobant des exploitations familiales et quatre unités de transformation à Korba, Beni Khiar, Dar Chaabane et Nabeul, ainsi que deux coopératives actives dans ce secteur.
Une production largement dominante à l’échelle nationale
La région occupe une position dominante au niveau national, concentrant 83 % des superficies cultivées et assurant près de 95 % de la production nationale, estimée entre 11.000 et 14.000 tonnes par an, selon les conditions climatiques et la pluviométrie.
La production d’huile essentielle de néroli est évaluée à environ 1,4 tonne chaque année, dont la majeure partie est destinée à l’exportation, principalement vers les marchés européens, pour la fabrication de parfums haut de gamme, contribuant ainsi aux recettes en devises.
Néanmoins, le secteur fait face à divers défis, notamment le faible prix de la « wazna » (unité de 4 kilogrammes), fixé autour de 20 dinars, un montant jugé insuffisant pour couvrir les coûts de production, dans un contexte de hausse et de rareté de la main-d’œuvre.
La pénurie de travailleurs spécialisés dans la cueillette traditionnelle pousse certains producteurs à se tourner vers la mécanisation, au détriment de la qualité et des rendements, cette dernière limitant le nombre de passages nécessaires à la récolte.
Face à ces contraintes, les professionnels plaident pour une révision du prix de la « wazna » à au moins 30 dinars, afin d’assurer la pérennité du secteur et d’améliorer la rentabilité pour les agriculteurs.

