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Guerre au Moyen-Orient : la « guerre de l’eau » après des frappes sur des usines de dessalement.

Une station de dessalement à Bahreïn a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones. Selon une étude publiée dans la revue Nature, environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient.


Une station de dessalement à Bahreïn a subi des dommages le 8 mars à la suite d’une attaque de drones iraniens, selon les autorités. Cela intervient après des accusations iraniennes concernant une frappe similaire sur l’île de Qeshm, en Iran, qui aurait eu un impact sur l’approvisionnement en eau de 30 villages.

Suite à un ultimatum samedi de Donald Trump menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne réouvrait pas sous 48 heures le stratégique détroit d’Ormuz, l’Iran a intensifié ses actions, visant notamment les usines de dessalement dans la région.

« L’eau c’est la vie », a déclaré dimanche sur X le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdallah ben Zayed Al Nahyane, affirmant que personne « n’ait soif ».

« L’auteur d’une attaque contre l’eau déclenchera une guerre bien plus importante que celle que nous connaissons actuellement », a averti l’économiste de l’eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l’AFP.

### L’importance de l’eau désalinisée

Dans une région parmi les plus arides du monde, où la disponibilité de l’eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation jouent un rôle crucial pour l’économie et l’approvisionnement en eau potable des millions d’habitants.

Environ 42 % de la capacité mondiale de dessalement se concentre au Moyen-Orient, selon une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Émirats arabes unis, 42 % de l’eau potable provient de ces installations, 90 % au Koweït, 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite, selon une note de l’Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

« Sans eau désalinisée, il n’y a rien », résume Esther Crauser-Delbourg, ce qui est particulièrement vrai pour les grandes métropoles comme Dubaï et Riyad.

Déjà en 2010, une note d’analyse de la CIA affirmait que « la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première ».

En 2008, un câble diplomatique américain révélait que « Ryad devrait évacuer dans un délai d’une semaine », en cas de dommages graves à l’usine de dessalination de Jubail ou à ses oléoducs.

### Quelles menaces sur les usines de dessalinisation ?

En plus des frappes militaires, les usines sont menacées par des coupures d’électricité et des éventuelles contaminations de l’eau de mer, notamment par des marées noires, déclarent plusieurs experts à l’AFP.

« Nous avons renforcé la sécurité d’accès et les contrôles dans le périmètre immédiat des usines », explique Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l’entreprise française Veolia, qui fournit de l’eau désalinisée à Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, ainsi qu’à Jubail en Arabie saoudite.

« Les événements récents nous poussent à être particulièrement vigilants. Nous suivons de près la situation des installations », ajoute-t-il, précisant que « dans certains pays, les autorités ont déployé des batteries de missiles autour des plus grandes usines, face à la menace de drones ou de missiles ».

Des outils sont également disponibles pour atténuer les nuisances causées par les marées noires.

### Des précédents

Au cours des dix dernières années, plusieurs attaques contre des usines de désalinisation ont été enregistrées : le Yémen et l’Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, selon le groupe de réflexion californien Pacific Institute, qui suit les conflits liés à l’eau.

Avant 2016, les attaques de ce type remontent à 1991 et à la guerre du Golfe.

### Quels effets en cas d’attaque ?

Les conséquences d’une attaque peuvent varier de perturbations temporaires à des effets bien plus graves si la situation perdure.

« Nous pourrions potentiellement observer un exode de grandes villes. Et des rationnements pourraient être mis en place », envisage Esther Crauser-Delbourg, avec des répercussions sur l’économie, notamment sur le tourisme, l’industrie, et les centres de données, qui consomment beaucoup d’eau pour leur refroidissement.

Philippe Bourdeaux de Veolia tempère en soulignant que les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les effets d’une seule usine à l’arrêt. Il indique aussi qu’elles disposent généralement de réserves de consommation allant de deux à sept jours, permettant d’atténuer les pénuries tant que les interruptions ne se prolongent pas.