Attentats de Bruxelles : dix ans plus tard, la Belgique se recueille unie
L’hommage national a été marqué par des témoignages à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem et dans la station de métro Maelbeek, lieux des attentats du 22 mars 2016. Ces attentats, revendiqués par l’organisation État islamique, ont fait 36 morts et 350 blessés.
L’hommage national a débuté le matin par des témoignages poignants à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, puis à la station de métro Maelbeek, les deux sites touchés par ces attentats suicides. « Tous les jours, je me réveille avec les souvenirs de cette horreur. Je regarde mon corps. Mon corps qui a été brûlé, meurtri et déchiré », a déclaré Béatrice de Lavalette, qui a perdu ses jambes à l’aéroport. Cependant, « j’ai choisi de vivre, de me battre », a ajouté celle qui est devenue athlète paralympique d’équitation.
Revendiqués par l’organisation terroriste État islamique (EI), ces attentats ont causé 36 morts et 350 blessés. Ils ont eu lieu le 22 mars 2016, quatre jours après l’arrestation de Salah Abdeslam. La même cellule djihadiste, sous la direction de membres de l’EI, avait précédemment attaqué Paris et sa banlieue proche le 13 novembre 2015 (130 morts). L’interpellation d’Abdeslam a précipité des projets de nouvelles attaques.
Les commémorations ont commencé dimanche matin aux heures où les trois assaillants avaient actionné leurs explosifs : deux dans un hall de l’aéroport et un autre dans un métro bondé. « Face à la terreur, nous n’avons pas cédé à la peur. Nous n’avons pas cédé à la division », a souligné le roi Philippe.
Cet hommage s’est tenu dans un contexte de conflit au Moyen-Orient, qui suscite l’inquiétude des autorités quant à de nouvelles attaques. Une explosion criminelle a endommagé la synagogue de Liège le 9 mars, sans faire de blessés, suivie de deux incidents similaires aux Pays-Bas les 13 et 14 mars, ciblant la communauté juive.
En Belgique, la menace terroriste est maintenue au niveau 3 sur 4, considérée comme « grave », depuis un attentat commis en octobre 2023 à Bruxelles. Un citoyen tunisien radicalisé avait alors tué deux supporters de football suédois, avant d’être abattu par la police le lendemain.
Gert Vercauteren, directeur de l’Ocam, l’organe chargé d’évaluer cette menace, se souvient des manquements à la sécurité observés après la série d’attentats de 2015-2016. « C’est un sentiment d’échec qui nous a tous frappés, évidemment », reconnaît-il aujourd’hui.
Après les attaques de 2016, le gouvernement belge était en émoi : deux ministres avaient proposé leur démission suite à des accusations de négligence à l’encontre d’un policier belge à Istanbul, qui n’avait pas transmis une information cruciale.
Un certain Ibrahim El Bakraoui, Bruxellois déjà condamné pour criminalité, avait été arrêté à l’été 2015 à Gaziantep, près de la frontière syrienne. L’information n’avait pas été communiquée à temps à Bruxelles, permettant à El Bakraoui de débarquer sans être interpellé après son expulsion par Ankara. Le 22 mars 2016, il était l’un des deux assaillants à l’aéroport.
Émue, Larissa Scelfo, qui a perdu son mari dans l’attentat du métro Maelbeek, a accusé l’État belge de « ne pas avoir mis les moyens » pour « protéger » les victimes. « Les responsables de notre sécurité ont le devoir de tirer les leçons du passé. Je prends cette responsabilité très au sérieux », a déclaré le Premier ministre Bart De Wever sur les réseaux sociaux avant de participer aux cérémonies.
À l’heure actuelle, la justice, la police et les services de renseignement affirment avoir sensiblement amélioré le partage d’informations. Les effectifs de la Sûreté de l’État sont passés de 600 à 950 agents au cours de la dernière décennie. Gert Vercauteren souligne la création d’une base de données sur les profils extrémistes, accessible et alimentée par tous les services de sécurité, y compris les polices municipales en collaboration avec des éducateurs.
L’an dernier, 555 extrémistes « suivis prioritairement » étaient référencés dans cette base, dont 86% pour « extrémisme islamiste », selon l’Ocam.
Un autre sujet délicat : dix ans après les attentats, certaines victimes se plaignent de ne pas avoir pu faire reconnaître leurs séquelles, physiques ou psychiques, ce qui entrave leur droit à des indemnisations.
En plus des 32 morts immédiats, quatre autres personnes sont décédées depuis les attaques, victimes des traumatismes engendrés par les événements. Katarina Viktorsson, dont la mère avait été tuée à l’aéroport, s’est suicidée il y a quelques semaines et a été reconnue dimanche comme la 36e victime des attentats de 2016.

