Belgique

« Terminator » : en 1984, James Cameron avait-il raison sur l’IA ?

Sortie en 1984, l’œuvre met en scène un robot tueur venu d’un futur où la machine est entrée en guerre contre l’Homme. Arnold Schwarzenegger incarne Terminator, 90% électronique, 10% chair humaine, dont l’objectif est de tuer Sarah Connor (Linda Hamilton).


Sorti en 1984, ce film présente un robot tueur venant d’un futur où la machine s’est rebellée contre l’Homme. Arnold Schwarzenegger, avec son corps musclé, joue le rôle du Terminator, constitué à 90% d’électronique et à 10% de chair humaine. La mission de ce robot impitoyable ? Éliminer Sarah Connor (Linda Hamilton), mère du futur chef de la résistance contre les machines.

James Cameron débute sa carrière cinématographique avec ce film, qui sera suivi de nombreuses autres œuvres à succès, telles que Titanic, Alien le retour et Avatar. Le succès de Terminator ne s’explique pas seulement par le talent du réalisateur, mais aussi par ses thématiques qui résonnent avec les inquiétudes des années 80 : la menace d’une apocalypse nucléaire en pleine guerre froide, l’aliénation provoquée par l’informatique alors que les ordinateurs commencent à entrer dans les foyers, et surtout, l’idée que les choix d’aujourd’hui mènent vers la destruction des générations futures.

Dick Tomasovic, professeur en études cinématographiques à l’ULiège, se souvient de sa première vision du film en VHS : une véritable « claque immense ». Il dit avoir ressenti une terreur face à ces images apocalyptiques et à ce « corps de robot cauchemardesque ».

Il y avait en effet un mélange de film d’action, de science-fiction, et d’horreur. Cela semblait « fantasque, mais un peu vrai aussi ». C’était un « divertissement du samedi soir, » mais qui reflétait « quelque chose de l’époque et du développement informatique que l’on observait avec les consoles de jeux ». D’autres films sur le thème de l’autonomisation de l’IA, comme Tron (1982), D.A.R.Y.L (1985) et Court circuit (1986), marqueront également cette période.

En mars 1983, quelques mois avant la sortie de Terminator, le président américain Ronald Reagan annonce le programme IDS (Initiative de défense stratégique), communément appelé Guerre des étoiles. Ce projet vise à développer un système antiaérien spatial pour protéger les États-Unis d’éventuelles attaques nucléaires soviétiques. Bien que cette technologie ne soit jamais réalisable, cette annonce ravive la peur d’une guerre nucléaire. Le bouclier spatial repose sur les avancées de l’informatique, suggérant la possibilité que des ordinateurs puissent un jour penser à notre place.

James Cameron, passionné par l’intelligence artificielle depuis ses 20 ans, a été fortement marqué par 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick, qui présente une première incarnation d’une intelligence artificielle malfaisante. Au départ, il n’était pas sûr que son projet soit pris au sérieux, et Orion Pictures, la société qui produit le film, ne souhaitait pas organiser de projections, craignant un échec. Malgré son étiquette de film de série B mal considéré par la critique, Terminator deviendra rapidement un film culte, propulsant la carrière de Cameron et transformant Schwarzenegger en star.

Le 7 mars 1988, la diffusion du film sur RTBF est suivie d’un débat sur « les hommes et les robots ». Les invités trouvent que l’idée que l’intelligence artificielle puisse surpasser l’intelligence humaine semble farfelue. Toutefois, le professeur Igor Alexander évoque le risque d’accorder une trop grande intelligence à une machine. Le généticien Albert Jacquard, qui n’a pas apprécié le film, exprime son inquiétude concernant le pouvoir délégué aux machines, surtout dans le contexte militaire où « la décision de lancer des bombes ou des fusées pourrait être prise par un ordinateur ». Il critique la compétition entre scientifiques exacerbée par la Guerre des étoiles de Reagan.

Le nom de la boîte de nuit où se cache Sarah Connor, Tech Noir, représente l’essence du film : l’hyper-technologie, fascinante mais sombre, car elle conduit selon Cameron à une dépossession de la volonté humaine.

Skynet, un personnage clé, est une intelligence artificielle conçue pour automatiser la réponse nucléaire américaine. La réflexion du film gravite autour de l’idée que « ce système informatique devient conscient de lui-même et développe ses propres objectifs ». Skynet représente le risque d’une intelligence artificielle non alignée, de rationalité propre à la machine, où l’élimination de l’humanité devient un calcul stratégique, sans émotions comme la peur ou la compassion.

À partir des années 90, l’intelligence artificielle n’infiltrera pas la société comme prévu, et il faudra attendre les années 2010 pour voir les progrès significatifs dans ce domaine. Les inquiétudes sur les dangers posés par l’IA et son utilisation dans les guerres refont surface. Le professeur Hugues Bersini souligne que l’approche humanoïde de Cameron semble déconnectée de l’évolution réelle de l’IA, qui est davantage axée sur l’intellect et la pensée. Des préoccupations contemporaines sont mieux illustrées par des films comme Her de Spike Jonze, où un homme développe une relation avec un agent conversationnel.