Guerre au Moyen-Orient : le retrait militaire des États-Unis en question ?
La guerre menée contre l’Iran se prolonge trois semaines après le début des frappes américaines et israéliennes, sans issue en vue. Selon le général Dominique Trinquand, « l’ensemble de la force constituée par les Marines des deux corps expéditionnaires sera dans le détroit d’Ormuz dans 15 jours ».
La guerre contre l’Iran se poursuit trois semaines après le début des frappes américaines et israéliennes, sans issue en vue. Le président américain Donald Trump a récemment émis des déclarations contradictoires concernant la durée probable du conflit.
Pour la première fois vendredi, sur son réseau Truth Social, Trump a affirmé que les États-Unis étaient proches d’atteindre leurs objectifs et qu’ils envisageaient de diminuer progressivement les efforts militaires au Moyen-Orient. Cependant, quelques heures plus tôt, il avait exclu toute possibilité de cessez-le-feu.
« Il y a le discours et il y a la réalité. La réalité, c’est que les Américains ont mobilisé deux corps expéditionnaires des Marines, l’un ayant quitté Okinawa, l’autre la Californie pour se diriger vers le détroit d’Ormuz », explique le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations unies.
Tanguy de Struye de Swielande, professeur de relations internationales à l’UCLouvain et spécialiste des États-Unis, abonde dans ce sens : « Il ne faut pas trop écouter le président Trump. Il se prononce sur de nombreux sujets avec énormément de contradictions. Il faut plutôt regarder les nouveaux déploiements. Des Marines arrivent du Japon pour être déployés dans la région, et il est aussi possible qu’il y ait d’autres renforts pour l’île de Kharg ou pour sécuriser le détroit d’Ormuz. »
Les propos contradictoires de Trump compliquent l’analyse des événements, affirme de Struye de Swielande. « Il y a d’une part ce que disent certains officiels américains comme le CENTCOM (le commandement central des États-Unis au Moyen-Orient) et, d’autre part, ce que dit le président Trump. Il est crucial de faire la différence. » L’analyse est d’autant plus compliquée que le président américain exprime des informations à la fois contradictoires et imprévisibles.
Malgré les discours du président, la réalité sur le terrain au Moyen-Orient montre actuellement des mouvements de Marines vers cette région. Le détroit d’Ormuz et l’île de Kharg apparaissent comme deux destinations potentielles.
Le détroit d’Ormuz est un objectif majeur pour les États-Unis, ayant une importance stratégique entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, représentant 20% de la consommation mondiale de pétrole. Ce corridor est principalement contrôlé par la Marine des pasdarans, appelés aussi Gardiens de la Révolution, qui constitue une force armée parallèle à l’armée traditionnelle iranienne, aujourd’hui affaiblie. Des drones provenant des montagnes environnantes apportent un soutien aux pasdarans.
L’objectif des États-Unis serait de reprendre le contrôle du détroit aux Iraniens alors que les prix du pétrole et du gaz connaissent une forte hausse. « La continuité des frappes sur ces zones dans les quinze jours à venir, associée à une attaque de la force composée de ces deux corps expéditionnaires américains, est une possibilité. Cela peut se tenter, car ce détroit est essentiel et sa prise apaiserait les marchés, tout en affaiblissant considérablement le gouvernement de Téhéran, qui détient un outil majeur », explique le général Dominique Trinquand.
Ainsi, deux corps expéditionnaires de Marines se dirigent vers la région. Le premier a quitté Okinawa, au Japon, et le second, la Californie. Selon le général français, « On peut penser que l’ensemble de la force constituée par les Marines des deux corps expéditionnaires sera dans le détroit d’Ormuz dans 15 jours. »
L’île de Kharg représente une seconde hypothèse. Elle pourrait être un des objectifs des Marines américains. Surnommée « l’île interdite », elle est située dans le golfe Persique, à environ trente kilomètres des côtes iraniennes, et traite la presque totalité des exportations de pétrole brut iranien (90%).
« Les États-Unis pourraient mener une opération à Ormuz ou à Kharg… ou pas. C’est assez flou, car les objectifs américains vis-à-vis de l’Iran sont eux-mêmes très vagues et il existe beaucoup de contradictions dans le discours américain », précise Tanguy de Struye de Swielande.
L’enjeu ici est économique. « L’idée n’est surtout pas de détruire les installations pétrolières, car elles sont cruciales pour l’avenir de l’Iran. Mais à court terme, cela permettrait de couper les rentrées iraniennes concernant le pétrole. L’idée est vraiment de prendre l’île sans l’endommager. Les États-Unis pourraient employer les Marines ou des forces aéroportées pour s’emparer de l’île, mais surtout pas pour détruire les installations. S’ils avaient voulu les détruire, ils auraient pu le faire sans problème avec leur aviation », analyse Tanguy de Struye de Swielande.
Le professeur nuance toutefois son propos sur les options dont disposent les Américains au Moyen-Orient : « Ils pourraient mener une opération à Ormuz ou à Kharg… ou pas, car parfois, les déploiements sont utilisés pour induire l’adversaire en erreur. C’est assez flou, car les objectifs américains concernant l’Iran restent très vagues et il existe de nombreuses contradictions dans le discours américain. »

