France

Flore Benguigui ne sort pas un album jazz joyeux après L’Impératrice.

Flore Benguigui, âgée de 33 ans, a révélé à Mediapart fin 2024 les raisons de son départ du groupe L’Impératrice, évoquant une « sensation d’isolement très forte » et des humiliations fréquentes. Elle revient ce vendredi avec i-330, un album de reprises de morceaux jazz, qui, selon ses propos, a eu un effet cathartique sur elle et représente un projet « collectif » avec les Sensible Notes.

« Au bout d’un moment, mon besoin de dire la vérité a été plus fort. Même s’il y a eu un retour de bâton, je suis beaucoup mieux là où je suis aujourd’hui », déclare Flore Benguigui à 20 Minutes, tout en affichant un large sourire. Fin 2024, l’artiste de 33 ans avait révélé à Mediapart les raisons qui l’avaient poussée à quitter le groupe L’Impératrice, dont elle était la chanteuse. Elle avait évoqué une situation d’« emprise » et une « sensation d’isolement très forte », où humiliations et vexations étaient fréquentes. Ce vendredi, elle présente i-330, un album comportant des reprises de morceaux de jazz avec des orchestrations contemporaines. Un projet « collectif », comme elle le mentionne, en collaboration avec Sensible Notes, qui a eu un effet cathartique sur elle.

Cet album jazz, est-ce un retour aux sources ?

Ce n’est pas tant un retour, car je n’ai jamais arrêté d’en jouer, même lorsque j’étais dans L’Impératrice. À 15 ans, j’ai fait la connaissance d’un contrebassiste de jazz, Pierre-François Morin, avec qui je joue encore aujourd’hui. Il m’a présenté un pianiste qui pouvait m’enseigner cette musique. J’ai donc découvert le jazz en le chantant, étant particulièrement fascinée par Nat King Cole. À 20 ans, je me suis inscrite au conservatoire de jazz à Paris et je me suis concentrée sur l’apprentissage théorique. J’ai eu une résidence au Baiser Salé, rue des Lombards, avec un concert tous les deux mois jusqu’en 2025. Il y avait un décalage immense entre ma vie professionnelle dans la pop et ce club de jazz, où c’était un peu comme une récréation, avec une grande liberté.

C’est ce que vous appréciez dans le jazz ?

C’est surtout le collectif que j’apprécie. Il faut être en communication, tu ne peux pas faire ton truc tout seul. Dans la pop, tout est millimétré et chacun se concentre sur sa partie. Ce qui est génial dans le jazz, c’est que tu ne sais jamais trop où cela va t’emmener. Ça peut donner des choses très nulles comme des choses vraiment extraordinaires.

« Un morceau des années 30, avec des synthés qui chantent »… Cette formule de l’intro résume l’album ?

Vous avez bien écouté, c’est exact ! (rires) Cette introduction est la seule partie que j’ai écrite. Je voulais prendre les gens par la main, leur dire que, oui, c’est un disque de jazz, mais qu’il ne fallait pas avoir peur, que c’est amusant et accessible, et non une musique intellectuelle et ennuyeuse. C’est donc un album qui se veut un peu de niche dans sa sélection, car je suis une nerd, j’aime dénicher des morceaux que personne n’a interprétés. Et je voulais les mélanger à d’autres qui ont été joués des centaines de fois. Comme Everything Happens To Me, dont je propose un arrangement avec un vocodeur.

Il y a aussi « Dis, quand reviendras-tu ? » de Barbara. Pourquoi ce choix ?

Je tenais à inclure un peu de français dans ce disque. Il y a quelque chose de très jazz dans les mélodies et les accords de Barbara. De plus, ce morceau cache bien son jeu, car on pense souvent qu’il s’agit d’une femme éplorée, mais en y prêtant attention, elle exprime sa tristesse tout en affirmant que si l’autre ne revient pas, elle finira par passer à autre chose. Je trouve cela fort. Cette chanson est bouleversante mais aussi badass…

Cette notion de femme forte semble vous tenir à cœur. Diriez-vous que c’est un album d’empouvoirement ? Je fais cette remarque en fonction de ce que vous avez vécu au sein de L’Impératrice…

C’est un album d’empouvoirement dans la mesure où il a eu des vertus cathartiques. Me retrouver à nouveau en studio après tout ce que j’ai vécu a été une étape difficile. Devenir décisionnaire a également été important, car pendant des années, avec L’Impératrice, j’étais soumise à des décisions qui ne m’appartenaient pas. Ainsi, le fait de pouvoir faire des choix artistiques et politiques… Tout est politique, par exemple, sur la pochette, figurent tous les gens qui ont participé à l’album : musiciens, musiciennes, ingénieurs du son, graphiste, styliste, ma manageuse… C’est une façon de signifier que je suis entourée de personnes qui me nourrissent, qui m’inspirent et que j’admire.

Vous entourer de femmes, c’était pour créer un « safe space » ou pour mettre en avant des artistes féminines ?

Les deux. Je n’ai jamais été en studio avec autant de femmes. Il y avait des hommes aussi, les trois musiciens avec qui je joue depuis quinze ans n’allaient évidemment pas être exclus du projet parce qu’ils étaient des hommes. Mais avoir des femmes dans la cabine, qui m’encouragent dans le casque pendant que j’enregistre, c’était une première pour moi. Cela a réellement changé l’ambiance, et je souhaite à beaucoup de femmes de vivre cela, car c’est extrêmement empouvoirant, bienveillant et joyeux ; cela change vraiment tout.

Nos articles sur l’actu musicale

C’est un retour à la joie…

C’est exact, c’est un retour à ce qui me définit dans ma volonté de faire de la musique. Je pense que ce qui guidera tous mes projets futurs, c’est l’idée de faire mes choix. Je sais que c’est une chance que toutes les artistes féminines n’ont pas. J’ai suffisamment travaillé dans ce milieu pour maintenant savoir où je veux aller, avec qui je désire collaborer et ce que je suis prête à faire pour cette carrière.