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Milan – San Remo 2026 : Tadej Pogacar peut-il attaquer au km 0 ?

Tadej Pogacar n’est jamais monté sur la plus haute marche du podium de Milan-San Remo en cinq éditions. Le 3 mars, il a battu son record de la montée à la Cipressa en réalisant les 5,6 km en 8’51 minutes, soit une moyenne de 37,8 km/h.

Tadej Pogacar, d’habitude tranquille et serein dans son sommeil, a probablement connu quelques nuits agitées récemment, non pas en raison des tensions internationales ou du second tour des élections municipales françaises, mais à cause de la course qui hante ses pensées depuis quelques jours : Milan-San Remo, prévue ce samedi.

Avec Paris-Roubaix, la Classicissima est l’une des dernières courses que le coureur slovène n’a pas encore conquise. En cinq participations, Pogacar n’a jamais réussi à monter sur la plus haute marche du podium, souvent battu dans les derniers mètres de la via Roma après avoir tenté de distancer ses adversaires dans le Poggio. À chaque fois, les tentatives du coureur slovène n’ont pas suffi à garantir sa victoire sur la Méditerranée.

Des entraînements spécifiques pour Pogacar

Face à ces échecs répétés, la direction de l’équipe UAE-Team Emirates s’est mobilisée pour briser cette malédiction. Maxim Frémeaux, entraîneur et responsable du pôle performance de l’équipe Van Rysel Roubaix, commente :

« J’ai pu échanger avec son entraîneur et il m’a dit que Pogacar n’avait pas fait de stage en altitude en ce début de saison pour préparer les classiques ou de heat training qui est très à la mode en ce moment. Il m’a juste dit, sans rentrer dans les détails, qu’il a orienté l’entraînement en mode classiques. C’est-à-dire répétitions d’efforts, et surtout durée des efforts, parce qu’on est sur des courses qui sont extrêmement longues. »

Un entraînement particulier est donc mis en place pour rivaliser avec des coureurs comme Mathieu van der Poel ou Jasper Philipsen, qui sont habitués à des efforts très intenses mais courts. Cependant, habitué aux longues échappées en solitaire, le coureur, qui a imité les coiffures de Pascal Hervé ou Richard Virenque à l’époque, pourrait-il reproduire un effort sur une course de près de 300 km, alors que ses précédentes tentatives dans la Cipressa et le Poggio n’ont pas été fructueuses ?

Un timing d’attaque délicat

« C’est sûr qu’il ne peut plus attendre le Poggio (à moins de 10 km de l’arrivée), mais attaquer dès le début, non, ça ne serait pas très sérieux, » répond l’Italien Alessandro Ballan, ancien champion du monde, qui a terminé juste en dehors du podium de Milan-San Remo en 2011. Même son équipe, bien qu’elle doive contrôler la course, ne peut pas se permettre d’accélérer dès le départ, car la course est beaucoup trop longue.

Pas d’attaque à 100 km de l’arrivée comme lors des Mondiaux 2025, ni de raid solitaire de 81 km comme en 2024 lors des Strade Bianche, donc ? « C’est assez long quand même, » poursuit Maxim Frémeaux. « Et puis on n’est pas à l’abri d’une défaillance, d’une fringale ou d’une crevaison au mauvais moment. Si on perd des coéquipiers ou s’ils sont affaiblis alors qu’une bordure se forme devant, c’est fini pour le leader, il faut rester raisonnable. »

Malgré cela, l’entraîneur pense que l’équipe émiratie peut prendre rapidement le contrôle de la course, même sans coureurs comme Tim Wellens ou Jhonatan Narvaez. Une première accélération pourrait se produire sur Il Passo del Turchino à mi-course, suivie d’une seconde sur les Tre Capi dans les cinquante derniers kilomètres avant d’atteindre la Cipressa (à 22 km de l’arrivée).

« Il faudra faire une course très très rapide, à commencer par le Passo del Turchino avec son équipe, qu’il faudra faire très fort, puis surtout la Cipressa (5,6 km à 4,1 %), explique Alessandro Ballan. Tadej Pogacar devra passer à l’attaque, pas seulement dans le final de cette montée, mais dès le pied, avec l’aide de ses coéquipiers, pour partir en solo et faire le Poggio et le final via Roma tout seul. Pour moi, c’est la seule tactique qui peut le faire gagner. »

La Cipressa, un moment clé

Fabio Baldato, l’un des directeurs sportifs de Pogacar, estime également que la Cipressa sera déterminante pour le Milan-San Remo. « La montée est assez courte et la vitesse y est très élevée, il faut rouler à plus de 35 km/h environ, a-t-il déclaré à Sporza. Les jambes sont encore relativement fraîches, car il n’y a pas beaucoup de montées avant, mais c’est réalisable. »

Pour espérer gagner à San Remo, Pogacar doit atteindre une moyenne de 35 km/h dans la Cipressa, ce qui semble à sa portée. Le 3 mars, il a battu son propre record de montée lors d’un entraînement, réalisant les 5,6 km de la Cipressa en 8 minutes et 51 secondes, soit une vitesse moyenne de 37,8 km/h. Bien que la performance ait été rapidement supprimée de son compte Strava, l’information a été notée par la concurrence.

« Tadej a déjà un moteur de base assez élevé et il travaille sur sa capacité à produire des watts en fin de course, conclut Maxim Frémeaux. Ce qui est important, c’est le travail sur la fatigue, la résistance à la fatigue pour être capable de reproduire les efforts. Quand tout le monde commence à être fatigué, il faut être capable de mettre les watts pour qu’à la fin, il n’y ait plus personne dans les roues. Donc, il doit se soumettre à de belles séances ou des blocs qui génèrent de la fatigue afin d’essayer de reproduire ce qu’on rencontre sur ce type de courses comme Milan-San Remo ou Paris-Roubaix. » Les spécialistes des pavés sont donc avertis, Pogacar n’a jamais été aussi bien préparé.