De nouveaux témoignages, dont un Français, sur des « safaris humains » à Sarajevo.
Quatre mois se sont écoulés depuis l’ouverture en Italie d’une enquête sur une allégation concernant le siège de Sarajevo (1992-1996), pendant la guerre de Bosnie. Les articles sur Sarajevo évoquent des « rumeurs » et rappellent qu’aucune enquête n’a, à ce jour, révélé de telles pratiques.
Quatre mois se sont écoulés depuis le lancement en Italie d’une enquête sur une accusation troublante relative au siège de Sarajevo (1992-1996), durant la guerre de Bosnie. Des tireurs embusqués, venus de divers pays européens, seraient responsables de la mort de civils lors de « safaris humains ».
L’initiative de cette enquête appartient au journaliste et écrivain Ezio Gavazzeni, qui travaille sur ce sujet depuis plusieurs années. Il a récemment publié un livre sur ce thème, comprenant de nouveaux témoignages. La presse italienne souligne que la véracité des faits demeure difficile à établir, étant donné le nombre limité de témoignages, souvent indirects.
### Un octogénaire suspecté après des vantardises
Selon le quotidien *La Repubblica*, la justice italienne examine le cas d’au moins cinq personnes. Parmi celles-ci se trouve un octogénaire, ancien chauffeur routier de San Vito al Tagliamento, près de la frontière slovène. Cet individu, nostalgique du fascisme, est accusé d’homicide après avoir fait des déclarations dans le passé sur des tirs sur des civils en Bosnie. Bien qu’il ait nié toute implication dans ces meurtres en affirmant qu’il s’était rendu en Bosnie pour des raisons professionnelles, plusieurs armes ont été retrouvées chez lui. Les autres suspects incluent un passionné de chasse, un banquier de Trieste, un Milanais, un Turinois et un habitant du Frioul. Trois d’entre eux auraient fait état de leurs participations à des campagnes de tirs avant d’être dénoncés.
Dans son livre, Ezio Gavazzeni présente divers témoignages, y compris celui d’un mercenaire se décrivant comme un ancien parachutiste français, surnommé « Le Français ». Cet homme, qui prétend avoir séjourné neuf fois en Bosnie, indique qu’une agence milanaise spécialisée en services de sécurité organisait ces excursions meurtrières. Il rapporte que les groupes étaient généralement composés de trois personnes, assistées de deux gardes du corps. Certains participants auraient trouvé la mort lors de ces sorties vers Sarajevo, ainsi qu’à Mostar, Tuzla et Srebrenica. Les cibles semblaient avoir des prix, les enfants étant les plus coûteux.
### Des témoignages souvent indirects
Le livre d’Ezio Gavazzeni inclut également le récit d’un citoyen espagnol, Toni C., selon le quotidien espagnol *El Pais*. Ce dernier affirme qu’un « Espagnol de Catalogne », organisateur de safaris en Afrique, aurait aussi réalisé des « safaris humains » en Yougoslavie.
Le témoignage jugé le plus crédible provient d’Edin Subasic, ancien agent des services de renseignement bosniens. Dans un documentaire de 2022, il déclare avoir été informé de ces « safaris humains » après avoir interrogé un prisonnier serbe qui aurait été guide lors d’une excursion fatale. L’ancien militaire affirme avoir alerté les services secrets italiens en mars 1994.
L’ancien diplomate italien Michael Giffoni a validé ces affirmations. Dans une interview avec *La Repubblica*, il a précisé qu’il avait effectivement connaissance de la présence d’Italiens en Bosnie pour commettre des meurtres en 1994, mais que l’affaire avait été close après identification de l’organisateur. Il indique ne jamais avoir su qui étaient ces individus.
### Des « rumeurs » selon les Français sur place
D’après Ezio Gavazzeni, les participants à ces « safaris humains » auraient été des individus aisés, souvent d’extrême droite, qui auraient eu vent de ces expéditions grâce à leurs relations dans le milieu de la chasse, des armes et des stands de tir.
Des reporters de guerre français ayant été à Sarajevo durant le siège rapportent, dans un entretien avec 20 Minutes, avoir entendu des « rumeurs » à ce sujet. Ils soulignent qu’aucune enquête n’a jusqu’à présent apporté de preuves concrètes concernant ces pratiques. Contacté en novembre, le ministère de la Défense a affirmé à 20 Minutes ne posséder aucun élément corroborant les accusations d’expéditions meurtrières menées par des Français à Sarajevo.

