Tunisie

Présentation de « Me habitech » à l’Agora : Khaled Houissa explore la littérature.

Khaled Houissa a présenté son premier ouvrage « Me Habitech » le 12 mars à la salle l’Agora, réunissant de nombreux journalistes et personnalités de la scène culturelle tunisienne. Dans ce livre, écrit en dialecte tunisien à la première personne, l’auteur se met dans la peau de Habib Labben, un personnage de célibataire endurci qui explore des thèmes tels que les relations de voisinage et le jugement porté sur les femmes.

Khaled Houissa dévoile un nouveau talent avec son ouvrage « Me Habitech ».

La Presse — L’acteur Khaled Houissa a présenté son premier livre, « Me Habitech », le 12 mars à la salle l’Agora. Reconnu pour ses nombreux rôles au cinéma et à la télévision, ainsi que pour son monodrame « Le quatrième pouvoir », il a révélé un nouvel aspect de son talent lors de cette rencontre animée par la journaliste et écrivaine Nesrine Ben Khadija. L’événement a attiré un large public, comprenant de nombreux journalistes, acteurs et personnalités de la culture tunisienne.

« Me habitech » est un récit écrit en dialecte tunisien à la première personne, où Khaled Houissa incarne Habib Labben. Dans ce livre, l’auteur a laissé libre cours à son imagination pour créer un personnage de célibataire endurci qui, selon ses propres mots, « d’une certaine manière, nous ressemble tous ». Habib est en quête de nouveauté et de vitalité.

Le livre reflète avec humour les pensées du protagoniste, ses failles, ses émotions et ses frustrations. Les thèmes abordés incluent les relations de voisinage, le jugement des femmes, ainsi que les rituels de fête et de deuil. Bien que les personnages soient fictifs, Khaled Houissa estime que chacun de nous porte une part de Habib, notamment en raison de son chaos émotionnel longtemps refoulé.

« Notre histoire se construit depuis l’enfance pour nous accompagner toute la vie et façonner nos relations avec les autres », a déclaré Khaled Houissa. Le titre « Me habitech » évoque, selon l’auteur, la vie, les conditions que l’homme a du mal à accepter, et tous les rêves qu’il n’a pas pu réaliser. C’est un récit d’introspection et de conflit intérieur, d’un personnage tiraillé entre l’amour et la haine, entre ce qui peut être dit ou gardé secret, et ce qu’il peut se permettre de faire ou non. « La porte de l’imagination demeure grande ouverte, sans chaînes », a-t-il ajouté.

Khaled Houissa, qui a également coécrit le texte de sa pièce « Le quatrième pouvoir », a expliqué que son intention initiale était de créer un second monodrame. Cependant, au fil du temps, le récit s’est transformé en livre, rédigé sur une période de 4 à 6 mois et interrompu par des tournages.

Ce processus d’écriture a parfois nécessité qu’il se retire sur lui-même. Il a utilisé le papier et le stylo à l’ancienne, notant parfois des idées sur son téléphone lorsque l’inspiration le frappait. Deux méthodes qu’il considère chacune comme ayant son propre charme. À la fin de son projet, il s’est senti profondément lié à son personnage. « Habib Labben m’a accompagné comme s’il y avait un véritable échange entre lui et moi », a-t-il précisé.

En choisissant d’écrire en dialecte tunisien, l’auteur a voulu souligner la richesse sémantique et l’expression intense qu’il véhicule. Ce choix a été bien reçu par le public, le rendant plus accessible, mais il expose également les écrivains aux préjugés et idées reçues.

Plusieurs intervenants ont souligné la difficulté de rédiger un texte aussi long et captivant en dialecte tunisien. Abdelaziz Belkhodja a noté que l’écriture dans cette langue supprime le décalage entre l’expérience vécue et le langage académique.

Le livre contient également de nombreuses expressions en français, ajoutant un ton spontané et authentique. Une question a été soulevée sur la nécessité de s’imposer des limites en matière d’écriture, comme une forme d’autocontrôle.

Khaled Houissa a affirmé qu’il cherche à rester fidèle à sa vision sans autocensure, tout en respectant son lectorat. Il ne souhaite pas utiliser un langage cru ou choquant. « Ce n’est pas parce que le texte est en arabe dialectal qu’on peut avoir un langage de rue. On peut tout dire avec intelligence et artistiquement pour ne pas offenser les lecteurs », a-t-il expliqué.

L’influence de sa carrière d’acteur, en particulier au théâtre, sur cette aventure littéraire est notable. Khaled Houissa a expliqué qu’un artiste est toujours en mode d’observation, guidé par sa sensibilité. « J’ai écrit en images, comme si je voyais les personnages en mouvement, les meubles, tout l’univers de Habib Labben. C’est l’inspiration théâtrale qui me guide », a-t-il commenté. Ce livre s’inscrit dans un projet artistique plus large.

Un monodrame inspiré de « Me habitech » est prévu, avec une adaptation dramatique.

D’après l’auteur, le texte actuel est conçu pour être lu à voix haute, d’où sa structure fragmentée, permettant de marquer les intonations et silences, comme au théâtre. « J’ai voulu créer un livre participatif dont l’univers nous enveloppe », a indiqué Khaled Houissa. Lors de la lecture de quelques passages, accompagné d’un luthiste jouant en direct, la dimension théâtrale du texte a émergé, et l’idée d’un livre audio a également été suggérée.

Enfin, pourquoi écrit-il ? « Je n’ai pas d’attentes particulières », a répondu Khaled Houissa, suscitant l’approbation du public et considérée comme « une honnêteté intellectuelle et culturelle » par un intervenant. L’auteur a décrit ce livre comme un cadeau pour lui-même et un moyen de toucher un nouveau public, différent de celui qu’il rencontre comme acteur, pour un échange constructif.

Malgré le temps qu’il a mis à publier cet ouvrage, Khaled Houissa a révélé qu’il avait d’autres écrits qu’il n’a pas encore partagés. Cette idée le suit depuis des années, mais c’était auparavant un rêve remis à plus tard. Les témoignages de sa famille ont été particulièrement émouvants et bien accueillis par le public.

Son père a raconté qu’il avait étudié le commerce en Tunisie avant de partir pour Paris pour un master, où il a découvert le théâtre. À son retour, il a annoncé à sa famille son désir de devenir acteur professionnel, une décision inattendue pour eux.

Après une carrière solide, il s’engage dans un nouveau défi, celui de l’écriture. « Nous pensions qu’il avait trouvé sa voie, mais il continue à explorer de nouvelles pistes », a précisé son père. Ses deux fils ont également exprimé leur admiration et leur soutien envers lui, l’encourageant dans ses ambitions.

Au-delà de l’aspect littéraire et artistique de la présentation de « Me Habitech », des messages inspirants ont été mis en avant : oser explorer de nouveaux chemins, croire en soi et en ses rêves, même tardivement, et les réaliser.