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Guerre en Iran : Le départ de Joe Kent va-t-il révéler des fissures ?

Joe Kent a quitté son poste à la tête du centre national de contre-terrorisme américain mardi, alors qu’il faisait l’objet d’une enquête du FBI pour avoir communiqué des éléments confidentiels à la presse. Selon Marie-Christine Bonzom, il y a un débat au sein du parti républicain sur l’évolution du mouvement, surtout en cas de défaite aux élections de mi-mandat.


Le départ de Joe Kent, mardi, de son poste de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme des États-Unis, survient en pleine intensification des tensions liées à la guerre en Iran, à un moment politiquement délicat pour Donald Trump. Cette démission, bien que discrète, met en lumière les divisions au sein d’un bloc trumpiste qui semble moins uni qu’il n’y paraît.

Joe Kent, ancien militaire chevronné, n’était pas une personnalité médiatique marquante. En annonçant sa démission, il a évoqué la guerre en Iran comme un sujet de préoccupation. Le jeudi suivant, le FBI a révélé qu’il était sous enquête pour avoir divulgué des informations confidentielles à la presse, enquête qui avait été lancée avant son départ. Marie-Christine Bonzom, politologue spécialiste des États-Unis, se demande si cette démission était une manière pour lui de quitter la scène avant que les détails de l’enquête ne soient révélés, ou si ces informations ont été communiquées à la presse par la Maison Blanche dans le but de le discréditer.

Derrière ce départ, se cache un débat plus large au sein de la coalition qui a conduit Trump à la présidence. La guerre en Iran met en exergue les tensions internes au sein du mouvement « America First ». Selon le chercheur Romuald Sciora, plusieurs conseillers de Trump, des membres du Pentagone et des partisans de son mouvement s’opposent à cette guerre. Il estime que Trump s’est lui-même piégé en cherchant à obtenir un accord à présenter à ses électeurs, se retrouvant désormais dans un conflit aux objectifs flous. Ce contexte pourrait pousser sa base plus engagée à se retourner contre lui, selon Sciora, qui estime que Trump traverse l’une des périodes les plus périlleuses de sa carrière politique.

Ce malaise est également palpable parmi des figures médiatiques et politiques proches de Trump, comme Tucker Carlson, Megyn Kelly et Marjorie Taylor Greene, qui ont durement critiqué cette opération militaire. Cette opposition constitue une ligne rouge pour une partie de l’électorat qui avait reçu de Trump la promesse de mettre un terme aux interminables conflits au Moyen-Orient.

Marie-Christine Bonzom fait remarquer qu’il y a une évolution significative non seulement au sein du mouvement MAGA, mais aussi dans la société américaine en général, particulièrement concernant Israël et une aversion croissante à l’égard de l’influence de son lobby sur la politique étrangère des États-Unis. Ce rejet est particulièrement marqué parmi les jeunes électeurs, qui avaient pourtant soutenu Trump, et que les démocrates cherchent à séduire.

Les élections de mi-mandat en novembre et le lancement de la campagne présidentielle pour 2028 marquent également le début de l’après-Trump. L’objectif de Trump et de J. D. Vance était de contester les résultats des élections de mi-mandat, perdus par le camp présidentiel en fonction. Il serait en effet plus aisé de les contester s’ils perdent quelques sièges plutôt qu’en cas de défaite massive. Certains départs s’inscrivent dans cette dynamique de l’après-Trump. En 2016, Trump était mal entouré ; aujourd’hui, l’extrême droite américaine, avec des penseurs influents, cherche à s’installer durablement au pouvoir.

Marie-Christine Bonzom confirme qu’il existe un débat au sein du Parti républicain sur l’évolution du mouvement, surtout en cas de défaite aux élections de mi-mandat. Ce ne serait pas nécessairement la fin du trumpisme, mais plutôt un trumpisme sans Trump, revêtu d’un autre nom. Il conviendra de surveiller les trajectoires de J. D. Vance et de Tulsi Gabbard, directrice du renseignement américain, tous deux anciens militaires opposés aux « guerres sans fin » et jusqu’à présent discrets depuis le début du conflit, tentant de naviguer habilement entre deux mondes tout en ayant des ambitions présidentielles.

Question d’un effritement durable du trumpisme, cela semble encore prématuré. Malgré les critiques, la popularité de Donald Trump reste relativement stable, avec un taux d’approbation d’environ 42 %, similaire à celui de Barack Obama à la même période de son second mandat. « Cela fait dix ans qu’on annonce la mort de Trump, » rappelle Romuald Sciora. « S’il parvient à se sortir de cette situation par une pirouette, sa base lui pardonnera. »