« 30 % des consommateurs de produits halal ne sont pas musulmans »
Micka, Perpignanais de 20 ans, considère que le fait que le Quick qu’il mange soit au 100 % halal ne change pas son goût, affirmant que « le Long Chicken a le même goût que lorsqu’il n’était pas halal ». Selon Bernard Boutboul, président du cabinet Gira Conseil, environ 30 % des consommateurs réguliers de produits halal en France ne sont pas de confession musulmane, représentant ainsi environ trois à quatre millions de clients.
« Un Long Chicken, ça reste un Long Chicken. » Alors qu’il commence à dévorer son sandwich, Micka, un jeune homme de 20 ans originaire de Perpignan, n’éprouve pas de doute. Pour lui, savoir que le Quick qu’il est en train de manger est 100 % halal n’est pas une information pertinente. « Ça n’a pas d’importance. Le Long Chicken a le même goût que lorsqu’il n’était pas halal », affirme-t-il, fort de son expérience avec de nombreux burgers.
Comme Micka, 30 % des consommateurs réguliers de produits halal en France ne sont pas de confession musulmane, selon Bernard Boutboul, président du cabinet Gira Conseil, spécialiste de la consommation hors domicile. Ce chiffre représente environ trois à quatre millions de clients. « C’est un marché qui grossit d’année en année », souligne l’expert. Le secteur halal pèse aujourd’hui entre 5,5 et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Les ventes de produits halal en grande distribution ont également augmenté de plus de 12 % en 2024, ce qui en fait l’une des croissances les plus rapides du secteur agroalimentaire.
« Ce n’est pas un choix religieux mais pratique », ajoute Bernard Boutboul. Une étude du Crédoc, intitulée *L’alimentation “communautaire” s’inscrit-elle dans le développement de la consommation engagée ?*, révèle que 45 % des personnes interrogées affirment avoir consommé des produits halal « par hasard ou par indifférence », tandis que seulement 21 % le font pour des « motifs religieux ». Cette même proportion s’applique aux produits casher, avec 41 % des consommateurs adoptant également une approche « par hasard ou indifférence ».
« Dans certains quartiers, la majorité des commerces sont halal – boucheries, kebabs, snacks. Les habitants achètent simplement ce qui est à proximité. Ce n’est pas un choix religieux, c’est un choix pratique », analyse Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) et autrice du livre *Djihad par le marché* (2025, Éditions Odile Jacob). La décision de Micka est donc davantage influencée par Google Maps que par des considérations religieuses. « J’habite à côté. Je ne vais pas parcourir toute la ville à la recherche d’un Quick qui n’est pas halal, juste parce que je ne suis pas converti. Ce n’est pas réservé aux musulmans, que je sache ! »
Bernard Boutboul, qui a analysé le passage au halal de Quick et de KFC, partage cette observation : « La génération Z ne comprend même pas pourquoi on se pose la question. Pour eux, c’est un peu un non-sujet », explique-t-il. Azeddine Bahi, directeur général de l’ARGML, l’un des leaders de la certification halal en France, exprime son enthousiasme : « Chaque année, on a de plus en plus de partenaires, la demande ne fait que croître. Aujourd’hui, on couvre 187 restaurants Quick. Et Isla Delice représente 50 % des parts de marché en charcuterie. »
Pour ces entreprises, ce choix s’avère payant : elles conservent la majorité de leur clientèle, souvent indifférente au fait que les produits soient halal, tout en attirant un nombre croissant de consommateurs pratiquants. En janvier 2026, KFC a annoncé que 24 de ses restaurants, sur un total de 400 en France, deviendraient 100 % halal. Five Guys et Pizza Hut suivent également cette tendance. Selon Nicolas Nouchi, directeur des études de Strateg’eat, un établissement de restauration rapide qui passe au halal enregistre en moyenne une augmentation de 30 % de son chiffre d’affaires.
Cependant, le sujet suscite des débats, notamment sur le plan politique. Lorsque KFC a annoncé sa volonté de convertir certains de ses restaurants, la marque a été critiquée par plusieurs élus du Rassemblement national. « Il peut y avoir un effet repoussoir », confirme Bernard Boutboul. Face à ces controverses, certaines enseignes « ne révèlent pas toujours qu’elles sont halal. La majorité ne le dit pas ». Pourtant, selon l’expert de Gira, 90 % des nouveaux fast-foods sont halal, ainsi que 90 % du poulet hors domicile. Plus il y a de commerces, plus il y a de consommateurs non-pratiquants.
L’absence d’alternatives est souvent cité comme un motif par le Crédoc. C’est le cas de Bastien, qui achète régulièrement du poulet halal en supermarché, ne trouvant pas de produits non-halal, souvent épuisés en raison de la tendance fitness et de la recherche de protéines. L’achat de nourriture halal peut également être occasionnel. « Quand on a des amis, un partenaire, ou des voisins musulmans, le plus simple pour partager un repas, c’est de choisir du halal. On suppose que tout le monde peut en manger, donc ça résout la question », explique Florence Bergeaud-Blackler.
Un autre facteur, et non des moindres, est le prix. C’est l’un des motifs les plus fréquemment cités dans l’étude du Crédoc (17 % des répondants). Produit en gros, avec une offre en hausse, le halal est souvent moins cher. Une étude d’Halaltest de 2025 a montré qu’à Lyon, le kilo d’agneau dans une boucherie halal coûtait en moyenne 9,90 euros, contre 12,50 euros dans une boucherie non-halal.
Enfin, le halal bénéficie d’une image favorable. Selon le Crédoc, 21 % des consommateurs choisissent le halal « parce qu’il a meilleur goût ». « Certains consommateurs pensent que halal signifie meilleure qualité ou plus naturel, ce qui est faux », nuance Florence Bergeaud-Blackler. Une analyse également confirmée par Bernard Boutboul : « La qualité du halal comme du non-halal dépend du fabricant. » Quoi qu’il en soit, Micka reste convaincu : halal ou pas, son burger a exactement le même goût.

