Procès des bébés congelés : désertion, viols incestueux, Aurélie S. en question.
A la cour d’assises du Vaucluse, Aurélie S., 45 ans, est accusée du meurtre de deux de ses bébés, qu’elle a ensuite conservés dans un congélateur. Le procès est prévu pour durer jusqu’au 27 mars.

À la cour d’assises du Vaucluse,
« Mais alors, doit-on choisir la réponse qui nous convient ? », interroge la présidente de la cour d’assises du Vaucluse, qui a commencé ce jeudi à juger Aurélie S., 45 ans, accusée du meurtre de deux de ses bébés, mis au congélateur après leur naissance.
L’accusée venait de fournir des explications confuses concernant un accouchement sous X à Valréas, son troisième enfant, après la naissance de deux de ses filles, parties civiles dans ce procès, et avant d’avoir donné naissance aux deux nourrissons au centre de ce dossier.
Des déclarations fluctuantes
« Je ne sais pas… Je ne me sentais pas… C’est compliqué… J’avais déjà deux filles à gérer… J’avais…. […] J’ai pris ma décision. » Peu auparavant, Aurélie S., portant un chemisier blanc et un pull noir, avait déjà indiqué que son compagnon de l’époque était au courant de sa grossesse et enthousiaste à l’idée de devenir père.
« Alors vous partez à l’hôpital pour accoucher et vous revenez sans l’enfant et le père ne dit rien ? » « Voilà, oui », répond-elle en croisant les mains devant elle et en malaxant sa manche, laissant entrevoir des bagues tatouées sur ses doigts. « Ce n’est pas possible », souligne la présidente, incrédule, qui enchaîne : « En audition, vous avez mentionné des menaces de mort du père, qui ne voulait pas de l’enfant. Pourquoi n’en parlez-vous pas ? » « Si. Il m’avait bien menacé. Il m’a dit : » si tu rentres avec le petit, je te tue » », corrige l’accusée.
Au cours de cette première journée d’audience, consacrée à l’enquête de personnalité d’Aurélie S., le doute s’est progressivement installé sur chacune de ses déclarations, dont les versions évolutives sont parfois contradictoires avec ses auditions, bien avant que le fond du dossier ne soit abordé la semaine prochaine.
Un premier enfant à l’armée
Aurélie S. a grandi à Mazan (Vaucluse) dans « une famille unie, aimante, soutenante », décrit l’enquêtrice de personnalité, qui qualifie l’accusée de « polie », « discrète », « calme » et « respectueuse ». Elle conclut néanmoins en s’interrogeant sur « son rapport aux hommes ». « Elle me dit être toujours tombée sur de mauvaises personnes, avec un même schéma récurrent : alcool, drogue et infidélité, mais sans jamais se questionner sur son éventuelle part de responsabilité », indique l’enquêtrice, notant une personnalité « instable » et parfois « dépassée ».
Aurélie S., consommateur de stupéfiants, explique avoir commencé à fumer des joints à 15 ans et ne pas avoir vraiment décroché jusqu’à sa détention. Bonne élève jusqu’en 3e, scolarisée dans une école privée catholique, Aurélie est finalement orientée vers une filière professionnelle avant d’intégrer l’armée en 2001, où elle rencontre le père de son premier enfant.
Sa relation de deux ans est marquée par des violences conjugales de la part de son compagnon militaire, consommateur de cocaïne et d’ecstasy, qui « me rabaissait, m’insultait et me frappait », raconte-t-elle, avant de déserté l’armée à la suite de sa grossesse, puis de négocier une démission. Elle semble alors perdre le fil de sa vie, enchaînant déménagements, partenaires et grossesses, sans parvenir à s’installer sur le plan professionnel, ce qui l’amène à alerter les services sociaux à cause de ses difficultés financières.
Une nouvelle relation s’accompagne d’un nouvel épisode confus, concernant la naissance de sa troisième fille, Maëlle, dont l’accusée assure avoir informé le père : « Je lui ai dit, mais bien après sa naissance alors qu’un soir on discutait par sms. » « Il a pourtant découvert en cours de procédure qu’il était le père, le message n’était manifestement pas bien passé », rétorque la présidente. Silence de l’accusée qui ne réagit pas.
« Je suis détruite de toute façon »
Lors de cette première journée d’audience, il a également été beaucoup question des viols répétés que dit avoir subis l’accusée entre 8 et 13 ans, de la part « d’un cousin » de trois ans son aîné, dont elle n’a jamais voulu révéler l’identité.
« Pourquoi ? », demande l’avocat général. « Pourquoi ne pas avoir dit de qui il s’agissait ? Vous indiquiez vous être confiée à l’époque à une amie qui vous aurait ri au nez sans la citer ? Pourquoi, pourquoi personne ne peut corroborer ces faits ? », insiste l’avocat général alors qu’Aurélie se pince les lèvres, avant de laisser couler des larmes jusqu’à son menton tremblant.
« Elle s’appelle Emilie R. », finit par lâcher Aurélie dans un sanglot, avant de se reprendre : « Je ne voulais pas détruire ma famille, mes parents. » Mais « c’est vous qui allez être détruite », réplique le magistrat. « Je suis détruite de toute façon », murmure l’accusée en s’enfonçant dans sa chaise au fur et à mesure de la poursuite de l’audience.
Se succèdent alors à la barre comme témoins de personnalité la sœur d’Aurélie S., qui évoque des confessions de ses nièces concernant « violence domestique, mensonge et manipulation », puis son père et sa mère. Bras croisés, chaussures cirées, le père soutient que sa fille accusée s’est toujours bien occupée de ses enfants : « C’était une maman poule, on ne peut pas lui reprocher ça ».
Concernant les viols incestueux, visiblement, ni sa sœur, ni son père ne croient l’accusée. Et face à cela, Aurélie S. reste impassible, affalée sur sa chaise avec la tête soutenue par son poing fermé, les larmes aux coins des yeux. Des larmes qui finiront par couler abondamment lorsque ces viols sont évoqués devant sa mère, qui se met alors à vaciller à la barre.
Sur le banc des parties civiles, les trois filles d’Aurélie ont pu suivre les débats avec un apparent détachement, contraste marqué avec les deux pères des nourrissons congelés, restés avec les mâchoires serrées et les regards sombres dirigés vers le box des accusés. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 27 mars.

