Jeudi en Prime : Gert Vercauteren de l’OCAM souligne une menace grave
Une explosion s’est produite devant la synagogue de Liège il y a une dizaine de jours, et l’attaque a été revendiquée dans une vidéo. Selon Gert Vercauteren, le patron de l’OCAM, la communauté juive, israélienne représente, en règle générale, entre 15% et 20% de leurs signalements de menaces.
La communauté juive, la cible la plus visée dans les signalements de menace
Il y a dix jours, une explosion a eu lieu devant la synagogue de Liège. Cette attaque a été revendiquée dans une vidéo. À partir de lundi, des militaires seront déployés dans les rues pour sécuriser les lieux fréquentés par la communauté juive. Cette décision a été prise par le gouvernement, qui s’appuie sur l’analyse de la menace terroriste réalisée par l’OCAM. « Il y a toujours des menaces à l’encontre de la communauté juive, israélienne », déclare Gert Vercauteren, le directeur de l’OCAM. « Dans nos signalements de menaces, la communauté juive, israélienne, représente, en règle générale, la cible la plus importante. Actuellement, cela représente entre 15% et 20% de nos signalements de menaces », précise-t-il.
Gert Vercauteren souligne que la guerre en Iran a également augmenté ces menaces. « Parce que l’Iran a fait appel à ses adhérents, à ses sympathisants, à frapper les intérêts israéliens, juifs et américains partout dans le monde », ajoute-t-il. « Cela peut évidemment aussi toucher notre pays, comme les événements de Liège l’ont déjà prouvé », complète-t-il.
Attaque de la synagogue de Liège : des liens avec l’Iran ?
Depuis deux ans et demi, l’OCAM a établi le niveau de menace en Belgique à 3 sur une échelle de 4. Le contexte actuel justifie-t-il un changement de niveau ? « Je crois qu’il reflète assez bien la situation actuelle. Cela signifie que la menace est grave et qu’un attentat est toujours possible », répond Gert Vercauteren.
L’OCAM, qui s’appuie sur des informations provenant des services de renseignement et des forces de police, a pris en compte dans sa dernière évaluation de la menace les récents événements, notamment l’attaque de la synagogue de Liège, dont l’enquête est toujours en cours. Cette enquête est d’ailleurs liée à celle concernant des faits similaires survenus à Rotterdam. « On semble être en présence d’un réseau ou de réseaux de proxys, de personnes qui ont suivi l’appel de l’Iran à frapper les intérêts juifs israéliens, » explique le directeur de l’OCAM. Les auteurs de ces actes sont-ils des relais de l’Iran dans nos régions ? « C’est ce qu’ils veulent nous faire croire. Il y a des revendications avec un logo d’une milice chiite irakienne, un groupe peu connu jusqu’ici. C’est clair qu’ils veulent au moins faire passer le message qu’ils agissent sous inspiration de cet appel de l’Iran », continue Gert Vercauteren.
Le directeur de l’OCAM rappelle qu’en 2018, l’Iran avait tenté de commettre un attentat en France contre des opposants à son régime, un attentat déjoué par les autorités belges. « C’était organisé par un diplomate stationné à Vienne, qui a passé beaucoup de temps en Belgique et qui a été condamné, » explique Gert Vercauteren. « Avant cela, ils ont utilisé des réseaux criminels, par exemple pour commettre des assassinats contre des membres de la dissidence iranienne, notamment aux Pays-Bas. Donc, c’est certain qu’ils ont des capacités à frapper partout dans le monde », ajoute le responsable de l’OCAM.
10 ans après les attentats de Bruxelles, la menace a évolué
Il y a dix ans, Bruxelles a été touchée par des attentats à l’aéroport de Bruxelles et à la station de métro Maelbeek. À l’époque, la menace djihadiste provenait notamment de Syrie. « La menace djihadiste islamiste est toujours la principale, mais elle est beaucoup moins prépondérante qu’avant », affirme Gert Vercauteren. Il explique que l’on observe actuellement une « diversification de la menace », avec « une réapparition de l’extrémisme de droite et de gauche ». S’ajoutent aujourd’hui « l’anti-establishment, une forme d’extrémisme qui s’est surtout manifestée pendant la période Covid, mais qui reste active », précise Gert Vercauteren.
Dans la base de données commune, qui contient des informations sur les personnes liées à l’extrémisme ou au terrorisme avec des intentions violentes, « nous avons 555 personnes. 85% sont des islamistes. Mais en plus, nous avons 45 extrémistes de droite, une quinzaine d’extrémistes de gauche et quelques individus de l’anti-establishment », relate le directeur de l’OCAM, pour illustrer cette diversification de la menace.
Que sait-on des Belges qui étaient partis en Syrie pour le djihad ?
À l’époque des attentats de Bruxelles, plusieurs Belges djihadistes étaient partis en Syrie, parfois avec leur famille. Certains sont toujours restés là-bas. Que sait-on d’eux ? « Nous avons une assez bonne vue sur les Belges présents sur place », confie Gert Vercauteren. « Nous savons, par exemple, que les hommes qui étaient en prison ont été, pour une grande partie, déplacés par les Américains vers l’Irak, sans doute parce que la situation sécuritaire est meilleure qu’en Syrie actuellement », précise le directeur de l’OCAM. « Pour le reste, dans les camps, nous avons encore huit femmes avec neuf enfants », ajoute-t-il, en signalant que la situation dans ces camps « est devenue assez instable ».
Selon Gert Vercauteren, la situation des Belges dans cette région est « bien suivie par nos services ».
Pour le directeur de l’OCAM, l’évolution de la situation en Syrie pourrait offrir « de nouvelles perspectives ». « Les autorités syriennes ont promis de reprendre le contrôle des camps et des prisons. Cela pourrait offrir des possibilités pour un jugement sur place. Il en est de même pour l’Irak », souligne Gert Vercauteren.
Des mineurs radicalisés
Une autre évolution, dix ans après les attentats de Bruxelles, est l’émergence de personnes radicalisées de plus en plus jeunes. Cela s’explique par des changements dans les vecteurs de radicalisation. « La radicalisation s’est déplacée vers une radicalisation en ligne », explique Gert Vercauteren. « En 2016, la radicalisation se passait souvent par des amis dans la vie réelle. Alors qu’aujourd’hui, dans la plupart des dossiers, on constate que la radicalisation se fait à travers des applications, les médias sociaux, dans le monde virtuel », commente le directeur de l’OCAM.
Une fois radicalisés via des contacts virtuels, que faut-il craindre de ces jeunes dans le monde réel ? « Ils se radicalisent en ligne, créent des liens, une nouvelle identité, et cela incite parfois à commettre un acte de violence dans la vie réelle », explique Gert Vercauteren, qui considère cela comme « très inquiétant ».
Que faire avec ces mineurs radicalisés une fois identifiés ? « L’approche est différente de celle des adultes », répond Gert Vercauteren. « Dans la stratégie TER », la stratégie contre le terrorisme, explique le directeur de l’OCAM, l’approche consiste à « accompagner les mineurs ». Les mesures mises en place sont de nature « sociopréventive ». « Il existe des parquets de jeunesse spécialisés, des juges de jeunesse spécialisés, ainsi que de nombreuses mesures spécifiques pour ces jeunes », poursuit Gert Vercauteren. « On n’oublie jamais que ce sont souvent des personnes qui sont encore en train de construire leur identité. On peut faire des erreurs à cet âge. Celles-ci sont des choses auxquelles nous pensons vraiment », précise le directeur de l’OCAM.
De manière générale, tant chez les mineurs que chez les adultes radicalisés, « il y a de nombreux cas dans la base de données commune qui montrent des problèmes psychologiques, dont certains propices à la violence », note Gert Vercauteren. Il est donc crucial de ne pas agir « uniquement de façon sécuritaire », mais aussi de « garantir un suivi psychologique adéquat ». Selon lui, il reste « encore des choses à améliorer » sur ce plan en Belgique.

