Procès Essid : « Ça aurait été mieux qu’ils nous tuent »… épreuve des esclaves sexuelles de Daesh
Au procès par contumace de Sabri Essid, jugé pour crime contre l’humanité et génocide, le président, Marc Sommerer, a déclaré : « Quand on devient président d’assises c’est qu’on a acquis de l’expérience, mais ce que vous avez raconté je ne l’avais jamais entendu ». Aveen, qui avait 21 ans lorsqu’elle a été arrachée à sa famille, a expliqué que, sur un souk de Deir ez-Zor, en Syrie, elle et d’autres femmes yézidies ont été vendues aux enchères entre « 25 et 30 combattants ».

À la cour d’assises spécialement composée de Paris,
Les salles des assises sont souvent témoins d’une multitude d’horreurs. Cependant, ce jeudi, lors du procès par contumace de Sabri Essid, un djihadiste français de premier plan jugé pour crimes contre l’humanité et génocide, aucun participant, pas même le président, n’a pu rester indifférent face à cette plongée dans l’inhumanité. « Quand on devient président d’assises, c’est qu’on a acquis de l’expérience, mais ce que vous avez relaté, je ne l’avais jamais entendu », a déclaré le magistrat.
L’horreur a fait irruption dans la vie d’Aveen* et Basi* – deux femmes yézidies – le 3 août 2014, lorsque les combattants de Daesh ont attaqué leur village, armés de lourdes armes et portant des drapeaux noirs. Ces hommes, n’invoquant que « Allah Akbar », se remémore Basi lors de son audition, ont infligé le pire cauchemar imaginable à ces femmes, les réduisant en esclaves sexuelles. « Cela aurait été mieux s’ils nous avaient tuées », déclare la femme coiffée d’un chignon noir, les yeux toujours pétillants malgré les souffrances endurées.
Un témoignage si pénible qu’il est lu par la cour
La suite des événements plonge dans l’indicible. Les souvenirs sont si traumatisants qu’elles peinent à les relater. C’est le président, Marc Sommerer, qui se fait leur porte-parole. Il évoque une vie d’esclavage sexuel, où elles ont été vendues comme des objets entre combattants de Daesh, passant d’une main à l’autre, soumises à des violences et des viols répétés, pendant plus de deux ans… Les deux femmes, aujourd’hui réfugiées à des milliers de kilomètres de l’île de la Cité à Paris, demandent justice. Leur force réside peut-être, sûrement, dans leurs enfants. Pour leur propre survie.
Dans le regard d’Aveen, silhouette frêle au visage marqué par la douleur, l’émotion est palpable. Ses yeux se baissent, ses mâchoires se serrent lorsque son passé est évoqué. Les fellations forcées. Les viols quotidiens. Sa fille, qui n’avait alors que deux ans – 13 aujourd’hui – était régulièrement arrachée de ses bras. Les jeunes filles étaient également soumises à l’arbitraire de ces djihadistes qui revendiquaient la volonté divine, tout en étant les agents du mal. La fille de Basi, Djami, « a été abusée sexuellement, réduite en esclavage et blessée lors de bombardements », raconte le président de la cour. Djami avait 11 ans en 2014 et a été séparée de sa mère à 17 ans.
Basi éclate en larmes en prononçant le nom d’Abou Saad, à qui son premier propriétaire l’a vendue après qu’elle ait refusé de coucher avec lui. « Tu vas le regretter, je vais te vendre à quelqu’un qui te fera pire que la mort », l’a menacée son tortionnaire. Les menaces ont été mises à exécution. « Nous aurions préféré être tuées plutôt que violées, c’est le pire crime qu’ils ont commis », s’effondre Basi. Âgée de quelques années de plus qu’Aveen, elle reste tout autant marquée.
Vendues aux enchères
Ces récits glaçants sont ponctués de hochements de tête et de « oui » en arabe, comme pour encourager le président à poursuivre, afin que cela cesse. Lorsque le président de la cour lui demande comment va sa fille aujourd’hui, Aveen fléchit. Après avoir réussi à retenir ses larmes, c’est cette question qui la fait craquer. « C’est très difficile parce que son papa n’est pas là, c’est très difficile pour elle », parvient-elle à répondre, les yeux embués. « Je ne peux pas ramener son père. »
Aveen avait 21 ans lorsqu’elle a été arrachée à sa famille, à son mari. Elle a été emmenée, avec d’autres femmes yézidies, sur un marché à Deir ez-Zor, en Syrie, pour être vendue aux enchères. Elles ont revêtu leurs plus beaux vêtements, retiré leur foulard et se sont fait photographier. « Entre 25 et 30 combattants nous regardaient et nous choisissaient », a-t-elle relaté. Certaines se coupaient les cheveux pour être rejetées par leurs acheteurs.
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Celui qui veut absolument acquérir Aveen, c’est Abou Attoum. Il a échangé sa voiture et son arme pour obtenir cette jeune femme, qu’il s’offre comme un jouet. Dans cette maison, se trouvent trois combattants djihadistes : Abou Attoum, Abou Dojanah – le nom islamique de Sabri Essid – et Abou Oussama.
Vendues et revendues
Elle sera la propriété tour à tour de plusieurs hommes, se revendant comme un vêtement usé dans une friperie, bien qu’elle reste dans la même maison. Ainsi, elle continue de croiser tous ses bourreaux. En un peu plus de deux ans – jusqu’à sa fuite inespérée grâce à un complice à l’extérieur – elle sera la propriété de neuf hommes qui feront d’elle ce qu’ils désirent. Certains lui donnent des pilules, d’autres refusent d’achever l’acte pour éviter une grossesse.
« Les rapports sexuels imposés étaient très douloureux, ils duraient longtemps, ça faisait très mal, je ne supportais pas », lit le président. Elle fixe le sol. « Oui, c’était très douloureux pour moi », confirme-t-elle. Sabri Essid refuse toute pénétration anale, affirmant que « c’est péché ». « Je pleurais pendant les viols et lui ne disait rien », cite encore le président de la cour. Un calvaire tout aussi insupportable pour Basi : « Ça a duré deux mois, c’était comme une souffrance de deux ans », résume-t-elle.
*Les prénoms ont été modifiés

