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Guerre en Iran : Le gaz est certain, mais le poisson coûtera-t-il plus cher ?

Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran a déjà entraîné une flambée des prix du pétrole et du gaz, impactant les prix à la pompe pour les Français. En 2024, les importations de produits de la mer en France représentaient 1,2 million de tonnes, selon les données de FranceAgriMer publiées en septembre 2025.


C’est un conflit qui ne risque pas de faire baisser le prix de la bouillabaisse. Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février dernier, pourraient se répercuter jusque dans les assiettes. Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, un passage stratégique essentiel pour le commerce mondial et le transport des hydrocarbures, a déjà provoqué une hausse des prix du pétrole et du gaz.

L’impact est palpable sur les prix à la pompe pour les Français. De plus, les produits alimentaires, en particulier le poisson, pourraient également connaître une augmentation des tarifs.

### Les pêcheurs restent au port

Les pêcheurs français tirent déjà la sonnette d’alarme : le prix du gazole marin approche un euro le litre, un seuil symbolique qui menace la rentabilité des entreprises. « Cela constitue l’un des principaux postes de dépense des entreprises de pêche pour assurer l’exploitation des navires. Lorsque les coûts du carburant commencent à dépasser les revenus que les pêcheurs peuvent tirer de la vente de leurs produits, cela conduit à des situations d’étranglement », explique Jérôme Jourdain, secrétaire général adjoint de l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF).

Nombre d’entre eux envisagent déjà de garder leurs bateaux au port pour limiter les pertes, avec des distinctions entre les pêcheurs en haute mer, qui consomment davantage, et les pêcheurs côtiers, qui nécessitent moins de carburant. « Nous sommes le premier maillon, si nous cessons de décharger les poissons, toute une filière en dépend : le port, la criée, le mareyeur, le poissonnier… jusqu’au consommateur », souligne-t-il. Les poissons issus de la pêche française pourraient donc manquer sur les étals, limitant l’offre face à la demande et entraînant mécaniquement une hausse des prix.

### Les importations touchées par les hausses

En France, 70 % des produits de la mer consommés sont importés, rappelle Jérôme Jourdain, provenant de pays européens ou extracommunautaires. En 2024, les importations ont atteint 1,2 million de tonnes, selon les données de FranceAgriMer publiées en septembre 2025. Cependant, cette part importée sera également affectée par les conséquences de la crise. En effet, les pêcheurs étrangers font face aux mêmes défis que les professionnels français. Par exemple, les pêcheurs thaïlandais restent déjà à quai, freinés par la hausse des prix de l’essence. D’autres marins sont également immobilisés dans les ports pour des raisons de sécurité, comme aux Émirats arabes unis ou à Dubaï. En outre, le coût du transport pour acheminer les poissons vers la France sera accrue par l’augmentation des hydrocarbures.

« L’autre risque est que, une fois que le navire est arrêté et que les trésoreries sont affaiblies, les activités reprendront-elles ensuite ? », s’inquiète Jérôme Jourdain, craignant une perte de souveraineté de la pêche française dans un secteur déjà très concurrentiel. Afin de limiter les préjudices sur la filière, il plaide pour des mesures « de court terme » permettant d’alléger le fardeau des professionnels et de permettre la sortie des navires, comme cela avait été fait au début de la guerre en Ukraine. Les pêcheurs français avaient alors obtenu de l’État une aide exceptionnelle équivalente à 35 centimes par litre.

Une réunion gouvernementale s’est déjà tenue vendredi dernier. Plusieurs options ont été évoquées par la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud : contenir les augmentations du prix à la pompe avec plus de clarté pour les professionnels, différer « des encours de prêts » bancaires et mettre en place à moyen terme « un système assurantiel » qui compenserait les variations de prix du carburant en cas d’envolée. Pour cette filière, déjà sévèrement éprouvée par les crises, du Brexit à la Covid-19, le temps presse. « Nous avons peu de possibilités d’attendre », conclut Jérôme Jourdain.