Attentats de Bruxelles : la Belgique a-t-elle progressé ? État de la menace actuelle ?
Thomas Renard, directeur du Centre international de lutte contre le terrorisme, a déclaré que « la menace liée à l’attentat est toujours là, vraisemblable et grave, mais est peut-être plus ciblée sur des cibles spécifiques comme les intérêts israéliens, juifs, et américains notamment ». En 2025, 555 extrémistes ont fait l’objet d’un suivi prioritaire, dont 86% étaient extrémistes islamistes.

Dix ans après les attentats de Bruxelles, quel est le bilan aujourd’hui ? Les mêmes événements pourraient-ils se reproduire ? « On ne doit pas vraiment craindre d’incident comparable aux attentats de Bruxelles de 2016 puisque, même si we restons sur un niveau de menace grave de 3 sur 4 selon l’Ocam, un niveau similaire à celui que nous connaissions en 2016 au moment des attentats, la menace d’aujourd’hui a fortement changé« , affirme Thomas Renard, directeur du Centre international de lutte contre le terrorisme. « En 2016, nous étions face à une organisation terroriste, à savoir l’Etat islamique, qui contrôle un territoire en Syrie et qui peut attirer, entraîner puis déployer des combattants. C’est ce que nous avons connu à Bruxelles et à Paris un peu avant. Ce scénario aujourd’hui n’est plus trop probable« . Cependant, « effectivement, il y a une menace qui persiste. Elle est plus complexe et diffuse. Nous avons face à nous encore une menace djihadiste qui reste mais qui est peut-être plus atomisée, plutôt le fait d’individus isolés qui se radicalisent derrière leur écran. Il y a aussi d’autres individus liés à d’autres idéologies. Et ces derniers temps, la menace liée à l’Iran et à la Russie est en recrudescence« . En résumé, « la menace liée à l’attentat est toujours là, vraisemblable et grave, mais est peut-être plus ciblée sur des cibles spécifiques comme les intérêts israéliens, juifs, et américains notamment« .
Cette année, il y a encore eu 94 dossiers ouverts par le parquet fédéral en matière de terrorisme. C’est 4 fois moins qu’en 2015-2016.
Frédéric Van Leeuw (procureur général)
« Le niveau 3, c’est quand même un niveau encore très haut« , ajoute le procureur général Frédéric Van Leeuw. « Je pense en effet que le risque 0 n’existe pas. Cette année, il y a encore eu 94 dossiers ouverts par le parquet fédéral en matière de terrorisme. C’est 4 fois moins qu’en 2015-2016, mais le fait que ce niveau de menace reste à ce stade montre la préoccupation d’essayer le plus possible d’empêcher que certaines choses se passent« . Et dans un cas sur quatre, les personnes interpellées dans les dossiers étaient mineures. C’est un nouveau phénomène« .
En 2025, 555 extrémistes ont fait l’objet d’un suivi prioritaire, soit 3% de moins qu’en 2024.
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86% étaient extrémistes islamistes;
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8% étaient extrémistes de droite;
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3% de gauche;
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Et les derniers 3% concernaient d’autres types d’extrémismes comme le terrorisme d’Etat ou le phénomène incel, les célibataires involontaires, une forme de misogynie qui repose sur la haine des femmes.
Parallèlement, l’Ocam, l’organe de coordination pour l’analyse de la menace, a reçu en 2025, 157 signalements de menace liés au terrorisme ou à l’extrémisme. C’est 26% de moins que l’année précédente. Sur ces 157 signalements :
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Deux tiers étaient vus comme des menaces faibles, soit de niveau 1;
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Un peu plus d’un tiers étaient assimilés à un niveau de menace moyen;
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Et 5% relevaient du niveau 3, le niveau de menace grave.
On l’a dit, il existe encore un quatrième niveau, c’est la menace jugée très grave et imminente. Aucun signalement n’y a été assimilé.
Qu’est-ce qui a changé ?
Suite aux attentats de Bruxelles, une commission parlementaire a été mise en place. « Cette commission s’est réunie pendant 20 mois, il y a eu 163 séances. Nous avons entendu 199 témoins différents, rédigé 1000 pages de conclusions et plus encore de recommandations« , détaille le bourgmestre de Liège qui a participé à la commission, Willy Demeyer. 46 d’entre elles concernaient plus spécifiquement les victimes, mais seules 7 auraient été suivies, d’après Valérie Gérard, avocate de l’association de victimes Life4Brussels. « Le bilan n’est pas suffisant, mais ce n’est pas un échec parce qu’il y a aussi beaucoup de choses qui ont été améliorées comme les secours, le soin des victimes, l’architecture de la sécurité et la radicalisation« , estime-t-il.
Nous avons fait des progrès dans le domaine de la sécurité, notamment sur le traitement et le partage de l’information
Eric Snoeck (commissaire général de la police fédérale)
« Nous avons fait des progrès dans le domaine de la sécurité, notamment sur le traitement et le partage de l’information« , précise Eric Snoeck, commissaire général de la police fédérale. « Avant les attentats de Bruxelles, nous avions encore un fonctionnement majoritairement dominé par un silo entre la police, la justice et les services de renseignement
« Depuis les attentats, des réponses certes partielles ont été apportées« , déclare Valérie Lescrenier, vice-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles en charge des Maisons de Justice (Les Engagés). « Je pense en particulier aux urgences collectives qui sont un nouveau processus de la Fédération Wallonie-Bruxelles mis en place en faveur des victimes. Cela permet à ces victimes d’avoir un référent unique pour les aider dans leurs démarches judiciaires, amener une aide sociale et psychologique. L’idée c’est aussi, au travers de ce référent unique, d’aiguiller les victimes vers toutes les autres personnes référentes par rapport aux questionnements qu’elles pourraient avoir
Par ailleurs, « le statut de victime ne s’arrête pas à une temporalité déterminée. Il est important que ce processus d’urgences collectives puisse être réactivé régulièrement en fonction d’événements anniversaires ou d’autres événements spécifiques que la victime vivrait« , conclut-elle. « On vient de l’activer dans le cadre du procès d’assises de Strépy-Bracquegnies qui va débuter et nous l’activons aussi dans le cadre du drame de Crans-Montana. L’engagement que nous prenons, c’est de l’évaluer avec les victimes. Je me rends compte que cette solution n’est pas complète, mais je pense qu’elle va dans le sens de ce qui est attendu par les victimes« .

