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L’Europe ouvre le marché automobile à la Chine et BYD : le piège du moteur thermique.

Certains constructeurs européens comme Stellantis et Mercedes ralentissent la cadence sur la voiture électrique, tandis que des marques comme BMW et Renault maintiennent le cap sur le 100 % électrique. Selon une analyse du média Automotive News, au début de l’année 2026, les constructeurs automobiles mondiaux ont enregistré environ 46 milliards d’euros de charges liées aux véhicules électriques après avoir surestimé la demande.


Certains fabricants européens, comme Stellantis et Mercedes, ralentissent leur production de véhicules électriques. Le retour des moteurs diesel et des gros V8 ne laisse pas de doute à ce sujet. Cependant, les experts avertissent que l’Europe fait un cadeau à la Chine, ce qui constitue un risque majeur pour la pérennité de l’industrie locale à long terme.

Les constructeurs automobiles traversent une phase de turbulences sans précédent concernant leurs modèles entièrement électriques. Face à des ventes moins dynamiques que prévu, plusieurs grands acteurs du secteur ont décidé de revoir leurs objectifs à la baisse.

Pourtant, cette décision pourrait s’avérer être un cadeau inattendu pour les fabricants chinois, qui n’ont aucune intention de ralentir leur production. Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research, résume la situation : « s’ils abandonnent maintenant, ils auront de plus gros problèmes dans cinq ans. »

### Des factures colossales et un marché coupé en deux

Les investissements massifs dans les véhicules électriques ont profondément impacté les finances des constructeurs. Début 2026, les fabricants automobiles mondiaux ont enregistré environ 46 milliards d’euros de charges liées aux véhicules électriques, ayant surestimé la demande, selon une analyse d’Automotive News.

L’addition est particulièrement lourde pour Stellantis, qui a dévoilé plus de 26 milliards de dollars de dépréciations après un retour sur ses ambitions électriques. D’autres géants, tels que Honda, General Motors et Ford, subissent aussi des pertes, au point que certains dirigeants, comme celui de Ford, expriment leur inquiétude face à la rapidité d’exécution de la concurrence asiatique.

Face à ces pertes financières à court terme, les stratégies des marques européennes sont radicalement divisées. D’un côté, Stellantis et Mercedes reviennent à des motorisations thermiques, justifiant cette décision par des préoccupations sur les ventes actuelles. Le marché électrique, bien qu’en croissance, est moins dynamique que prévu.

De l’autre côté, BMW et Renault continuent de croire fermement en l’électrique, même si elles doivent ajuster leurs prévisions temporelles en fonction de la réalité du marché.

La situation est compliquée par un marché mondial divisé. Aux États-Unis, la fin du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars entrée en vigueur en septembre 2025 fragilise l’électrification. Ferdinand Dudenhöffer décrit cette situation comme une « réalité à deux mondes », avec une Chine et une Europe qui continuent de s’électrifier pendant que les États-Unis se tournent de nouveau vers les moteurs à combustion.

On peut notamment observer le retour du moteur à essence V8 chez Stellantis aux États-Unis, ainsi que le retour du diesel dans le même groupe en Europe.

### Le piège d’un retour au thermique

Faire marche arrière sur l’électrique pour limiter les pertes financières semble être une solution simple, mais cette décision comporte des risques majeurs à long terme.

Les réglementations environnementales en Europe restent strictes, exigeant une réduction de 55 % des émissions de CO2 d’ici 2030, avec l’objectif de zéro émission pour 2035. Bien que l’Europe espère assouplir certaines règles au profit des moteurs traditionnels, les analystes craignent que cette oscillation n’entraîne un effondrement de l’industrie face à des concurrents déjà avancés.

Pedro Pacheco, vice-président de la recherche chez Gartner, est ferme sur la question de l’investissement. Selon lui, réduire les dépenses dans les véhicules électriques équivaut à compromettre l’avenir : « en fin de compte, même si un constructeur automobile veut s’éloigner des voitures électriques, il n’y a pas vraiment grand-chose d’autre comme technologie. »

Il est en effet nécessaire de maîtriser les voitures hybrides rechargeables ou les prolongateurs d’autonomie, ce qui demande une expertise similaire à celle des véhicules électriques. L’expert précise qu’une stratégie centrée sur les moteurs à combustion limiterait les fabricants à des marchés de niche en déclin, comme le luxe très haut de gamme.

### Les constructeurs chinois prêts à dévorer le marché

Alors que les marques européennes se trouvent « au milieu du pont » en raison d’un manque de direction stratégique claire, la concurrence chinoise continue d’accélérer.

Les fabricants asiatiques bénéficient d’importants avantages structurels en matière de coûts de production et voient leurs ventes exploser en Europe. Bien que certains de leurs véhicules présentent encore des défauts ergonomiques ou logiciels, leur rapport qualité-prix est très compétitif.

L’exemple le plus frappant est celui de BYD et de sa citadine Seagull, affichée à environ 10 000 dollars en Chine. Lors de son arrivée en France sous le nom de BYD Dolphin Surf, son prix atteint 19 990 euros, ce qui démontre l’intention de la marque de rivaliser avec des tarifs agressifs.

À ce prix, elle doit faire face à de sérieuses concurrentes européennes, comme la Renault 5 E-Tech ou la Citroën e-C3, mais la pression tarifaire est énorme.

Actuellement, le principal désavantage de la BYD Dolphin Mini sur le marché français est son absence de bonus écologique du fait de sa production en Chine. Cependant, cela pourrait changer, car BYD prévoit de commencer l’assemblage de ses modèles en Europe, bouleversant ainsi la situation.

### L’erreur d’analyse de la temporalité

Malgré les doutes actuels, la transition vers les véhicules électriques ne s’arrêtera pas. Jürgen Reers, responsable mondial de l’automobile chez Accenture, souligne que la croissance des véhicules électriques en Europe reste « très forte » à partir d’une base relativement basse.

D’après lui, la situation actuelle est plus une question de décalage temporel entre les attentes initiales et la réalité du marché. Réduire les investissements aujourd’hui pour soulager les bilans comptables revient à laisser le champ libre aux fabricants chinois, qui ont parfaitement saisi que la bataille de demain se joue avec la technologie d’aujourd’hui.