France

Prix des carburants : une station-essence de l’Aveyron n’a pas augmenté ses tarifs

Jacques Vaysse, président de la branche carburant de la Fédération nationale de l’automobile (FNA), maintient ses prix au litre à 1,78 € pour le gazole, 1,83 € pour le SP95 et 1,86 € pour le SP98. Ce mercredi, il a épuisé son stock de SP98 et a mentionné que le stock de diesel commence à bien baisser, nécessitant un réapprovisionnement à la fin de la semaine ou la semaine prochaine.

Les prix des carburants explosent, et les automobilistes en souffrent. Depuis le début du conflit en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, faire le plein sans affecter son livret A est devenu presque impossible. Presque ? Oui ! Car certains pompistes indépendants ont décidé de ne pas (encore) augmenter leurs prix. Parmi eux se trouve Jacques Vaysse, président de la branche carburant de la Fédération nationale de l’automobile (FNA) et responsable de la station-service Pareloup automobile à Salles-Curan (Aveyron), gérée par sa famille depuis 1935.

Jacques Vaysse a fait le choix de ne pas encore répercuter l'augmentation des prix du carburant sur les tarifs à la pompe.
Jacques Vaysse a fait le choix de ne pas encore répercuter l’augmentation des prix du carburant sur les tarifs à la pompe. - Jacques Vaysse

Ce mercredi, il propose des prix au litre défiant toute concurrence : 1,78 € pour le gazole, 1,83 € pour le SP95 et 1,86 € pour le SP98, bien en dessous des moyennes nationales. Selon l’AFP, celles-ci étaient, mardi, de 2,07 € le litre de gazole, 1,91 € le litre de SP95-E10 et 1,99 € le litre de SP98. Le pompiste explique ce choix au média 20 Minutes.

Comment parvenez-vous à afficher des prix si bas ?

Nous utilisons encore nos stocks, donc nous ne sommes pas pénalisés [par la hausse des prix du pétrole]. Étant quelque peu isolés, nous n’avons pas beaucoup de clients, ce qui nous permet d’écouler notre produit plus lentement. Nous avons acheté notre carburant à un prix moyen, donc nous ne spéculons pas et n’augmentons pas nos prix. Cela nous permet de garder une marge de 5 à 8 centimes en général.

Nous aurions pu vendre le gazole à 1,99 € le litre, personne n’aurait rien dit. Mais pour nous, c’est une question de morale. Dans l’Aveyron, les gens ont besoin de carburant pour aller travailler. Comme nous sommes un peu éloignés, certains parcourent 80 km par jour pour se rendre au travail. Sans carburant, ils ne peuvent plus payer leur loyer ni vivre. Nous avons la possibilité de faire cela sans réduire notre marge. Je trouve cela juste, tout simplement. Tout le monde aurait dû agir de la même manière.

Mais tout changera lorsque vous devrez vous réapprovisionner…

Lorsque je ferai un nouvel approvisionnement, le prix de vente dépendra du prix d’achat, auquel s’ajoutent ma marge et le coût du transport. Si demain il y a rupture de stock, nous devrons augmenter nos prix. Je vais acheter le gazole 30 ou 40 centimes de plus, donc je devrai le vendre 2,20 € ou 2,30 €, sans augmenter ma marge. Mais si la situation redevient normale, mes prix seront plus élevés que ceux des grandes surfaces qui écoulent leur stock rapidement, car nous mettons plus de temps à écouler le nôtre. J’aurai alors un décalage de trois semaines à un mois. Aujourd’hui, je suis perçu comme le bon de la profession, mais demain, je serai le vilain petit canard.

Il sera difficile d’expliquer à mes clients qu’on passe de 1,78 € à 2,20 € ou plus. Mais ils comprennent, c’est un dialogue quotidien. Nous verrons le moment venu. Nous avons épuisé le SP98 ce [mercredi] matin. Il nous reste encore du SP95, mais le stock de diesel commence à diminuer. Nous devrons nous réapprovisionner à la fin de cette semaine ou la semaine prochaine. Une décision devra être prise : si les prix continuent d’augmenter, allons-nous décider de ne pas nous approvisionner pour ne pas avoir à vendre le carburant à 2,20 € ou 2,30 € ? Ou allons-nous commander une petite quantité pour éviter d’être piégés si les prix baissent entre-temps ? L’arbitrage se fera au moment de l’achat.

Comment réagissent vos clients en voyant les prix affichés ?

Ils me disent un mot magique : « merci ». En temps normal, la différence de prix entre les grands distributeurs et moi est en moyenne de 5 centimes, soit l’équivalent d’un café à 2 € pour un plein de 40 litres. Actuellement, ça représente le prix d’un repas. Pour moi, c’est important, surtout étant un petit commerce familial, où il existe une relation de confiance avec les clients. Je fais la bise à tout le monde, les personnes âgées du coin me donnent leur code de carte pour payer, et je reçois régulièrement des cadeaux pour mes employés…

En effet, nous fermons la nuit pour préserver le carburant pour nos clients réguliers. Si quelqu’un doit « faire une affaire », je préfère que ce soit eux plutôt que le client qui se rend au supermarché et m’abandonne pour 5 centimes de différence. Je ne souhaite pas que ces clients profitent de la grande différence de prix actuelle, je préfère la réserver à mes habitués. Ils sont fidèles, donc nous leur rendons la pareille lorsque nous le pouvons.