Belgique

Un jour, une carte : après le Brexit, le Polexit ?

Près d’un Polonais sur quatre soutient l’idée d’un Polexit, selon un sondage réalisé fin décembre, alors qu’il y a quelques années, seulement 10% le souhaitaient. En 20 ans, la Pologne a reçu environ 268 milliards d’euros de l’Union européenne, et le solde net, après déduction des contributions au budget européen, dépasse 167 milliards d’euros.


Près d’un Polonais sur quatre est favorable à l’idée d’un Polexit, contraction de « Pologne » et « exit ». C’est ce qui ressort d’un sondage réalisé fin décembre, marquant un tournant significatif. Il y a quelques années, seulement 10 % des Polonais exprimaient ce souhait. À présent, dans les zones rurales, ce chiffre atteint 35 %. Chez les électeurs du PiS (le parti national-conservateur), près d’un sur deux partage cette opinion.

Comment expliquer cette évolution ? D’abord, un contexte politique tendu s’installe en Pologne. Le pays est divisé entre deux visions opposées : un Premier ministre europhile, Donald Tusk, et un président eurosceptique, Karol Nawrocki. Bien que le PiS soit actuellement dans l’opposition, il demeure une force incontournable. Parallèlement, l’extrême droite se renforce, notamment avec l’alliance Konfederacja qui émerge et se classe désormais troisième dans les sondages. Cela crée un terrain politique de plus en plus propice à ce genre d’idées.

Ce phénomène s’est illustré fin décembre, lorsque des vidéos ont circulé sur TikTok. Des jeunes femmes polonaises, au style d’influenceuses, appelaient à quitter l’Union européenne. En deux semaines, leurs vidéos ont été vues plus de 200 000 fois. Pourtant, ces femmes étaient des créations d’intelligence artificielle, suggérant une opération vraisemblablement orchestrée par des réseaux russes. À la demande du gouvernement polonais, TikTok a finalement supprimé le compte en question.

Le Premier ministre Donald Tusk a tiré la sonnette d’alarme le 15 mars, affirmant que la menace d’un Polexit a franchi un nouveau seuil. Deux jours plus tôt, le président Nawrocki avait surpris en opposant son veto au programme européen SAFE, censé allouer 44 milliards d’euros à la Pologne pour la modernisation de son armée. Il a justifié sa décision en indiquant qu’accepter cet argent équivalait à accepter la mainmise européenne sur la défense nationale. Pour Tusk, cela illustre la pression d’influences étrangères et locales qui cherchent à affaiblir l’Union européenne.

La Pologne a bénéficié de manière substantielle des fonds européens depuis son adhésion, avec environ 268 milliards d’euros reçus en 20 ans selon Radoslaw Sikorski, ministre polonais des Affaires étrangères. Après prise en compte des contributions budgétaires, le solde net dépasse 167 milliards d’euros. Une sortie de l’Union pourrait entraîner une baisse du PIB de 4 à 7 % dans les premières années.

Ainsi, la Pologne aurait beaucoup à perdre, et le risque n’est pas seulement économique, mais aussi stratégique. Contrairement au Royaume-Uni, la Pologne n’est pas isolée géographiquement et se trouve en première ligne face à la Russie. Une sortie de l’Union reviendrait à s’isoler davantage et à dépendre encore plus de la protection américaine, dont l’avenir est de plus en plus incertain.

Actuellement, le Polexit semble improbable, perçu comme une idée surtout brandie par certains pour des raisons électorales. Cependant, le risque est que, répétée suffisamment de fois, cette idée devienne envisageable. Le même scepticisme entourait le Brexit avant qu’il ne se réalise.