10 ans des attentats de Bruxelles : un documentaire « Mémoires à vif » pour se souvenir
Le 22 mars 2016, des milliers de Bruxellois prennent le métro et se rendent à leur travail, tandis que, vers 8 heures, le bruit de la routine est remplacé par l’effroi et les sirènes d’ambulances. Dix ans plus tard, la mémoire du 22 mars reste vive, se logeant dans les souvenirs et rappelant l’importance d’écouter celles et ceux qui vivent avec les traces de cet événement.
Il existe des matins qui semblent identiques aux autres jusqu’à ce qu’ils deviennent inoubliables. Le 22 mars 2016, des milliers de Bruxellois utilisent le métro, conduisent leurs enfants à l’école, se rendent au travail. Certains s’enregistrent pour des vols, d’autres traversent le hall des départs, valise à la main.
Vers 8 heures, le temps s’arrête. Le bruit habituel de la capitale disparaît, remplacé par la terreur, les sirènes d’ambulances, les flashs d’informations et les éditions spéciales. La nation tout entière est sous le choc. L’annonce pèse lourdement sur le cœur de chaque Belge.
Ce jour-là, des vies ont été bouleversées. Des existences désormais définies par un avant et un après, où il ne s’agit plus seulement de vivre, mais de survivre, d’accepter, de tenter de se reconstruire, comme le décrit Sandrine, présente dans le métro à Maelbeek au moment des événements.
» C’est douloureux parce qu’on a envie de reprendre sa vie et on y arrive pas. »
### Une mémoire partagée
L’histoire du 22 mars appartient à chacun d’entre nous. Nous nous souvenons où nous étions, ce que nous faisions, et ce que nous avons ressenti lorsque le terme “attentat” a commencé à circuler dans toute la Belgique. Dix ans après, le pays est toujours marqué par cette journée tragique, et certains portent encore les cicatrices de ce bouleversement.
» Ça a détruit une partie de nous, c’est une cicatrice qui reste ouverte, une blessure qui sera là à vie. »
Loubna, Jaana, Sandrine, Katrijn, Edmond, Marjan, Christelle, Michel et Louis font partie de ceux dont la vie a basculé ce jour-là. Survivants ou proches de victimes, ils racontent aujourd’hui cet » après » qui s’est imposé à eux, parfois en silence, parfois à travers leurs mots.
### Des questions sans réponse
Pour les victimes et leurs familles, les jours suivants ont été rythmés par l’attente et l’incertitude. L’hôpital, la recherche de proches, les formalités administratives, les questions restées sans réponse.
» Ils ne vous disent pas qu’ils sont morts. La seule chose qu’ils disent, c’est qu’ils ne sont pas à l’hôpital. »
Edmond et Marjan relatent leur long chemin pour retrouver leurs deux enfants, apprenant leur décès plus de trois jours après le drame. » Je sais que ce ne sont pas les seules personnes qu’ils ont tuées, bien sûr que non. Mais il se trouve que c’était mes enfants « , confie Marjan.
### Vivre avec les séquelles
Puis vient le temps de la reconstruction, un processus long, fragile et complexe. Certaines blessures physiques guérissent, mais d’autres traces perdurent, dans le corps, dans la mémoire, dans le quotidien. Katrijn, qui était à Zaventem lors des explosions, raconte avoir perdu 30 kilos, étant nourrie par intraveineuse, incapable de manger sans se souvenir de ce matin-là.
» J’ai un sentiment de culpabilité parce que j’étais assise en train de manger quand ça s’est passé. »
De son côté, Christelle, présente dans le métro à Maelbeek, parle de ses acouphènes permanents et des difficultés à supporter le bruit et le silence : » Accepter le handicap, ce n’est pas évident pour moi. J’ai vraiment encore du mal avec mes problèmes auditifs, le fait de porter des appareils, de ne pas entendre tous les bruits. »
Dix ans plus tard, la mémoire du 22 mars reste vive. Elle s’enracine dans les souvenirs, dans les familles, dans la ville même, dans ces gestes quotidiens qui évoquent soudain une odeur, une image, un bruit. Elle rappelle aussi l’importance d’écouter celles et ceux qui continuent à vivre avec ces traces, visibles et invisibles.
Le documentaire *Mémoires à vif*, réalisé par Malika Attar et coproduit par la RTBF, donne la parole à ces survivants et aux proches des victimes. Une immersion sensible dans les empreintes laissées par le 22 mars, à découvrir dès le mercredi 18 mars en streaming sur RTBF Auvio et à 20h15 sur RTBF La Une.

