Shahed, FPV et drones intercepteurs : la guerre des drones Russie-Ukraine expliquée
Le 16 mars dernier, les villes de Kharkiv et Kiev ont subi une attaque de drones en pleine journée. Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’intégralité de l’oblast de Lugansk est sous contrôle russe, et 20% de la province de Donetsk est encore sous contrôle ukrainien.
« La guerre a beaucoup changé. Au début, c’étaient des drones contre des humains, des soldats et des chars. Maintenant, c’est surtout des drones contre d’autres drones« , indique à l’AFP un commandant adjoint d’une unité antiaérienne ukrainienne. Le 16 mars dernier, Kharkiv et Kiev, la capitale, ont subi une attaque de drones en pleine journée. « Une fois le soleil tombé, on entend le bourdonnement de ces petits engins pilotés par des Russes, maintenant à moins de 10 km de Sloviansk et Kramatorsk« , témoigne le journaliste belge Arnaud De Decker. « Les habitants ne sortent plus après 17 heures, parce qu’il y a ces drones qui rôdent dans les rues, c’est absolument terrifiant pour les civils« .
Quels sont les drones utilisés par les armées russes et ukrainiennes ?
Les drones FPV, artisanaux et presque invisibles

Les drones FPV, acronyme de « First Person View » (vue à la première personne), également appelés drones kamikazes, sont utilisés à la fois par les forces russes et ukrainiennes.
Arnaud De Decker précise : « Ils sont souvent fabriqués à la main. Avec une petite charge explosive, ils peuvent s’introduire dans le territoire ennemi sur environ 10 km, soit avec une connexion radar, soit avec un câble à fibre optique, rendant ainsi le drone complètement invisible« . Les drones FPV russes sont de plus en plus utilisés à Sloviansk et Kramatorsk, visant souvent les pompiers, les secours et les civils.
Cette utilisation effraie la population, qui est contrainte de se cacher, tandis que l’armée tente de les détruire parfois de manière rudimentaire, témoigne le correspondant belge : « Une fois que l’on entend ce bruit, ce bourdonnement, on ne sait pratiquement rien faire, sauf se munir d’un fusil type shotgun. C’est ainsi que l’armée essaie de se débarrasser de ces engins« .
Les drones Shahed iraniens, arme redoutable de la Russie

Le Shahed-136 est un drone fabriqué en Iran, utilisé par la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Plus grands, « ils volent à assez haute altitude, avec des charges explosives lourdes qui causent d’énormes dégâts« .
Les tensions entre les États-Unis et Israël d’un côté, et l’Iran de l’autre, pourraient compromettre la coopération militaire entre l’Iran et la Russie, ainsi que les livraisons de ces drones.
Les drones intercepteurs, une réelle expertise ukrainienne

Pour faire face à la menace présentée par ces drones, l’armée ukrainienne a mis au point des appareils intercepteurs. « Ce sont de petits drones à peine plus grands qu’un FPV. Pilotés à distance par un joystick, ils volent à plus de 200 km/h en direction des drones ennemis« . Selon un communiqué de l’armée de l’air ukrainienne diffusé sur Telegram, elle aurait intercepté plus de 150 drones russes durant la nuit du 16 au 17 mars.
L’expertise ukrainienne dans l’interception des drones iraniens est désormais sollicitée par des pays du Golfe confrontés à la même menace.
En dépit de ces « prouesses« , comme le souligne Arnaud De Decker, la situation en Ukraine demeure complexe pour les civils. Le journaliste rapporte : « Un ami a été mobilisé par la police et envoyé au front. Poutine ne montre aucun signe d’arrêt ou de flexibilité dans cette guerre. Je ne sais pas si l’on peut parler d’espoir, mais [les Ukrainiens restent] très combatifs« .
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’ensemble de l’oblast de Lugansk est sous contrôle russe, tandis que 20% de la province de Donetsk est encore sous contrôle ukrainien, y compris les grandes villes de Kramatorsk et Sloviansk.
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