France

Municipales 2026 : Bally Bagayoko ne renonce pas à Saint-Denis

Bally Bagayoko est le nouveau maire de Saint-Denis, ayant remporté les élections municipales en battant le maire socialiste sortant Mathieu Hanotin dès le premier tour. La politique de Bally Bagayoko inclut des propositions telles que des kits de rentrée scolaire gratuits et un pass Navigo gratuit pour les élèves de primaire et de collège.


Difficile de traverser la halle de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) sans entendre prononcer « Bally » dans les conversations. « Bally », c’est Bally Bagayoko, le nouveau maire de la deuxième plus grande ville d’Île-de-France. Ce mardi, jour de marché, l’enthousiasme est palpable dans le centre-ville.

La victoire du candidat insoumis est une performance note étant donné qu’il a éliminé le maire socialiste Mathieu Hanotin dès le premier tour de ces élections municipales. Ce succès fait suite à une campagne mouvementée, marquée par des plaintes et accusations échangées entre les deux candidats.

Le « vrai Dionysien » contre le « Parisien »

« Lui, c’est un vrai Dionysien. Il nous connaît, il nous comprend », se réjouit une habitante, caddie en main devant le stand d’un commerçant. Des acclamations suivent ce qui ressemble à un slogan de campagne. Ce mardi matin, rares sont ceux qui expriment une opinion négative sur le nouvel élu. Certains se montrent tout au plus indifférents.

« Ça fait du bien, reprend Bineta en scrutant un étal de poissons. C’est un enfant du pays, il nous donne de l’espoir à tous. » Cette femme de 44 ans se réjouit de voir « la triste parenthèse Hanotin » se refermer. « Lui, il est venu de Paris pour transformer Saint-Denis en un arrondissement de plus », ajoute-t-elle de manière plus véhémente.

Mathieu Hanotin a été député socialiste de Seine-Saint-Denis de 2012 à 2017 avant de devenir maire en 2020. En battant le maire sortant Laurent Russier, il avait mis fin à plus de 70 ans de règne communiste sur la ville et sa célèbre basilique. Toutefois, certains habitants l’ont toujours considéré comme « un Parisien ».

À l’opposé, Bally Bagayoko. Né dans les Hauts-de-Seine il y a 52 ans, le nouveau maire a grandi à Saint-Denis et s’est engagé en politique dès 2001 aux côtés du maire communiste de l’époque, Patrick Braouezec. Très actif dans la vie locale, il est notamment reconnu pour son engagement en faveur du sport. « Il y a plein de jeunes et même de moins jeunes qui l’ont croisé ou ont œuvré avec lui. On le connaît bien », témoigne Solange, dont le fils a joué au basket dans le club de la ville. Un sport que l’élu, maintenant cadre à la RATP, a pratiqué à un niveau semi-professionnel.

« Il est comme nous, on peut lui parler »

« Il est comme nous, on peut lui parler quand on le croise. C’est un noir qui a grandi dans les quartiers, mais il a réussi dans la vie. C’est la preuve qu’on peut s’en sortir et des gens comme lui peuvent nous aider », commente Aymane, 19 ans, qui a voté pour la première fois dimanche, « pour Bally évidemment ».

Avec cet élu qui leur ressemble, issu d’une famille nombreuse ayant vécu dans un HLM, les habitants de Saint-Denis s’attendent à être compris. « L’ancien maire se disait de gauche, mais il n’a fait que renforcer la police municipale et parler de sécurité, s’énerve Bineta. Les gamins ici, ce n’est pas de plus de la police dont ils ont besoin. » Bien qu’elle reconnaisse des problèmes et « beaucoup de trafic de drogue », elle estime que ceux-ci incombent à la police nationale.

« Les petits, ils sont déjà contrôlés de partout. Peu importe où ils vont, ils sont regardés de travers avant même d’avoir ouvert la bouche. Ils ne trouvent pas de travail à cause de leur nom et de leur adresse sur le CV. Alors ici, ils veulent trouver la paix et avoir des agents de police qui dialoguent et qui sont pédagogues. Pas de la répression à tout-va. Ça, Bally le comprend », explique Bineta. Cette politique de sécurité est l’un des principaux reproches adressés à l’ancien maire, notamment par Bally Bagayoko.

« Il donne de l’espoir aux gens »

« Hanotin voulait gentrifier Saint-Denis, Bally veut aider les pauvres déjà ici. C’est toute la différence », note Solange. Dans son programme, Bally Bagayoko promet des kits de rentrée scolaire gratuits, un pass Navigo gratuit pour les élèves de primaire et de collège et selon « quotient familial pour les lycéens », une mutuelle communale avec des tarifs plus avantageux, une « maîtrise des charges et des loyers », ainsi que la création d’un statut « parent solo ».

Rémi, 73 ans, dont « plus de trente » passés en Seine-Saint-Denis, est originaire du Mali comme le nouveau maire. Casquette en laine sur la tête, il analyse calmement cette élection : « Avec tout le désordre politique dans le pays, il va être scruté. Beaucoup espéreront qu’il échoue. Mais il a les épaules. Il va montrer une belle image de notre ville grâce à son parcours diplômé et sportif. Il sait s’adresser aussi bien dans des bureaux d’institutions qu’à des jeunes sur un terrain de basket. C’est le meilleur exemple à donner aux enfants de l’immigration, le meilleur symbole pour la ville et il donne de l’espoir aux gens. » Mais une chose est certaine, ce mardi : les attentes sont à la hauteur de l’espoir suscité.