Belgique

Carburants : questions sur la hausse des prix fixés.

Les distributeurs de carburants en Belgique ne peuvent pas dépasser le prix maximum officiel fixé par l’État, mais ils sont libres d’adapter leur prix en dessous de ce prix. Environ 10% du pétrole consommé en Belgique provient du Golfe, tandis que 37% viennent d’Europe, 18% d’Amérique et 16% d’Afrique.

« Pourquoi ces augmentations alors que les fournisseurs ont des stocks constitués à des prix plus bas ? »

Ces dernières jours, de nombreuses personnes s’interrogent sur les récentes hausses des prix à la pompe. Les fournisseurs de produits pétroliers n’ont-ils pas acquis leurs stocks à des coûts inférieurs avant le début du conflit au Moyen-Orient ? Tirent-ils parti de la hausse des prix du pétrole brut sur le marché pour vendre plus cher leurs stocks existants ? Voici quelques-unes des questions posées.

« C’est vrai qu’il y a des stocks qui ont été achetés, mais souvent on pense que ça dure 2-3 mois, ce qui n’est pas le cas« , indique Jean-Benoît Schrans, conseiller chez Energia, la Fédération du secteur pétrolier belge. « Cela peut ne prendre que quelques jours, donc il y a un effet assez rapide de mise à jour du prix en fonction du prix sur les marchés internationaux« , ajoute-t-il.

Ce responsable d’Energia explique qu’il existe différents types de distributeurs. Certains dépendent des opérateurs pétroliers et peuvent éventuellement se baser sur les stocks du groupe. « Mais il y a une très grande partie qui sont des distributeurs indépendants et qui achètent au prix comptant du jour« , explique Jean-Benoît Schrans. « Et donc, ils achètent des stocks qu’ils vendent sur deux ou trois jours. Donc, deux ou trois jours après, ils doivent remplir les citernes« , précise-t-il. Ce remplissage s’effectue au prix du jour, basé sur les marchés internationaux, qui est actuellement élevé.

A la Brafco, la Fédération des négociants en carburants, Vincent Orts souligne le concept de « valeur de remplacement« . Pour les distributeurs qui possèdent des stocks, la plupart d’entre eux n’en ont pas ou peu, et pour les importateurs et grossistes qui en ont, ces stocks doivent être régulièrement renouvelés. « Même s’ils ont acheté un produit à un certain prix, meilleur marché que celui qui est proposé actuellement, ils devront le remplacer une fois qu’il sera vide. Et ils devront le remplacer au prix du marché« , explique Vincent Orts, détaillant ainsi le concept de « valeur de remplacement ».

Du côté d’Energia, qui représente à la fois des distributeurs et le secteur belge du raffinage, Jean-Benoît Schrans rappelle que les prix fixes des raffineries ne changent pas. « Ce sont plutôt les sociétés d’extraction de pétrole » qui profitent de l’augmentation des prix pétroliers.

Qui fixe le prix de vente ? Le contrat programme fixe le prix maximum officiel

En Belgique, la détermination des prix des carburants n’est pas totalement libre. L’État fixe un prix maximum pour plusieurs produits, y compris l’essence et le diesel.

Suite au premier choc pétrolier de 1973, l’instauration d’un contrat-programme a été décidée. Concernant le prix du litre d’essence, celui-ci ne varie pas aussi rapidement que le coût du baril de pétrole brut. Le contrat-programme régule les fluctuations des prix. Pour qu’un changement du prix officiel maximum soit justifié, des seuils doivent être franchis pendant une période déterminée. « C’est ce qui explique qu’au début de la crise actuelle, les prix en France et aux Pays-Bas ont augmenté presque immédiatement, puisqu’ils n’ont pas ce mécanisme. En Belgique, en revanche, il y a eu un effet de retard, et les prix à la pompe n’ont été adaptés que deux ou trois jours plus tard« , explique Jean-Benoît Schrans, chez Energia.

Il convient de noter que ce système de seuils ne s’applique pas au mazout de chauffage, dont le prix maximum peut varier chaque jour.

Les distributeurs de carburants ne peuvent pas dépasser le prix maximum officiel. Cependant, ils peuvent ajuster leur prix en dessous de ce maximum. Ils doivent évaluer leur marge pour accorder des réductions à leurs clients ou pour s’adapter à la concurrence des autres stations-service de leur région. Néanmoins, en raison des prix élevés du pétrole brut et des produits raffinés, la majorité des négociants en carburant vendent actuellement leurs produits au prix maximum officiel ou avec une très faible remise pour les clients. « Les prix proposés aujourd’hui, soit les prix maximums officiels, sont en fait trop bon marché. Nous ne pouvons plus vendre avec des marges« , souligne Vincent Orts, de la Brafco. « Lorsque les augmentations sur les marchés internationaux sont trop élevées, la méthode de calcul du contrat-programme signifie que les prix sur le marché belge ne reflètent pas l’augmentation des prix à l’international« , précise Vincent Orts. « D’une part, cela protège le consommateur, lui permettant d’éviter des augmentations plus fortes que dans les pays voisins, mais cela crée des difficultés pour la distribution« , ajoute-t-il.

Quand les cours du pétrole brut baisseront, faudra-t-il attendre pour voir l’effet à la pompe ?

Que se passera-t-il lorsque les prix du pétrole brut diminueront ? Ce changement se répercutera-t-il rapidement sur les prix à la pompe ou faudra-t-il attendre ?

Le système de fixation du prix maximum officiel fonctionnera de la même manière, mais dans l’autre sens. Les mêmes seuils à dépasser sur une période déterminée seront de nouveau appliqués avant d’ajuster le prix.

Si les consommateurs perçoivent que les prix des carburants ne suivent pas les baisses des prix du pétrole, « c’est plutôt psychologique », estime Jean-Benoît Schrans, chez Energia. « Le système (du contrat-programme, ndlr) fonctionne dans les deux sens, vers le haut et vers le bas, de la même façon« , précise-t-il.

Environ 10% du pétrole consommé en Belgique vient du Golfe, pourquoi paie-t-on le prix fort ?

Le pétrole produit par les pays du Golfe rencontre actuellement d’importantes difficultés d’exportation en raison du blocage du détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran.

Cela n’impacte cependant pas l’approvisionnement de la Belgique en produits pétroliers, car notre pays se fournit principalement en dehors du Golfe. « Environ 37 % proviennent d’Europe, principalement de Grande-Bretagne et de Norvège. De plus, 18 % d’Amérique, 16 % d’Afrique« , informe Jean-Benoît Schrans. Le Moyen-Orient ne fournit qu’environ 10 % du pétrole nécessaire à la Belgique.

Cependant, si notre pétrole ne provient pas majoritairement d’une région touchée par des conflits, pourquoi les prix des produits pétroliers sont-ils si affectés en Belgique ? La réponse est simple : le pétrole est un marché global. « Les tensions géopolitiques actuelles dans le détroit d’Ormuz créent une incertitude sur l’offre mondiale, ce qui entraîne une hausse des prix« , explique Vincent Orts, chez Brafco.

En outre, au-delà de la loi de l’offre et de la demande qui influence actuellement les prix, une autre variable joue également un rôle sur le coût des produits pétroliers ici : le taux de change entre le dollar et l’euro. Plus le dollar est fort par rapport à l’euro, plus le pétrole devient cher pour les Européens et vice-versa.

Et vous dans tout ça ?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement