Belgique

Etienne Davignon renvoyé en correctionnelle, fin de carrière politique ?

En juin 2025, le parquet fédéral a décidé de rouvrir le premier chapitre de la vie d’Etienne Davignon en réclamant son renvoi devant le tribunal correctionnel dans le cadre de l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais, Patrice Lumumba en 1961. Etienne Davignon, âgé de 93 ans en ce début 2026, est le dernier survivant parmi les dix personnalités belges visées par la plainte.


En 2019, Etienne Davignon a publié ses mémoires sous le titre « Souvenirs de trois vies ». À cette époque, aurait-il imaginé qu’un addendum concernant son premier chapitre serait nécessaire quelques années plus tard ?

En juin 2025, le parquet fédéral a décidé de rouvrir le premier chapitre de la vie d’Etienne Davignon en demandant son renvoi devant le tribunal correctionnel pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais, Patrice Lumumba, en 1961.

Une enquête pénale avait été ouverte en Belgique en 2011 suite à une plainte déposée par la famille Lumumba. Ce procès devant le tribunal correctionnel concerne les « crimes de guerre », plus précisément la détention et le transfert illicite d’un prisonnier de guerre, la privation du droit à une justice impartiale pour ce prisonnier ainsi que l’infliction de traitements humiliants et dégradants.

Etienne Davignon, âgé de 93 ans au début de 2026, est le dernier survivant parmi les dix personnalités belges visées par la plainte. À l’époque entourant l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, il était un jeune diplomate stagiaire en poste dans la région. La suite de ce chapitre s’écrira désormais devant le tribunal correctionnel.

Né en 1932, Etienne Davignon débute sa carrière professionnelle dans la diplomatie. Jeune stagiaire diplomate au Congo au tournant des années 60, il devient ensuite chef de cabinet de Paul-Henri Spaak, alors ministre des Affaires étrangères. « La relation était paternelle et filiale. Apprendre, dans ce contexte chaleureux, son métier de quelqu’un dont on n’a pas de raison de contester l’autorité, ça vous fait gagner 10 ans », expliquait-il en 2019. Ses fonctions lui permettent de rencontrer des figures importantes et de gérer des dossiers tels que la prise d’otages de Stanleyville en 1964.

Il est également chef de cabinet du Premier ministre Pierre Harmel à partir de 1965, puis en 1966, il devient directeur général de la politique étrangère belge. En 1973, Etienne Davignon est nommé premier président de l’Agence internationale de l’énergie, dont la Belgique est membre.

En 1977, le vicomte commence sa deuxième vie en tant que commissaire européen aux affaires industrielles, puis vice-président de la Commission européenne. Parmi les dossiers qu’il gère, la restructuration de la sidérurgie européenne, période qu’il considère comme la plus difficile de sa vie. « C’est un très lourd poids individuel parce que d’un côté, vous êtes persuadé qu’il faut agir, mais que vous savez, compte tenu du fait qu’on s’y est pris trop tard, qu’il faut un remède de cheval, et qu’il y aura beaucoup d’emplois perdus », révélait-il en 2019 lors de la présentation de ses mémoires.

Le dernier grand chapitre de la vie d’Etienne Davignon se déroule dans le secteur des affaires. En 1985, il rejoint la Société générale de Belgique, dont il sera président de 1988 à 2001. Cette société, fondée avant même l’indépendance de la Belgique, est devenue une puissante holding active dans l’histoire économique belge, contrôlant aussi bien des activités bancaires qu’industrielles.

Peu après son arrivée, la Société générale est confrontée à une offre publique d’achat de Carlo De Benedetti, un entrepreneur réputé pour sa capacité à redresser les entreprises, ce qui provoque une réaction en chaîne pour protéger la société. À l’époque, Etienne Davignon est déjà une figure influente du monde des affaires en Belgique. Son réseau lui permet de contrer cette attaque.

Le sauvetage de la Société générale se fait par un accord entre les Français de Suez et le groupe GBL d’Albert Frère, permettant une montée en puissance d’Albert Frère dans Suez, tandis que Suez obtient un contrôle progressif sur les activités énergétiques de la Société générale. Tractebel et Electrabel (qui deviendra plus tard Engie) deviendront des fleurons du groupe Suez.

Accusé par certains d’avoir vendu une part de l’économie belge à l’étranger, Etienne Davignon a défendu ses choix : « Est-ce que ça a fait perdre des emplois en Belgique ? Est-ce qu’on a payé moins d’impôts ? Est-ce que ça a affecté la situation économique normale de la Belgique ? La réponse est non. Les sociétés sont toujours là, certaines se sont très bien développées, comme Umicore, CMB, etc. Donc ça n’a pas eu d’impact négatif », jugeait-il en 2019.

En 2001-2002, il est appelé à la rescousse après la faillite de la compagnie aérienne nationale belge, Sabena. Accompagné de Maurice Lippens, alors patron de Fortis, il élabore un projet pour sauver ce qui peut l’être de Sabena, levant des fonds pour créer « SN Brussels Airlines », devenu aujourd’hui « Brussels Airlines ».

L’une de ses dernières grandes apparitions dans les affaires se solde par un échec. En 2008, lorsque la banque Fortis de son ami Maurice Lippens traverse une crise financière, son nom est proposé pour la présidence du groupe. Lors de l’assemblée générale, des actionnaires mécontents l’accusent : « Vous avez vendu la Société générale, vous avez vendu Electrabel et maintenant, vous vendez Fortis. Vous êtes vendus aux Français ». Sous les huées, il ne sera pas élu à la présidence.

Depuis 2004, Etienne Davignon est également Ministre d’État et, depuis 2017, il a été élevé au rang de comte.