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Chelsea-PSG : Crise du foot anglais, entre jeu ennuyeux et échecs européens

Igor Tudor a semble-t-il confondu son adjoint Allan Dixon avec Arne Slot avant Liverpool-Tottenham, dimanche dernier. Arsenal a marqué 28,3 % de ses buts inscrits sur coups de pied arrêtés en Premier League lors de la saison 2025-2026 en cours.

De notre envoyé spécial à Londres,

La Premier League, actuellement en manque de sensations, nous amuse avec ce qu’elle a de plus absurde à offrir. Prenons, par exemple, le cas d’Igor Tudor, qui a apparemment confondu son adjoint Allan Dixon avec Arne Slot juste avant le match Liverpool-Tottenham, dimanche dernier. Deux hommes chauves qui se ressemblent, c’est toujours plus divertissant qu’une énième victoire d’Arsenal grâce à un but peu reluisant sur coup de pied arrêté.

Avant de croiser Leverkusen en huitièmes de finale retour de la Ligue des champions, les Gunners ont brillamment battu Everton (2-0) ce week-end, marquant deux buts dans les derniers instants après une première mi-temps chaotique. L’ouverture du score à la 89e minute ? Une séquence confuse aboutissant à un « tap-in » de Gyokeres après une touche jouée rapidement, nous faisant regretté le bon vieux kick and rush sur des terrains boueux. Paul Scholes a déclaré que si les Londoniens remportent le titre avec un football aussi peu esthétique, cela sera « le pire » champion de l’histoire.

28,3 % de buts inscrits sur coups de pied arrêtés en Premier League

Il est vrai qu’Arsenal a troqué l’idéal du beau jeu contre un pragmatisme qui va à l’encontre de son identité, mais quiconque n’a jamais perdu foi dans ses principes après avoir échoué à la deuxième place du championnat avec 89 points et 91 buts marqués ne devrait pas critiquer Mikel Arteta. Thierry Henry, sur CBS, a choisi de ne pas faire partie de ces critiques :

« Les gens se plaignent maintenant qu’Arsenal a trouvé un moyen de gagner des matchs. Nous [Arsenal] n’avons pas été brillants contre le Bayer Leverkusen, mais même lors d’une mauvaise soirée, nous avons trouvé le moyen d’obtenir le match nul. C’est ce que font les grandes équipes. »

Qu’un club obsédé par la quête du titre adopte cette approche est une chose. Que l’ensemble du Royaume joue désormais de manière aussi ennuyeuse en est une autre. Ébranlé par l’absence de ses deux références stylistiques – l’autre étant Manchester City, devenu presque banal – le football anglais est devenu, en quelques mois, le royaume des buts sur phase arrêtée, et ce, au grand dam des amateurs de spectacle. Les comparaisons avec les saisons passées montrent une rupture nette.

Saison 2023-2024 : 130 buts sur coup de pied arrêté, 19,8 % de buts marqués de cette manière.

Saison 2024-2025 : 135 buts sur coup de pied arrêté, 20,6 % de buts marqués de cette manière.

Saison 2025-2026 (en cours) : 105 buts sur coup de pied arrêté, 28,3 % de buts marqués de cette manière.

« Où sont les joueurs qui dribblent ? »

Le point de non-retour a été atteint lors du dernier match entre Arsenal et Chelsea. Proposer 90 minutes de jeu plutôt insipides, avec trois buts sur coup de pied arrêté dans un match regardé mondialement, n’était définitivement pas l’idée du siècle, et le football anglais est depuis lors sévèrement critiqué, parfois même auto-flagellé. « Maintenant, la plupart des matchs que je vois en Premier League ne sont pas, pour moi, un plaisir à regarder », a constaté Arne Slot au début du mois.

« J’ai regardé Chelsea-Arsenal, quel match de football complètement nul, a de son côté fustigé Ruud Gullit, Ballon d’Or 1987. Je vois des joueurs essayer de provoquer des corners, tenter de créer des remises en jeu, et les ramasseurs de balles sont prêts à donner des serviettes aux joueurs. La joie me manque. Je n’apprécie tout simplement plus le football. Tout le monde exécute des tâches sur le terrain. Où sont les joueurs qui dribblent ? »

Réponse : ils sont piégés par le marquage. Pour Mikel Arteta, c’est à la base de tous les maux. « Si tous les entraîneurs s’accordent pour dire qu’on ne peut pas défendre en un contre un, demain, on aura une ligue différente. Je vous le garantis. »

L'essence du football anglais en 2026 se trouve dans ce petit coin d'herbe. C'est triste, mais c'est comme ça
L’essence du football anglais en 2026 se trouve dans ce petit coin d’herbe. C’est triste, mais c’est comme ça - Javier Garcia//SIPA

Dans un brillant exposé tactique qui lui est propre, Thierry Henry a ajouté à ce problème une défense plus positionnelle des équipes anglaises, moins audacieuse lorsqu’elles n’ont pas le ballon. « Ils ne défendent plus comme ça [vers l’avant] mais sur la largeur. » Les équipes qui ont la possession se retrouvent ainsi privées de situations dangereuses, d’opportunités et le spectateur, lui, de spectacle. Cela aboutit à un autre chiffre alarmant révélé par le champion du monde 1998.

« Parmi les joueurs qui font le plus de passes [en PL], il y a dix ans vous aviez Cesc Fabregas (2.743 passes). Maintenant, c’est Virgil van Dijk (2.205 passes). Vous avez des défenseurs qui ont plus souvent le ballon. Pourquoi ? Parce que plus personne ne les presse. Il n’y a plus d’espaces au milieu de terrain [donc le ballon revient derrière]… En fait, les équipes ont tellement peur de subir une contre-attaque qu’elles gardent trop le ballon [sans prendre de risques]. » En examinant de plus près les chiffres, cela a du sens. De 38 buts sur contre-attaque en 2015-2016 et 47 en 2016-2017, la Premier League est passée à 112 en 2024-2025.

Pour Mathys Tel, les coups de pied arrêtés en Angleterre, « c’est le zoo »

On comprend ainsi que la tendance des coups de pied arrêtés n’est que le résultat d’une réaction en chaîne amorcée il y a plusieurs années : hégémonie du jeu de possession > hégémonie du jeu de transition > désamorçage par une possession stérile > moins de situations via le jeu > CPA comme principaux pourvoyeurs de buts. 

La majorité des équipes anglaises ont commencé à imiter Arsenal en engageant des entraîneurs spécialisés dans les coups de pied arrêtés – ou à les renvoyer lorsque cela ne fonctionne pas, comme à Liverpool. Chaque corner s’est transformé en une véritable partie d’échecs, frôlant souvent l’absurde. La nouvelle tendance d’Arsenal ? Restreindre les mouvements des défenseurs et du gardien adverses sur les coups de pied arrêtés dans la surface. 

« On est à une espèce de carrefour tactique, observe Darren Tulett, qui commentera dimanche la finale de Carabao Cup pour beIN Sports. Guardiola et Arteta ont imposé leur style en cherchant à conserver le ballon à tout prix, mais en même temps, il existe désormais cette volonté de se reposer sur ces corners et ces coups francs, où l’on prend une minute pour tirer et où 14 joueurs dansent ensemble dans les six mètres. C’est un mélange entre ce côté européen où l’on essaie de sortir de façon propre, donnant lieu à des buts improbables comme lors de PSG-Chelsea, et un retour aux longues touches comme dans le football anglais traditionnel. »

Le football anglais, une zone de non-football à l’intérieur de la surface de réparation ? Interrogé par Zack Nani, l’attaquant français de Tottenham Mathys Tel avoue qu’il n’ose plus s’y aventurer lors des balles arrêtées défensives.

« J’ai dit à l’entraîneur des coups de pied arrêtés ‘ne me mets pas au marquage’, parce que c’est le zoo ! Tout le monde est collé, se pousse, se jette au sol, se tient… C’est insupportable. Le gardien ne peut plus sortir… C’est un football qui… je ne sais pas en fait. Même moi, des fois, je regarde des matchs et je me dis ‘mais pourquoi ? Ce n’est pas nécessaire ! »

Les clubs anglais en danger avant les 8es de finale retour de C1

Heureusement, cette mayonnaise ne prend pas (ou plus) à l’international en ce début d’année 2026. Bien que les clubs anglais aient dominé la phase de groupes en Ligue des champions, le paradigme s’est complètement inversé lors de la phase aller des 8es de finale. Nombreux sont ceux qui se trouvent en mauvaise posture avant les matchs retour : Tottenham, Chelsea et Manchester City auront besoin d’un miracle pour se qualifier, Liverpool doit remonter un but, tandis qu’Arsenal et Newcastle se sont contentés d’un match nul à l’aller. « En général, l’absence de trêve hivernale n’est pas un avantage pour les clubs anglais », a tenté d’expliquer Arne Slot ce week-end.

Une autre excuse est que tous les clubs anglais, à l’exception des Magpies, ont joué à l’extérieur. Quoi qu’il en soit, le manager de Liverpool appelle à la patience avant de condamner le football anglais. « Jugeons-nous d’abord tous après la semaine prochaine [cette semaine], et peut-être même qu’il sera encore trop tôt pour tirer des conclusions. » À moins que tous ces clubs ne soient éliminés en raison d’une trop grande dépendance aux phases arrêtées. « Un 0/6 est plausible, et cela serait un énorme choc en Angleterre », prévient Tulett. Et si c’était eux, la nouvelle Farmers league ?